Reportage : la ventilation au coeur du stockage à long terme

L’EARL de la Mare Hutte a développé une activité complémentaire de stockage à façon pour Soufflet depuis 7 ans dans l’Eure. La gestion du refroidissement y est centrale pour assurer le stockage long terme.

Luc Vanheule et son frère ont construit l’intégralité du bâtiment destiné au stockage de longue durée. © Laure Toquet

Exploitant 160 ha à Dambeuf-la-Campagne dans l’Eure, l’EARL de la Mare Hutte a acquis en 2010 un site comptant des cellules de stockage construites dans les années 70. « Nous apprécions la souplesse de pouvoir moissonner sans dépendre des horaires des sites de collecte » indique Luc Vanheule. Les deux frères associés de l’EARL collectent également une vingtaine d’agriculteurs du secteur et stockent à court terme pour l’entreprise Soufflet depuis 7 ans. Ils ont également développé une activité de stockage à long terme dans un bâtiment totalement autoconstruit.

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Un bâtiment de stockage « fait maison »

Luc Vanheule est intarissable sur la conception du bâtiment de stockage qu’il a construit de A à Z en 6 ans jusqu’aux portes en métal de 7 m par 6,2 m soudées sur place. Celui-ci a accueilli sa première moisson en 2023 dans un stockage d’un seul tenant. « Les murs banchés épais pour maintenir la pression du grain présentent l’avantage d’avoir un effet isolant, explique Luc Vanheule. Le faitage est ventilé et un écart a été aménagé dans le bardage supérieur ». Il a opté pour un convoyeur Redler pour charger et vider afin de limiter les productions de poussières.

« Quelle que soit l’installation, il faut réussir la ventilation, ne pas hésiter à y mettre des moyens surtout avec le contexte du réchauffement climatique, souligne l’agriculteur. C’est d’ailleurs la première chose à raisonner, ce que nous n’avons pas fait. Il faut notamment anticiper le risque de nuisance sonore en positionnant les ventilateurs de manière adéquate ».

Attentif à la maturité du grain

Afin d’assurer la qualité du stockage, Luc Vanheule souligne l’importance de la vigilance à la collecte. « Nous appliquons les critères de qualité de Soufflet en termes de poids spécifique, humidité, protéine et impuretés, explique l’agriculteur stockeur. Dans le cas des orges, le calibrage est également pris en compte ». Il ajoute : « la première règle consiste à conserver des grains matures et dont l’humidité est inférieure à 16 % ». Il constate en effet que la maturité est déterminante et qu’un grain immature, même à 15 % d’humidité, aura tendance à monter en température. Il note : « cela conduit à une dégradation du grain tout autour ». Dans le cas d’un grain humide, il considère qu’un mélange d’un tiers de celui-ci avec deux tiers de grain sec peut éviter les risques « à condition de veiller à un mélange homogène, afin d’éviter la constitution d’une couche humide qui bloquera la ventilation et donc le refroidissement des grains situés au-dessus ».

Des conseils sur mesure pour un projet atypique

Pour ce projet atypique, les deux frères ont bénéficié des conseils de Fontaine Silo. L’entreprise a su élaborer une proposition sur mesure et « de bon sens ».

La ventilation souffle de bas en haut du tas de grain via des caniveaux et des demi-lunes. Elle est positionnée en 6 lignes dans la longueur du bâtiment : 2 proches des murs, 2 au centre et 2 intermédiaires. Les lignes à proximité des murs sont assurées par des demi-lunes, les 4 autres par des caniveaux, lesquels mesurent 30 m de long. Le passage de l’air d’un caniveau à l’autre peut être régulé via une trappe. « Les grilles perforées d’orifices de 2 mm de diamètre tous les 3,5 mm assurent un passage d’air de 30 %, soit 23 % avec le caillebotis porteur de la charge d’engins » précise Luc Vanheule. Mesurant 500 mm x 1 000 mm, elles peuvent au besoin être adaptées pour stocker du colza.

Deux ventilateurs d’une puissance de 18,5 KW fournis par NEU-JFK Févi, et dont l’étude de dimensionnement a été réalisée en collaboration avec Fontaine Silo, alimentent chacun 3 axes de ventilation. Les deux exploitants apprécient le choix de ces équipements à régime lent, 1 500 tours par minute, car ils s’avèrent moins bruyants. L’air passe sous terre à environ 2 m de profondeur. Il observe : « cela nous apporte une bonne efficacité de refroidissement ». Pour le suivi des températures, 16 sondes, fournies par Fontaine Silo, suspendues à des câbles métalliques sont positionnées à 2 m du sol dont 6 sont centrées dans le bâtiment et 5 sont réparties de part et d’autre. En termes d’entretien, l’agriculteur indique : « nous soufflons le haut du bâtiment avec une lance à air depuis une nacelle, puis nous aspirons au sol et nous soulevons bien les grilles des caniveaux pour enlever les poussières ». Du côté de ses projets d’avenir, Luc Vanheule réfléchit : « à mettre en place une programmation pour réduire notre consommation d’énergie. J’estime qu’il serait possible de la diviser par deux ».

Refroidir au plus vite

Face à une offre climatique de plus en plus rare, la maîtrise du stockage se complexifie du fait de difficultés à refroidir. Luc Vanheule explique « souffler dès la moisson pour casser la température du grain dès qu’il rentre et descendre sa température à 20 °C sans prendre le moindre retard ». Il note que son système offre une bonne efficacité dès un différentiel de température de 7°C entre le grain et l’air extérieur. Après avoir atteint les 20°C, il vise 15°C puis descend progressivement en-dessous de 12°C et de 10°C si possible. Sa bête noire : « les charançons qui seront inertes en dessous de 12°C, ce qui implique qu’ils ne pourront pas se reproduire, donc se développer ».

Luc Vanheule note que le colza est le plus compliqué à refroidir, car il faut atteindre une pression de 2100 KPa. L’orge s’avère également plus délicate que le blé avec des montées en température saisonnières là où le blé et le colza seront plus stables.

sont fixées par des câbles à 2 m de hauteur dans le blé stocké.
16 sondes de températures sont fixées par des câbles à 2 m de hauteur dans le blé stocké.