NatUp à fond les légumes

La coopérative qui collecte 400 000 t de légumes par an se développe dans les condiments et les plats traiteur sains, sous marque ou sous label, d’origine France et prêts à l’emploi, à rebours des produits ultra-transformés. 

Développement d’une filière française d’ail, d’oignons et d’échalotes, lancement de la construction d’une nouvelle usine dédiée à la préparation de plats traiteur à base de légumes, ligne de production de frites précuites fraîches…, le pôle légumes de la coopérative NatUp accélère ses investissements dans les filières légumes et condiments avec une série de projets industriels structurants pour les décennies à venir. Ces développements concernent à la fois la transformation, le conditionnement et l’élargissement des débouchés, dans une logique assumée de diversification d’un modèle historiquement centré sur les grandes cultures. Les légumes transformés, les condiments ou encore les produits élaborés deviennent progressivement, mais sûrement, des relais de croissance. L’intérêt agronomique n’est pas absent de cette stratégie. Les cultures légumières en diversification permettent d’élargir les rotations et d’introduire des cultures de printemps pour casser les rotations de cultures d’hiver.

Une filière stratégique

Le pôle légumes de NatUp est donc devenu de plus en plus stratégique dans le projet coopératif ces dernières années. Depuis le milieu des années 2010, l’entreprise cherche en effet à se diversifier pour avoir une exposition moins forte aux métiers historiques très volatiles de l’approvisionnement et de la collecte des céréales soumis aux aléas des marchés mondiaux. Pour les adhérents, avoir des unités industrielles légumières en propre sur le territoire est porteur de nouveaux « droits à produire » sur le marché intérieur. En outre, certains bassins légumiers semblent aujourd’hui saturés tandis que le territoire de la coopérative semble prometteur pour développer encore ces types de production avec un terroir et une météorologie adaptée. C’est dans ce sens que la coopérative avait déjà structuré une filière légumes intégrée, allant de la production agricole à la transformation et à la commercialisation, avec plus de 400 000 t collectées et transformées chaque année.

L’entreprise sécurise ainsi les débouchés des adhérents pour adresser différents segments de marché, de la première gamme (frais) à la cinquième gamme (légumes cuits hors conserve). Elle peut compter pour cela sur l’entreprise Lunor (à Luneray près de Dieppe) qui a été pionnière dans les années 1970 avec la cuisson vapeur sous vide (5eme gamme de légumes). L’entreprise valorise ainsi historiquement des pommes de terre, mais également des betteraves rouges et des légumes secs cuits prêts à l’emploi et micro-ondables avec à la clé des contrats de production sur le territoire.

Mise sous vide de betterave
Pour les adhérents, avoir des unités industrielles légumières en propre sur le territoire est porteur de nouveaux « droits à produire » sur le marché intérieur. (Alexis Dufumier)

Relocaliser les condiments

La France est historiquement très exposée aux importations de condiments, ail, oignons, et échalotes, particulièrement pendant les périodes de soudure entre anciennes et nouvelles récoltes. Cependant, aujourd’hui, une demande émane de la part des consommateurs professionnels et privés pour des produits made in France. C’est dans ce contexte de marché stratégiquement porteur pour relocaliser ces types de production que la coopérative a noué un partenariat avec la Ferme d’Erquinvillers. Ce partenariat prévoit l’ouverture pour les prochaines récoltes de 2026, d’une unité de conditionnement d’ail, d’oignons et d’échalotes à Argenlieu dans l’Oise en Picardie. 

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La nouvelle unité est dimensionnée pour traiter jusqu’à 300 t par jour avec l’ambition de pouvoir approvisionner le marché avec des origines 100 % françaises tout au long de l’année, en réduisant la dépendance aux origines étrangères. L’objectif affiché est de porter les volumes de condiments traités de 50 000 t à 70 000–80 000 t à terme. Cette progression suppose un élargissement des surfaces cultivées et donc l’intégration de nouveaux producteurs sous contrat, notamment dans les bassins historiques de grandes cultures du nord de la France.

