L’orge, la céréale délaissée

Les surfaces d’orges cultivées dans le monde déclinent, les débouchés aussi : de moins en moins de bière et de whisky sont consommés dans le monde. L’industrie de l’alimentation animale préfère aussi le blé et le maïs à la céréale moins avantageuse ces derniers mois. 

À  l’échelle mondiale, la campagne céréalière 2025-2026 est excédentaire en orges fourragères et brassicoles. Une première depuis plusieurs années. Selon l’USDA, 153 millions de tonnes (Mt) de grains seront engrangées dans le monde d’ici la fin du mois de juin prochain, soit 10 Mt de plus que l’an passé. Mais au cours de ces dix dernières campagnes, les productions d’orges ne se sont pas développées comme celle du blé et du maïs. Par le passé, de nombreuses campagnes étaient à peine équilibrées. 

« Les surfaces cultivées dans le monde ne cessent de diminuer, enregistrant une baisse de près de 15 % au cours des six dernières saisons », déplore Ukragroconsult. Aussi, les prochaines campagnes pourraient être à nouveau déficitaires. 

Une consommation mondiale en repli

La consommation mondiale de la céréale décline aussi. 70 % de la production d’orges est destinée à la fabrication d’aliments (101 Mt) mais l’industrie de l’alimentation préfère le blé, le maïs et le soja à la céréale secondaire. 

Par ailleurs, la demande d’orge brassicole diminue (27,3 Mt ; -1 Mt sur trois ans) car la planète a de moins en moins soif de bières et de whisky. Cette campagne-ci, jamais aussi peu d’orge brassicole n’aura été transformée depuis 2008-2009.

Enfin, le marché de l’export de la céréale pâtit du retrait de la Chine et de l’Arabie saoudite, selon le CIC. Les deux premiers clients de la planète (15 Mt) déploient des efforts considérables pour réduire leur dépendance. 

Le Royaume saoudien ne se focalise plus sur l’orge pour nourrir les chevaux de course de ses haras. Il diversifie ses achats et s’appuie de plus en plus sur son industrie de l’alimentation animale pour fabriquer les concentrés appropriés.

Un différentiel de prix

Sur la campagne actuelle, l’évolution des prix de vente de l’orge fourragère pâtit de l’abondance de blé et de maïs disponibles à l’export dans le monde. Le cours de la céréale est inférieur à 200 €/t. Toutefois, l’orge est la plus chère des trois principales céréales commercialisées dans le monde, avec un différentiel de prix à son avantage de 10-20 €/t. 

En fait, l’orge fourragère suit sa propre voie depuis quelques mois car l’offre mondiale de grains est à peine équilibrée comparée à celle du blé et du maïs excédentaire. Par ailleurs, les stocks de report de fin de campagne sont faibles. 

Les deux tiers de la production mondiale d’orges sont d’abord celles des 7 pays exportateurs majeurs (Union européenne, Canada, Australie, Argentine, Ukraine, Russie et Kazakhstan). Ils animent seuls le commerce international (30 Mt) sous forme de grains (26,5 Mt) ou de malt (3,5 Mt équivalent orge – Mt éq orge). 

Toutefois, l’Ukraine ne constitue plus une menace commerciale. Depuis le 1er juillet dernier, ses exportations équivalent à 1/20e des volumes expédiés l’an passé à pareille époque.  

La Turquie est le 1er pays producteur d’orges du bassin méditerranéen (8 Mt en année normale) mais cette campagne-ci, elle sera appelée à accroître massivement ses importations de grains pour pallier les dégâts générés par la sécheresse qui s’est abattue jusqu’en Irak, en Syrie et en Iran.

Union européenne, 1er producteur et exportateur

Chaque année, la campagne de commercialisation se déroule en deux temps. Dès le mois de juillet, les pays exportateurs de l’hémisphère nord approvisionnent le bassin méditerranéen et le Moyen-Orient puisqu’ils détiennent les deux tiers des 30 Mt d’orges exportables dans le monde. Puis durant l’été austral, l’Australie et l’Argentine concurrencent la céréale européenne et canadienne en ciblant le marché chinois, saoudien et nord-africain notamment. 

L’Union européenne est le 1er producteur (56 Mt) et exportateur (10 Mt) au monde d’orges brassicoles et fourragères grâce notamment à la France qui en récolte à elle seule 10-12 Mt, selon les campagnes. 

Depuis le mois de juillet dernier, les exportations européennes vers les pays tiers ont explosé (5 Mt). Elles équivalent déjà à celles réalisées sur la campagne précédente 2024-2025. La France en a exporté autant que la Roumanie (1,8 Mt chacune). 

« Pour des raisons historiques, agronomiques et de savoir-faire, l’Hexagone est en capacité d’exporter plus de 50 % de sa production d’orges brassicoles, fourragères et de malt (7 à 8 Mt selon les campagnes) » à la fois vers des pays tiers (3-4 Mt) et à ses voisins européens (2,7 Mt). 

« L’orge brassicole française est expédiée vers des pays dotés de capacités de maltage importantes (Chine, Belgique, Allemagne), souligne Intercéréales. Sa qualité de grain mondialement reconnue conduit également à un malt très réputé et apprécié par les brasseurs du monde entier » (cf. encadré).

Depuis le début de la campagne, près 850 000 t de grains ont notamment été vendues dont près de 400 000 t vers la Belgique.