Les greniers de la planète, dont fait partie la France, sont confrontés à des défis liés aux conditions météorologiques et à la logistique dont on n’en finit pas de mesurer l’ampleur et les conséquences. Ils récolteront 100 Mt de céréales en moins qu’en 2025-2026 et le conflit russo-ukrainien complique l’exportation d’une centaine d’autres millions de tonnes.
La demande mondiale restreinte de céréales évite tout emballement des prix. L’augmentation du cours du maïs (267 € la tonne à Bordeaux, +30 € en 3 semaines) s’explique en grande partie par l’envolée des cours du pétrole et par l’absence de maïs ukrainien disponible à l’export..
Or question approvisionnement, la situation est chaque semaine un peu plus préoccupante.
A l’échelle mondiale, la campagne mondiale de commercialisation 2026-2027 se caractérise par une baisse de la production de céréales des principaux pays exportateurs (1) de 100 Mt de grains selon le Conseil international des céréales (CIC) et une diminution de leurs capacités d’exportation de 30 Mt.
Aux Etats-Unis, la récolte de blé n’a jamais été aussi faible (42 Mt) depuis des décennies, inférieure de 12 Mt à l’an passé. Les Américains sont aussi partis pour récolter 402 Mt de maïs, une production inférieure de 30 Mt à celle de 2025. Mais compte tenu des stocks de report dont ils disposent, ils pourront en exporter 83 Mt, selon le CIC.
L’Union européenne confrontée à une sécheresse exceptionnelle, engrangera 27 Mt de céréales en moins que l’an passé. La chute de sa production de maïs n’en finit pas de surprendre (48 Mt, – 12 Mt).
Agreste, la statistique agricole, estime les productions françaises de blé tendre à 32 Mt (en repli de -4,3 % sur un an), de blé dur à 1,1 Mt (-16,6 %) mais aussi celle d’orges à 11 Mt (-6,8 %) et celle de maïs à 9 Mt.
« La chaleur et la sécheresse réduisent la production des greniers des céréales de la planète, tandis que le conflit en mer Noire, les perturbations du transport maritime en mer Rouge et le faible niveau des fleuves européens augmentent les coûts de transport des céréales », souligne Ukragroconsult.
Dans l’hémisphère sud, le CIC table d’ores et déjà sur des récoltes australiennes et argentines de céréales inférieures de 27 Mt à l’an passé. Et la vigueur de l’El Nino pourrait conduire à revoir à la baisse ces prévisions dans les prochaines semaines.
100 Mt de grains prises en otage
Dans le bassin de la mer Noire, la campagne de commercialisation russo-ukrainienne de grains débute avec une épée Damoclés inédite: jusqu’à 100 Mt de blé, d’orges et de maïs sont otages du conflit russo-ukrainien. Dans les ports de la mer Noire et de la mer d’Azof, la navigation est paralysée quand elle n’est pas bloquée alors que la guerre au Moyen Orient complique régionalement l’acheminement de grains.
En conséquence, la campagne mondiale de commercialisation 2026-2027 débute avec 200 Mt de grains produites en moins (100 Mt) ou qui ne sont pas d’emblée disponibles à l’export (100 Mt).
Or ces derniers jours, les interrogations portaient essentiellement sur les difficultés d’acheminer 60 Mt de blé russe et ukrainien en Afrique, en Asie et au Moyen Orient.
Quoi qu’il en soit, la Russie et l’Ukraine ne tirent aucun avantage militaire de leurs attaques portuaires et des blocages qu’ils entrainent alors que les conséquences pour les pays dépendants des importations pourraient être considérables.
Itinéraires alternatifs insuffisants
A ce jour, les solutions alternatives que l’Ukraine et la Russie tentent de trouver pour expédier leurs céréales, ne convainquent pas puisqu’elles sont couteuses et portent sur de faibles volumes de grains, comparées aux dizaines de millions de tonnes que les deux pays écoulent chaque année pour approvisionner des pays structurellement importateurs.
En Ukraine, les itinéraires alternatifs aux expéditions portuaires sont connus depuis quatre ans. Ils sont efficaces pour approvisionner le marché européen qui doit importer plus de 23 Mt de maïs pour compenser sa production déficitaire d’autant. Mais cette année, le faible étiage du Danube complique l’acheminement de grains vers le bassin méditerranée et l’Afrique, depuis le port se Izmail.
En Russie, le gouvernement ne s’attendait pas à ce que les ports de la mer Noire et de la mer d’Azof deviennent des zones risquées, voire impossibles à la navigation. Or près de 60 Mt de céréales et d’oléo-protéagineux devront être expédiées durant dans les prochains mois.
Ukragroconsult mentionne qu’une partie des céréales russes « pourra bénéficier d’un transport subventionné vers les gares portuaires de la région de Krasnodar et du nord-ouest de la Russie, en vue de leur exportation via la mer Baltique. Les coûts de transport ferroviaire seront pris en charge par le budget fédéral et ne seront pas facturés aux expéditeurs ».
Mais la Russie ne peut plus vraiment miser sur son port baltique d’Oust-Louga pour expédier ses céréales bombardé à plusieurs reprises.
Par ailleurs « des itinéraires préférentiels spécifiques ont été mis en place pour la région de Rostov, permettant le transport de grains vers les ports de la région de Krasnodar et du nord-ouest de la Russie, ajoute Ukragroconsult. Les céréales provenant de cinq régions sibériennes pourront également bénéficier d’un transport subventionné vers les ports d’Extrême-Orient ».
Seule une demande mondiale durablement atone évitera des crises de panique sur les marchés. La campagne passée, des pays importateurs semblent avoir profité de la faiblesse des cours pour réaliser leurs emplettes. Par ailleurs, les prévisions du CIC révèlent que la production 2026 de blé et d’orges est supérieure à l’an passé dans de nombreux pays sud-méditerranéens et moyen-orientaux, structurellement importateurs. Aussi, ils achèteront moins de grains cette campagne-ci.
Enfin, les pays producteurs de riz en disposent des quantités record ce qui les rend plus autosuffisants. Le marché mondial de la céréale semble aussi bien approvisionné. En conséquence, les pays consommateurs de riz n’auront pas besoin d’importer massivement du blé et du maïs.
(1) UE, Russie, Ukraine, Kazakhstan, Argentine, Canada, Etats-Unis, Brésil, Australie.