L’investissement est porté conjointement par NatUp et La Ferme d’Erquinvillers. L’outil prendra place sur des installations de 17 000 m². Il intégrera six trieurs optiques et plusieurs opérations automatisées afin d’augmenter fortement les capacités de traitement et de pouvoir s’adapter à différents cahiers des charges. Le futur site d’Argenlieu doit permettre une réorganisation industrielle plus large. Les installations préexistantes d’Erquinvillers seront en effet réorientées vers le stockage frigorifique afin de renforcer les capacités de conservation et d’approvisionnement tout au long de l’année.

Vers un « Origine Score » 

L’entreprise insiste sur sa volonté de se différencier sur la qualité, l’origine des produits et sur les axes de santé auprès des consommateurs. « Lunor a été la première coopérative à mettre en place le Nutri-Score avec Sodiaal. Nous avons ainsi été à l’origine du Nutri-Score. Et nous serons les premiers à mettre en place « l’origine du score », complète Laurent Manière, le directeur marketing et commercial de Lunor. C’est indispensable. Nous ne comprenons pas le lobbying de l’industrie agroalimentaire pour ne pas dévoiler l’origine des produits. C’est assez incroyable. Ce manque de transparence n’est pas une bonne chose pour la production française… ». Le directeur marketing insiste également sur l’importance d’avoir des marques fortes et des labels pour valoriser au mieux les productions des adhérents notamment face aux concurrents internationaux. Le développement de la production sous marque et sous label est jugé comme prioritaire. En GMS, Lunor est actuellement déjà positionné à 50 % sur ces deux segments et le reste en marques de distributeurs. 

Frites précuites

Fin 2025, NatUp a également inauguré une ligne de production de frites précuites sur son site de Lunor. L’investissement d’un montant de 7 M€ projette l’entreprise sur un marché différencié – entre le frais et le surgelé – en demande croissante, que ce soit en grande distribution ou en restauration. 

Dans le prolongement de cet investissement, un vaste projet est en construction à Luneray, pour produire des plats traiteurs à base de légumes et de pommes de terre. « Nous investissons 45 M€ pour transformer 20 000 t de légumes et produire 4 000 t de produits élaborés par an avec quatre recettes finalisées », expliquait Bruno Mauduyt, le directeur général de Lunor, lors de la dernière assemblée générale de NatUp. L’entreprise entend ainsi se positionner stratégiquement sur les nouvelles attentes des consommateurs qui souhaitent accéder à des produits sains, peu transformés, bons, accessibles en termes de prix et prêts à l’emploi.

« Nous voulons utiliser uniquement des ingrédients naturels et nous distinguer des produits ultra transformés, poursuit le directeur général. Nous nous engageons à faire en sorte que tous nos produits puissent être fabriqués à l’identique dans une cuisine. C’est-à-dire que les recettes, les ingrédients, les procédés sont les mêmes que ceux qui peuvent être mis en œuvre à la maison. Pour ce faire nous aurons de grandes poêles, des fours à vapeur, de très grandes cocottes… ». 

Géopolitique

La diversification constitue pour NatUp un axe stratégique central depuis plusieurs années, avec une contribution pour une petite moitié environ aux résultats du groupe. Aujourd’hui plus que jamais, la branche légumes représente un des piliers forts de cette diversification. Le contexte géopolitique actuel avec une hausse des coûts du pétrole et des tensions sur les approvisionnements mondiaux plaide dans le sens de la relocalisation des productions. « Plus que jamais, nous sommes confortés dans l’idée de disposer d’outils industriels sur le territoire », soulignait d’ailleurs Laurent Lemarchand, le directeur général du groupe lors de la dernière assemblée générale de la coopérative. 

Transformation de lentilles dans une usine
Les lentilles prêtes à l’emploi font partie des segments en croissance avec du potentiel pour relocaliser la production de ces graines. (Alexis Dufumier)