Mondelēz International a initié en 2008 un programme pionnier pour s’approvisionner en blé plus durable. Le biscuitier accompagne aujourd’hui vers l’agriculture régénératrice les 1 268 agriculteurs européens engagés avec lui.
L’aventure Harmony a démarré en 2008 avec 68 agriculteurs, adhérents de la coopérative Terrena, situés à proximité de l’usine LU de La-Haye-Fouassière (44). Initiateur de cette démarche durable pionnière, Kraft Foods souhaitait réduire son empreinte carbone en agissant là où elle pèse le plus, sur les matières premières, et sur la principale, le blé. Dès 2013, 70 % des biscuits LU étaient fabriqués avec du blé Harmony, produit à partir d’une charte de bonnes pratiques agricoles. Fort de cette réussite, Mondelēz (ex Kraft Foods) décidait de la diffuser en Europe en 2015. Elle implique aujourd’hui 1 268 agriculteurs, dont la moitié en France, dans sept pays européens (Belgique, Espagne, Hongrie, Italie, Pologne, République tchèque). Ceux-ci ont cultivé, en 2024, 57 000 ha de blé selon la charte Harmony et récolté 410 000 t. De quoi assurer la totalité de la production européenne de biscuits de Mondelēz, leader sur le Vieux Continent.
Une démarche collaborative
Le programme s’est forgé dès son origine sur trois grands principes, « la traçabilité, la réduction de l’impact et la collaboration », énonce Charlotte Brault, en charge du marketing et de la communication au sein d’Harmony. Les blés achetés par le biscuitier sont rigoureusement sélectionnés, tracés et contrôlés du champ à l’usine. Ils concilient une recherche de qualité optimale avec la réduction de l’empreinte sur l’environnement et sur la biodiversité par des pratiques culturales adaptées. Au niveau européen, les cultivateurs céréaliers engagés dans la charte ont par exemple multiplié par quatre en dix ans, les surfaces consacrées à des jachères mellifères favorables aux pollinisateurs, qui atteignaient les 2 000 ha en 2024. La démarche est depuis le départ co-construite avec les agriculteurs, les coopératives, les meuniers et des experts. Les meuniers choisis pour rejoindre le programme sélectionnent des coopératives ou négoces partenaires, qui vont recruter les producteurs intéressés par cette démarche durable. Les agriculteurs perçoivent une prime à la tonne de blé, rémunérant leur engagement dans la charte. Celle-ci est régulièrement revue avec les partenaires, qui font l’objet de contrôles réguliers par des organismes indépendants. Coopératives et meuniers sont ainsi audités chaque année, comme 10 % des agriculteurs par roulement.
De nouvelles variétés testées
Mondelēz International a présenté lors du Salon International de l’Agriculture 2025 plusieurs projets pilotes liés à l’ambition Harmony 2030. Le groupe a initié en 2021 le projet Soft Wheat Future visant à sélectionner de nouvelles variétés de blé tendre, moins demandeuses en intrants et plus résilientes aux aléas climatiques. 176 parcelles de recherche ont été testées en 2024 avec des coopératives volontaires. Des essais, conduits sur plusieurs variétés, ont démontré une réduction de 20 % de la fertilisation du blé sur le Véritable Petit Beurre et de 25 % pour le Petit Écolier. L’ambition affichée est de réduire par ce biais les émissions de gaz à effet de serre du blé Harmony de 8 % d’ici 2030.

Des ambitions renforcées
Mondelēz International a souhaité amplifier les avancées de son programme en lançant officiellement en 2023 Harmony Ambition 2030. « Nous avons souhaité aller plus loin dans la réduction de notre impact sur l’environnement et la biodiversité en fondant une charte basée sur l’agriculture régénératrice », explique Raphaël Hercelin en charge de cette thématique et de celle de la biodiversité chez Harmony. Le double objectif assigné à cette nouvelle étape consiste à atténuer le changement climatique et à ralentir l’érosion de la biodiversité via la mise en place de 37 pratiques agricoles tournées vers l’avenir. Les agriculteurs français ont été pilotes de ce chantier sur les semis de 2022. Leurs confrères européens basculent progressivement dans cette logique régénératrice, avec des modalités d’adaptation en fonction des conditions pédoclimatiques locales, et de leur degré de maturité dans l’agriculture durable. Afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre, la charte vise à optimiser l’utilisation d’engrais azotés. La réduction du travail du sol, le développement des couverts végétaux et la rotation diversifiée des cultures, notamment avec des légumineuses, sont au cœur du nouveau cahier des charges demandé aux agriculteurs. Côté biodiversité, l’objectif est d’élargir l’action de la parcelle Harmony à l’échelle de l’exploitation et des pollinisateurs à l’ensemble de la faune et de la flore, tout en interdisant les pesticides à plus haut risque.
Afin d’accompagner ses agriculteurs partenaires dans leur transition vers l’agriculture régénératrice, Harmony a mis en place un dispositif complet de formations, notamment digitales. Le programme a développé Harmony Data Platform avec la start-up suédoise Improvin’. D’abord lancée en France et en Belgique, adoptée par les autres pays cette année, cette plateforme digitale simplifie la saisie des données par les agriculteurs, et favorise l’analyse de leurs performances dans une logique d’amélioration continue. Soucieux de proximité, Mondelēz a aussi initié des Harmony Tours en France, Belgique et Italie pour l’instant, pour échanger sur la nouvelle charte et les pratiques avec les producteurs, les coopératives et les meuniers. Afin d’être challengé et de conserver sa dimension innovante, le groupe a constitué en 2023 le Comité Harmony, qui regroupe des experts représentatifs des différents pays. On y retrouve, côté français, l’institut technique Arvalis, INRAE ou encore l’ONG Noé, engagée de longue date aux côtés d’Harmony. Le consommateur n’est évidemment pas oublié. L’équipe R&D de Mondelēz a investi dans un programme de recherche qui vise à « prouver qu’un blé plus durable est aussi un blé de meilleure qualité », rapporte Raphaël Hercelin. L’évolution vers l’agriculture régénératrice sera visible dans les rayons cette année avec de nouveaux packagings la mettant en valeur, notamment sa dimension santé des sols. Ambitieux, Harmony veut aller vite et vise 100 % de blés cultivés sous sa nouvelle charte en 2030. Afin d’absorber la croissance de ses volumes et sa dynamique d’acquisitions, Mondelēz International continue d’exporter sa démarche durable vers d’autres pays. De premiers blés Harmony seront ainsi récoltés en Allemagne et en Slovaquie cette année.

L’IA pour limiter les herbicides
Mondelēz a également dévoilé lors du SIA 2025 les premiers résultats de l’expérimentation Smart Aerial Mapping. Harmony collabore depuis 2023 sur ce projet avec la start-up allemande SAM Dimensions, qui a mis au point une technologie utilisant des drones et l’IA pour identifier de façon précise les mauvaises herbes et les pousses de blé. L’analyse cartographiée permet d’appliquer les herbicides uniquement là où ils sont nécessaires. La méthode permet de diminuer de 41 % l’utilisation des produits chimiques et d’économiser 82 l d’eau par ha. Son déploiement est à l’étude.