Le dimanche 25 mai 2014 ont lieu les élections Européennes. Il s’agit d’élire 74 députés Français qui iront siéger au Parlement Européen. Ce qui émerge du débat actuellement est inquiétant et réducteur. On ne parle que du taux d’abstention qui s’annonce élevé – plus de 60 % lors du dernier scrutin – de la montée du Front National qui arriverait en tête, et de l’euroscepticisme. 50 ans de construction Européenne pour en arriver là, c’est désolant.
Pourquoi un tel constat ? La France a beau avoir été à l’origine de la construction Européenne, la grande majorité des élus politiques et les différents responsables de notre pays ont continué à considérer le niveau européen comme secondaire. Pire, ils s’en sont servis de bouc-émissaire. Dès qu’une décision est impopulaire, l’Europe est montrée du doigt. Le débat sur le déficit budgétaire est exemplaire à ce niveau-là. Il est légitime d’avoir un budget à l’équilibre. Il est suicidaire de croire que l’on pourra être en déficit indéfiniment. Et pourtant ce comportement de bon sens qui est la base de tout budget familial , de toute entreprise, est critiqué et considéré comme un travers. Le coupable a été désigné : « Bruxelles ».
Trop souvent la France montre le peu de cas qu’elle fait de l’Europe. En douze ans, douze secrétaires d’état aux affaires Européennes ont été nommés…sans commentaire ! Certains de nos députés sont compétents, engagés et assidus mais à Bruxelles ou Strasbourg les députés français ont surtout la réputation d’être les rois de l’absentéisme. Un constat désolant, mais au moment de constituer les listes pour les élections européennes du 25 mai, il est ahurissant de constater que ce ne sont pas forcément les plus engagés qui ont été récompensés et que, pour ceux qui ont pu préserver leur place, ils ont souvent dû batailler ferme pour être en situation d’éligible. Notre service public télévisé, pourtant jamais avare d une leçon de vertu politique, a décidé de ne pas retransmettre les débats entre les candidats à la présidence de la commission. Affligeant !
Je suis agriculteur et président du syndicat européen des coopératives agricoles, la COGECA. La Politique Agricole Commune a été une politique européenne performante et efficace. Mais je suis frustré et déçu par la nouvelle PAC. Nous nous sommes battus pour garder une PAC efficace mais le constat est là. Elle ne donne pas l’élan pour gagner la bataille à l’échelle planétaire. Nous avons de vrais atouts en matière d’agriculture et d’agroalimentaire. Nos produits sont plébiscités sur des marchés en forte croissance, sur d’autres continents. Au lieu d’être portés par une politique européenne volontariste, nous en sommes presque à nous demander si nous ne devrions pas moins produire, moins exporter. Ces débats sont stériles et manquent cruellement d’ambition. Je suis convaincu que la cause de tout cela réside dans notre manque d’engagement, de confiance et de conviction à l’égard du projet européen.
Les eurosceptiques semblent être plus efficaces que les Européens convaincus, ils savent surfer sur les peurs, les conservatismes. Le repli sur soi étant instinctif en période de crise ils savent en jouer. Les Europhiles, eux, n’ont pas su convaincre, n’ont pas su mettre en avant ce qu’a permis l’Europe.
En donnant cette image, en ne valorisant pas les réussites de l’Europe, ce qui était à la base un beau projet est devenu pour une grande partie de la population source de tous les maux. Le fonctionnement de l’Europe est devenu incompréhensible et lointain. On n’élit pas le président de l’Europe, on ne connait pas les membres de la Commission Européenne, le fonctionnement parait opaque. Tout cela concourt à faire de l’Europe un grand « machin » éloigné des préoccupations des français.
Paradoxalement, les députés qui vont être élus le 25 mai auront beaucoup plus de pouvoir qu’avant. Les représentants des citoyens désigneront le Président de la Commission Européenne, le gouvernement de l’Europe. Ils auront des compétences accrues en matières législatives et budgétaires.
Face à nous, nos partenaires et concurrents sont des géants, en termes de population, d’influence économique. Si l’on souhaite garder une vraie ambition et ne pas être simple spectateur pour faire face à des Etats continents, il nous faut plus d’Europe.
Construire une Europe à 28, demain à 30 n’est pas chose aisée et l’Union est en panne. L’Europe est désincarnée, peu visible. Nous devons lui redonner un sens plus politique en affirmant clairement ce que nous voulons pour l’Europe du 21e siècle. Le modèle de l’Europe est à rééquilibrer, il doit prendre plus en considération les préoccupations des citoyens, sans perdre de vue toutefois que nous sommes dans une économie globale. La question n’est pas de savoir si nous allons changer le modèle, débat typiquement français, mais plutôt quelle place nous allons prendre dans la mondialisation. Pour y arriver, il faut une harmonisation au sein même de l’Union.
On ne peut pas accepter de voir des entreprises partir vers d’autres pays de l’Union Européenne pour des raisons fiscales ou sociales. Les pays Européens doivent être des partenaires et non des adversaires. C’est indispensable car autour de nous le monde avance, les pays émergents dégagent une telle énergie, montrent une telle soif d’avancer que nos hésitations n’en sont que plus criardes.
L’Europe n’est plus le centre du monde. Nous avons besoin de grands projets communs qui fédèrent encore plus l’Europe. Nous devons investir dans les infrastructures, développer l’innovation, être plus efficace en terme d’environnement, d’économie numérique. Nous devons faire preuve d’audace pour notre recherche. Nous devons affirmer une ambition sociale. Nous aurions aussi intérêt à nous préoccuper du potentiel militaire de l’UE si nous voulons garder une influence diplomatique. Les évènements en Ukraine montrent l’impuissance de l’Europe. Sans bras armé la diplomatie européenne est inaudible. La donne mondiale change. Les USA, leur problème énergétique étant résolu grâce au gaz de schiste et aux biocarburants, n’ont plus guère envie d’être les gendarmes du monde… Il y a quelques semaines, le Président Obama nous conseillait vivement et très officiellement d’investir dans nos forces militaires rappelant que la liberté et la paix ont un prix ! Ce fut d’ailleurs un des objectifs de la construction Européenne. En un mot nous devons nous forger une identité européenne.
Face à tous ces défis, nous devons investir le champ politique. Il est donc important de se mobiliser pour ces élections Européennes. Les théories de sortie de l’Euro, de protectionnisme effréné peuvent séduire l’opinion mais ne mèneront à rien. Il faut au contraire élire des députés qui aient une connaissance des dossiers et sachent imposer des idées qui soient à la fois pragmatiques et à l’écoute des Européens. Il y a urgence. Seuls 46 % des citoyens se sentent attachés à l’Europe en 2013 : un chiffre en baisse de 7 %.
Une Europe unie avec un projet commun jouera le match en première division mondiale. Une Europe des nations seulement liée par l’euro et se résumant à un espace économique ouvert jouera immanquablement dans les séries inférieures. Dans ce dernier cas nous pourrons toujours continuer à faire des discours sur l’injustice du monde. Mais peut-être cela nous suffit-il ?
En savoir plus : http://www.christianpees.com/plaidoyer-pour-europe-unie (tribune également publiée sur le blog personnel de Christian Pèes).
