« Comme la dérégulation du climat est liée aux activités humaines, on a la possibilité de résoudre le problème » (François Gémenné)

Durant la conférence « Anticiper, agir, réussir : répondre aux défis climatiques », organisée par La Coopération agricole, François Gémenné, professeur à HEC et coauteur des rapports du Giec, a expliqué pourquoi et comment l’Agriculture est une partie de la solution.

Le 24 juin dernier, il faisait plus de 40°C à Paris. Le second (ou deuxième) épisode caniculaire de l’année avait débuté quelques jours plus tôt avec des températures supérieures d’au moins de 15 °C à la moyenne. Il n’est qu’une énième illustration du réchauffement du  climat de la planète auquel la France n’échappe pas. Aussi, le thème de la conférence organisée par  La Coopération Agricole «Anticiper, agir, réussir : répondre aux défis climatiques » était tout à fait d’actualité!

« Tant que la planète n’atteindra pas la neutralité carbone, la dérégulation du climat se poursuivra, a affirmé François Gémenné, professeur à HEC et par ailleurs co-auteur des rapports du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Tout au long de la conférence, il a partagé avec le public et les autres intervenants présents, un certain nombre de réflexions transversales portant sur le changement du climat, sur ses conséquences et sur la dimension pluridimensionnelle des défis à relever. Ils soulèvent à la fois des questions économiques, sociologiques et environnementales.

« Encore aujourd’hui, la planète émet deux fois plus de gaz à effet de serre qu’elle n’en stocke. Mais comme cette dérégulation est liée aux activités humaines, on a la possibilité de résoudre le problème », a affirmé François Gémenné.

Durant la conférence de La Coopération Agricole, l’expert soutenait encore: « L’adaptation au changement du climat est un processus structurel. Il faut arrêter de penser que chaque nouvel épisode caniculaire est exceptionnel alors que l’on bât tous les jours des records de températures. De même, les orages, les tempêtes de grêles, les inondations sont de plus en plus intenses ».

Selon François Gémenné, l’agriculture détient une grande partie de la solution pour que la France atteigne la neutralité carbone. A contrario, les forêts en stockent beaucoup moins qu’attendu. Et les océans s’acidifient en absorbant continument du CO2.

« En fait, il faut compter sur les sols, les prairies et les zones humides pour stocker du carbone. Et il faut accompagner les agriculteurs pour qu’ils adoptent les pratiques agricoles adéquates qui favorisent ce stockage, Mais ce sont des producteurs et pour dégager des revenus rémunérateurs, ils doivent être compétitifs ».

« A cette fin, le stockage de carbone pourrait être une activité agricole à part entière, monnayable comme l’est la production d’électricité agri-voltaïque dans des champs ».

Ainsi, en mettant à l’herbe leurs ruminants, les éleveurs ne percevraient pas seulement des aides Pac mais aussi une rémunération complémentaire proportionnelle à la quantité de carbone organique stockée dans leur sol, bilans carbone à l’appui.

Décarboner l’ensemble de la chaine de valeur

« L’adaptation de nos sociétés aux changement du climat exige des investissements massifs. De l’amont à l’aval, les entreprises, les agriculteurs et les coopératives pourraient trouver les fonds nécessaires en mobilisant une partie de l’épargne des Français. Des livrets dédiés au financement de la transition écologique, agricole et industrielle pourraient être créés. Compte tenu de l’état de nos finances publiques, il ne faut pas compter sur la subvention ».

« L’épargne des Français est estimée à plus de 7 000 milliards d’euros et celle des Européens à 35 000 milliards d’euros ».

« Or à ce jour, seul un tiers de leur épargne des Français finance l’économie nationale!».

« La Politique (dans son ensemble) n’aide pas pour relever le défi du climat. La plupart des gouvernements ne coopèrent pas vers la transition climatique.

Celle-ci s’inscrit dans le long terme, en contradiction avec leur calendrier électoral. Aux Etats-Unis et dans d’autres pays dirigés par des gouvernements populistes, on observe même certains retours en arrière…ce qui conduit au final à l’immobilisme. Mais en Chine, l’objectif central du quinzième plan quinquennal est de réduire l’intensité carbone de 17 % d’ici 2030 ».

En fait, il faut se fixer un cap quand on veut réduire les émissions de gaz sans les gouvernements.

Dans les coopératives, une multitude de programmes et d’initiatives embarquent déjà leurs adhérents vers la décarbonation, en rémunérant les efforts fournis pour réduire les émissions ou pour stocker du carbone ».

« Le commerce international est aussi un des piliers de la transition climatique de l’économie mondiale. Les accords commerciaux associés à des clauses miroirs pertinentes inciteraient alors les partenaires commerciaux de la France et de l’Union européenne à adopter les normes européennes en vigueur dans leur propre pays ». La cohabitation de deux règlementations dans un pays fait souvent mauvais effet.

« Pour associer les consommateurs aux défis climatiques à relever, pourquoi ne pas orienter le choix de leurs produits en fonction de leur bilan carbone. Le Nutriscore ou les labels ne seraient plus alors leurs seuls critères de décision ».

La France émet près de 36 % de gaz à effet serre de moins que dans les années 1990 selon le site « Agenda 2030.fr ». Alors qu’à l’échelle de la planète, les émissions ont augmenté de plus de 60 %.

Dans l’Hexagone, les émissions annuelles de gaz à effet de serre sont estimées à 3,1 gigatonnes (1 milliard de tonnes) de CO2 équivalent de gaz à effet de serre alors qu’à l’échelle mondiale environ 53 gigatonnes de tonnes sont émises.

Autrement dit, atteindre en France la neutralité carbone ne limitera pas le dérèglement du climat si l’ensemble de la planète ne suit pas le mouvement.