Le groupe familial angevin intègre des vergers, la première transformation des pommes et la fabrication de pâtisseries surgelées. Il investit actuellement 17,5 M€ dans son outil industriel et renouvelle chaque année une partie de son verger en agriculture raisonnée.
« Atypique ». Le mot revient souvent dans la bouche d’Éric Sarazin, dirigeant de Sarafruits. Implanté à Champigné (49), son groupe rassemble des vergers de pommiers, la première transformation et la production de pâtisseries surgelées pour l’entité Pomone. L’ensemble vise les 70 millions d’euros de chiffre d’affaires et emploie 320 à 340 collaborateurs en ETP. La conduite agroécologique de ses cultures, son positionnement d’agriculteur et industriel, mais aussi ses origines familiales constituent sa singularité. L’arrière-arrière-grand-père d’Éric Sarazin pratiquait une forme de permaculture… rue de Vaugirard à Paris. Poussée par l’urbanisation, la famille a choisi de s’établir dans le bocage angevin, où elle a racheté à la fin des années 60 les vergers de la Cochetière. Représentant de la 4ème génération d’arboriculteurs, Éric Sarazin a rejoint l’entreprise en 2000 et la dirige depuis 2021. Le virage de la transformation avait été pris par son père dans les années 80, en réaction à la destruction de pommes dans le cadre de la politique des surplus. Née en 1989, l’entité Flash Fruits a permis de valoriser tous les fruits, d’abord vendus frais, épluchés, tranchés en BtoB. Elle produit aussi des ingrédients à base de pommes et des compotes vendues régionalement sous la marque Mille Fruits. Éric Sarazin ambitionne aujourd’hui de décliner cette activité en prestation de services pour des arboriculteurs désireux de valoriser leurs pommes déclassées.
Pomone, fabricant de pâtisseries surgelées, est né en 1992 de l’association avec un client industriel. D’abord spécialisée dans les desserts aux pommes, la société a élargi ses gammes vers d’autres fruits et le chocolat. L’industriel s’appuie sur deux sites de production, à Champigné et Avrillé, et équilibre son activité entre les ventes à la GMS, à la restauration et à l’export. Le modèle intégré et de proximité construit à Champigné, du verger à la station fruitière d’une capacité de stockage de 5 800 t, pour aller vers les 4ème et 5ème gammes ou la pâtisserie, réduit drastiquement le kilométrage parcouru par les fruits, constituant un atout environnemental et compétitif.
Une biodiversité florissante
Les vergers de Sarafruits (la Cochetière et la Louetière) produisent annuellement 7 000 à 8 000 t de pommes. Douze variétés sont cultivées, dont les principales sont Pink Lady® , Chantecler, Jazz, Granny et Jonagored. Seulement 40 à 60 % de cette production est destinée aux ateliers de transformation interne, le reste étant commercialisé en pommes de table afin d’assurer la résilience du système.
La conduite durable du verger par la famille Sarazin est formalisée depuis un certain temps. En production fruitière intégrée depuis 1998, les vergers de la Cochetière sont depuis 2015 en agriculture raisonnée HVE niveau 3, là aussi parmi les pionniers. Sur un foncier agricole de 220 ha, la surface des vergers a volontairement été ramenée à 110-120 ha, pour s’adapter à la double problématique de la disponibilité de la main-d’oeuvre et de celle de l’eau dans le contexte du changement climatique. 100 % irrigué, le verger a construit sa résilience avec un réseau de sept réserves d’eau interconnectées. La récupération de l’eau du nettoyage des ateliers, dépolluée, permet de restituer au pied des arbres 25 000 à 30 000 m3 d’eau par an. Afin de stocker l’eau des pluies hivernales, Éric Sarazin aimerait mettre en œuvre les pratiques de l’hydrologie régénérative et regrette les réglementations interdisant la création de retenues d’eau dans les zones humides.
Pour favoriser la biodiversité et les auxiliaires, il consacre 30 ha à la polyculture et un tiers de sa surface à des éléments non productifs, bois, haies, prairies fleuries, zones humides… L’ensemble du verger est enherbé et entouré de 16 km de haies, soit 170 m linéaires par ha, contre une moyenne nationale de 35 m. Des aménagements qui se traduisent par « davantage de pollinisateurs sauvages. On a moins besoin de ruches », observe Éric Sarazin. Celui-ci a décidé, après 20 ans, d’arrêter l’agriculture biologique, qui pesait plus de 10 % de sa production, sur le verger de la Louetière. « On n’arrive pas à équilibrer et il ne faut pas oublier l’objectif d’une alimentation abordable. Mais cette expérience a fait progresser nos techniques en agriculture raisonnée », explique le dirigeant.

La RSE au cœur
Toute la filière intégrée de Sarafruits est en responsabilité sociétale, du verger à l’industrie. Labellisé PME+ depuis 2016, Pomone affiche des scores remarquables, jusqu’à 95/100. La dimension RSE irrigue tous les champs du groupe : la conduite des cultures, la gestion des ressources, la sélection des matières premières en pâtisserie, l’amélioration des recettes… L’aspect social est aussi majeur. L’entreprise accompagne ses salariés impliqués dans des associations, soutient le don du sang et valorise les initiatives RSE de chacun. « L’important est d’embarquer l’humain », souligne Éric Sarazin, qui « connaît le vocabulaire de chaque acteur de l’entreprise ».

Une nouvelle usine à Avrillé
Afin de garantir « l’approvisionnement durable de mes clients en pâtisserie », il investit chaque année dans le renouvellement de 5 % de son verger. « Si on ne le fait pas, c’est un capital qui vieillit », ajoute-t-il. La modernisation de l’outil de production relève de la même logique. Pomone vient de démarrer la construction d’une nouvelle usine à Avrillé, pour succéder à un outil vieillissant et peu adapté aux évolutions climatiques. Les trois lignes de production seront déménagées et la troisième dotée comme les autres d’un four. D’une surface accrue de 2 000 m², le nouveau site aura le potentiel pour accueillir deux lignes supplémentaires et fabriquera l’ensemble de la gamme de pâtisseries. Le chantier doit durer trois ans et demi, pour un investissement de 17,5 M€. Quinze à vingt emplois directs seront créés. En investissant sur ses terres et dans ses outils de transformation, en préparant son entreprise pour demain et une future transmission familiale, Éric Sarazin conforte son modèle durable, tant agricole qu’industriel. « Un modèle durable doit rémunérer équitablement, permettre de réinvestir et de produire une alimentation abordable », conclut le dirigeant.

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Des actions mesurées
Éric Sarazin s’attache dans sa conduite d’entreprise à rapprocher « bon sens et rationalité scientifique ». Il pilote activement depuis quatre ans l’impact carbone (émissions et séquestrations) de son verger, valorisant ces données auprès de ses clients soumis à la CSRD. En collaboration avec l’ESA d’Angers, il a initié un inventaire de la biodiversité sur ses terres. Des étudiants en bachelor agroécologie et systèmes alimentaires y ont identifié plus de 4 000 insectes. Les indicateurs obtenus montrent qu’« une agriculture raisonnée bien menée peut soutenir une biodiversité comparable au bio », relève Éric Sarazin. Le dirigeant souhaite mieux caractériser ses zones de réserve de biodiversité et vise l’obtention du Label Haie.