L’investissement dans les couverts présente un intérêt pour la préservation et l’amélioration de la fertilité des sols. L’ajustement des mélanges au sol et aux cultures à suivre peut se révéler payant.
Depuis 13 ans, Alban Paquin exploite 100 ha en Seine-Maritime avec son frère. « Nous recherchons un système simple adapté à notre double activité et limitant les coûts de mécanisation », résume Alban Paquin. Formés par Nicolas Courtois, conseiller indépendant en agronomie et agriculture de conservation, en 2024 et accompagnés par le Civam Allouville depuis 10 ans, ils ont testé plusieurs types de couverts depuis 3 ans. Au-delà, les associés ont opté pour le programme de précision et d’aide à la décision BeApi accompagné par Noriap. Il leur permet de mieux connaître le sol et d’apporter la bonne dose d’intrants selon les caractéristiques pédologiques et l’état de fertilité de celui-ci.
Un investissement pour la fertilité à long terme
Bénéficiant de limons profonds et d’un climat océanique, la SCEA cultive blé, orge, colza, betteraves sucrières et lin de printemps. Situés en zone de captage d’eau potable, les Normands cherchent à simplifier le travail du sol au maximum et mettent en place des couverts sur 20 à 25 ha chaque année avant les cultures de printemps.
Pour Alban Paquin « les intercultures représentent un investissement dans la fertilité de nos sols à long terme. Je suis persuadé que nous en trouvons des bénéfices dans nos cultures ». Dans ce secteur fortement touché par l’érosion, les couverts jouent un rôle central pour l’apport de matières organiques et l’amélioration de la structure.
Essais couverts relais
Plus de 6,5 t de matières sèches avec un couvert relais
Le groupe Dephy Pays de Caux dont fait partie Alban Paquin a également testé des couverts relais en 2024. Mis en place fin juillet ou mi-août et incluant plus de 5 espèces*, ceux-ci ont été broyés une première fois avant floraison, soit 2 mois après les semis. Suite à un nouveau cycle de développement, un second broyage a été réalisé 2ème quinzaine d’avril. La matière sèche totale produite par ces couverts relais s’est établie en moyenne entre 6,5 t/ha pour les mi-août et plus de 7,5 t/ha pour les semis fin juillet dont plus de 2 t produites entre les deux broyages. Ce dernier a piégé 100 kg/ha d’azote total dont 28 kg restituables en 150 jours.
* 50 kg de seigle fourrager, 20 kg de vesce commune et 20 kg de mélange Courtois incluant 31 % de Nyger, 20 % de trèfle d’Alexandrie, 20 % de fenugrec, 17 % de phacélie, 14 % de tournesol et 14 % de radis chinois.

Ajuster le couvert au sol et à la culture suivante
Alban Paquin raisonne ses couverts en croisant plusieurs facteurs, notamment leur coût et la structure du sol. Dans des terres au pH élevé avec des reliquats d’azote importants, les associés implantent parfois de l’avoine seule ou un mélange avec 12 % de phacélie. « Nous cherchons alors à limiter la verse de nos lins favorisée par des restitutions d’azote trop importantes en fin de période », précise l’agriculteur.
Concernant l’implantation des intercultures, Alban Paquin souligne : « il est essentiel de les semer au plus tard au 20 août ». Cette année, une fissuration avec un Actisol a été testée. Ils utilisent un semoir à céréales couplé avec une herse rotative. « Nous avons testé différentes techniques : à la volée, au déchaumeur et au semoir à disques, explique Alban Paquin. Nous obtenons de meilleurs résultats avec le semoir à céréales et une profondeur de 2 à 3 cm ». Le mélange dit Courtois, élaboré dans le cadre du groupe Dephy du Pays de Caux, lui revient 50 à 55 euros par ha. « Nous avons élaboré un mélange sans danger de floraison » souligne l’agriculteur. Il ajoute : « il est important d’inclure 5 à 6 variétés différentes et de privilégier les variétés tardives pour limiter les risques de montée en graines, donc de salissement, et favoriser un développement végétatif important ».
Les couverts de la SCEA sont idéalement détruits sur gel avec un passage de rouleau hacheur au 15 janvier. L’agriculteur indique « cette année, nous avons dû détruire plus tôt suite à une montée en floraison au 20 novembre et des fenêtres de gel précoces ».
Pesant ses intercultures avec la méthode MERCI* depuis trois ans, Alban Paquin apprécie : « de comparer différents mélanges, mesurer la matière sèche et l’azote piégé ainsi que le potentiel de restitution. Cela permet de construire nos propres références tout en continuant à innover ». Suite à l’essai du mélange élaboré avec Nicolas Courtois, il a aussi observé un lin légèrement plus résistant en 2024.
* Méthode d’Estimation des Restitutions par les Cultures Intermédiaires par pesée d’un prélèvement au champ.
Techniques d’implantation
Implanter dès la moisson… voire avant
« La date d’implantation est une clé de la réussite des couverts, laquelle est essentielle pour nos cultures de printemps lin et betteraves sucrières,souligne Guillaume Chedru. Semer tôt permet de capter un maximum de degrés-jours et de durée d’ensoleillement, donc de maximiser la biomasse ».
Salarié sur l’exploitation familiale de 160 ha en Seine-Maritime, il apprécie : « sans labour et avec des couverts depuis les années 90, nous atteignons 2,8 % de matière organique dans nos sols. Notre système est ainsi plus résilient, moins sensible à l’hydromorphie et à l’érosion. Nous avons aussi divisé par trois les apports en phosphore et potasse ».
Guillaume Chedru a conçu avec son père un semoir à dents pour une implantation du mélange d’interculture* immédiatement après le passage de la moissonneuse-batteuse. « Nous profitons ainsi de l’humidité du sol sous la culture, explique le Normand. L’outil nous permet de semer les grosses graines à 3 cm de profondeur et les petites à 1 cm ». Grâce à cette pratique, les couverts produisent couramment 6 à 8 t de matières sèches par ha. « Il est essentiel de bien gérer la profondeur de semis pour atténuer l’impact selon les conditions de l’année de la sécheresse ou des limaces, souligne Guillaume Chedru. La hauteur de coupe à la moisson et la régularité du broyage sont également déterminantes ».
En 2025, un essai de semis à la volée avant moisson a également été conduit sur l’exploitation. Dans les mélanges testés, les graines de moutarde brune et de radis fourrager étaient enrobées d’argile pour être de la même taille que la vesce donc réparties de manière équivalente. « J’ai semé le matin très tôt pour profiter de la rosée et éviter d’égrener le blé », indique Guillaume Chedru. La moisson a été réalisée fin juillet soit 2 semaines plus tard et le couvert pesé fin septembre.« Nous avons obtenu 4 t de matières sèches par ha pour le mélange vesce moutarde, et 2,5 t/ha pour le mélange vesce radis avec un débit de chantier au semis de 30 ha par heure », note Guillaume Chedru. Jugeant la technique intéressante, il attire toutefois l’attention sur le risque de montée en graines de certaines espèces si le semis est trop précoce.
* par ha : 50 kg de féverolle de printemps, 10 kg de pois protéagineux, 10 kg de vesce commune, 15 kg d’avoine du Brésil ou strigosa, 5 kg de tournesol, 5 kg de phacélie, 0,5 kg de radis fourrager et 0,5 kg de radis chinois.
