CHANTIER: De la trayeuse à la bineuse

Arrêter l’élevage laitier pour se lancer dans les légumes bio : C’est le choix fort pris par Bertrand Poulain en 2017. Conscient des enjeux de désherbage, il a investi dans des bineuses sur mesure. Un choix qui lui permet de conserver ses parcelles propres et d’assurer le rendement.

Grâce à la précision de tête de guidage équipée de deux caméras Bertrand Poulain bine ses légumes dès les premiers stades de développement © TD

Il y a des choix qui façonnent une vie. Pour Bertrand Poulain, cette décision marquante a été prise en 2017 lorsqu’il décide d’arrêter le lait sur son exploitation bretonne, située à Concoret dans le Morbihan. Là où la plupart des éleveurs vivent cette évolution en implantant du blé à la place de l’herbe, il a choisi le double défi de se convertir à l’agriculture biologique et de se lancer dans la production de légumes pour une commercialisation partiellement en circuit court. « Je vends à des magasins spécialisés, mais aussi à des légumeries et des collectivités. Les livraisons représentent 4 demi-journées par semaine et j’ai deux intérimaires dédiés au conditionnement 2 jours par semaine », décrit-il. Près de 10 ans après avoir troqué les vaches pour les légumes, le pari est réussi. Le maraîcher produit aujourd’hui 40 ha de pommes de terre, 3 ha de patates douce, 3 ha de carottes, ainsi que 33 ha de petits pois et 10 à 25 ha de courges pour l’industrie selon les années. Le reste de la rotation se partage entre céréales à paille d’hiver, orge brassicole, colza et blé noir. « Je faisais aussi une trentaine d’hectares de haricots et de flageolets, mais j’ai arrêté ces cultures pour me consacrer davantage aux circuits courts pour lesquels j’ai une meilleure maîtrise de la valeur ajoutée », témoigne-t-il.

S’équiper en conséquence

Alors que le tank à lait quittait la ferme en 2017, Bertrand Poulain décide d’investir dans le binage afin de désherber facilement l’ensemble de ses cultures. À cette occasion, il demande à son concessionnaire de lui prouver via un essai sur son exploitation que les bineuses Steketee sont précises au centimètre près. « Le soir même, j’ai signé », sourit-il. En 5 ans, ce sont 4 bineuses différentes qui rejoignent le parc matériel de l’exploitation. L’une d’elles est conçue sur mesure par le constructeur pour désherber les carottes. « Nous avons échangé avec Steketee et ils ont accepté de répondre très précisément à ma demande pour biner 4 rangs de carottes par planche avec des inter-rangs de 33 cm », se souvient-il. Équipé de quatre éléments constitués de disques suivis de lames Lelièvre, cet outil spécifique permet de passer au plus près du rang de carotte dès les stades précoces sans dessoucher les plants. Une nécessité en bio car la carotte a un développement très lent et se fait rapidement concurrencer par les adventices. « Je réalise un faux-semis avant l’implantation de la culture. Ensuite je la bine deux fois, le premier passage est assez rapide, et le second au stade 3/4 feuilles. Nous réalisons alors un désherbage manuel avant de biner à nouveau une ou deux fois selon l’enherbement », décline-t-il. Cette bineuse est adaptable sur l’interface de guidage par caméra, mais peut également être utilisée avec un module de guidage manuel quand l’interface est utilisée sur une autre bineuse.

Initialement, l’itinéraire technique comprenait aussi un passage de désherbage thermique pour détruire les stocks d’adventices en surface. « Mais j’ai arrêté car c’est une pratique qui n’a pas bonne presse auprès des magasins spécialisés », révèle le Breton.

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Cette bineuse a été conçue sur mesure pour biner les inter-rangs de 33 cm entre les lignes de carottes de Bertrand Poulain © TD

Une bineuse pour les passe-pieds

La seconde bineuse du producteur a également été réalisée sur mesure. Elle permet de désherber les passe-pieds entre les planches recouvertes de film plastique pour les cultures de potimarron et de patate douce. Cet outil enjambe la planche et travaille les bords du film avec d’abord un passage d’un disque ouvreur, puis l’utilisation d’une brosse et enfin un petit disque pour remettre la terre sur le film. 

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« Pour le désherbage des planches, je pense de plus en plus à la robotique. Je vais voir l’outil Maverick (voir encadré) du constructeur Odd.Bot en démonstration cet été, mais pour l’instant, il ne possède pas d’algorithme sur courge », témoigne Bertrand Poulain.

Les bineuses grandes largeurs remisées au hangar

Les deux bineuses restantes, en largeur 6 m et 4 m, et de conception plus standard avec des inter-rangs de 50 cm, étaient initialement prévues pour biner respectivement les légumes industriels et les céréales. « Désormais, je désherbe les petits pois avec une herse étrille. Je réalise deux passages à des stades très précoces. Il faut être vigilant et attentif pour ne pas endommager la culture », constate le producteur. Comme il a arrêté les haricots et flageolets, la bineuse ne sert plus beaucoup. « Elle est à vendre », clame-t-il. Même sort pour la bineuse en 4 rangs pour les céréales. « J’implante un trèfle dans la céréale qui permet de couvrir le sol et d’éviter le salissement. Il se développe tout seul après la moisson. Les bonnes années, nous pouvons même l’enrubanner en septembre pour le troupeau allaitant », assure Bertrand Poulain. 

La robotisation comme voie d’avenir

Pour Bertrand Poulain, l’avenir du désherbage passera par la robotisation. De fait, il a de plus en plus de mal à trouver la main d’œuvre nécessaire pour les passages en désherbage manuel sur son exploitation. À court terme, il s’intéresse notamment à l’outil Maverick du constructeur néerlandais Odd.Bot. Ce robot retire les adventices à l’aide de bras articulés terminés par une pince. Un logiciel, alimenté par l’intelligence artificielle et un système de caméra, permet de cibler uniquement les adventices sans toucher la culture. Ce robot, déjà vendu à 7 exemplaires en France, assure un débit de 1 à 2 ha par jour et représente un investissement autour des 100 000 €. 

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La pince du Maverick permet d’arracher les adventices avec leurs racines © TD

En parallèle, le producteur breton s’intéresse également au robot FarmDroïd qui assure semis et désherbage. Mais comme Maverick, ce robot n’intègre pas encore toutes les cultures légumières dans ses algorithmes de fonctionnement. « L’idéal serait d’avoir un équipement qui soit compatible avec les cultures de courge et de patate douce », assure-t-il.