L’allongement des rotations et la diversification des espèces cultivées à l’échelle de la rotation sont devenus des options agronomiques incontournables dans la réflexion sur les systèmes. Le pois d’hiver a des atouts à faire valoir. D’autant qu’un certain nombre de freins génétiques ont pu être levés.
Depuis une quinzaine d’années, le progrès génétique est incontestable sur les légumineuses en général et le pois en particulier. L’irrégularité des rendements, jadis reprochée à l’espèce, ne serait-elle qu’un vieux souvenir ? En effet, la sélection variétale parvient à répondre à un grand nombre de défis et le pois en est une belle illustration. Une réussite possible grâce à des programmes de sélection ambitieux et à la grande diversité du matériel génétique, explique Matthieu Floriot, sélectionneur : « C’est un gros avantage que nous offre le pois. Nous sommes partis de pas grand-chose, mais nous avons à notre disposition une collection génétique très large grâce à des centaines de ressources recensées sur toute la planète. Une matière qui nous permet d’aller chercher des traits d’intérêt qui sont introgressés dans les programmes, en fonction des objectifs que l’on se fixe ».
Outre l’introgression de gènes d’intérêt dans les variétés, la démultiplication des programmes de sélection offre la possibilité de sélectionner de façon passive les individus qui « passent les épreuves du temps » en matière de stress hydrique, d’excès de températures, etc. « L’objectif est d’avoir un matériel génétique robuste qui garantit la régularité des rendements quelles que soient les conditions météorologiques », résume le sélectionneur. Les variétés sont aussi sélectionnées pour qu’elles soient adaptées à l’ensemble des créneaux de précocité afin que l’agriculteur dispose d’une plage de semis optimale en fonction de son contexte pédoclimatique.

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Productivité et régularité : les priorités de la sélection
La productivité est le principal critère de performance attendu des variétés. Au moment de l’inscription au catalogue, une nouvelle variété est principalement évaluée sur sa capacité à être plus productive que les variétés témoins. « En 15 ans, nous avons gagné entre 20 et 25 % de rendements, nous avons travaillé sur toutes les composantes du rendement, notamment la fertilité et le poids de mille grains (PMG) », résume le sélectionneur.
Mais en matière de sélection, la productivité est une chose, encore faut-il qu’elle soit régulière selon les contextes pédoclimatiques et les aléas climatiques. « La tolérance au froid est aussi un critère sur lequel nous avons énormément travaillé. Non seulement la tolérance à des basses températures, mais aussi la capacité des variétés à supporter des excès d’eau et surtout la vigueur de reprise en sortie d’hiver », précise Matthieu Floriot.
Autre critère non négligeable, la tolérance à la verse. « C’est une espèce particulièrement sensible, car elle a la particularité d’avoir une tige plus fine en bas qu’en haut. Là aussi, les nouvelles variétés sont performantes s’agissant de la tenue de tige et de la résistance à l’ascochytose, les deux étant très liés », précise le sélectionneur.
La sélection variétale a aussi permis de travailler sur des caractéristiques comme la hauteur de la plante pour, d’une part, faciliter la récolte et d’autre part, augmenter la productivité. Le gain moyen est d’environ 30 cm pour les nouvelles variétés.
Date, profondeur et densité : les 3 clés d’un semis de pois d’hiver réussi
La sélection variétale a permis de déplafonner le potentiel de rendement. Mais pour qu’il s’exprime pleinement, encore faut-il qu’il soit implanté dans les meilleures conditions, non seulement à la bonne date, mais aussi à la bonne profondeur et à la bonne densité.
Pour la date d’implantation, il faut avoir le réflexe de semer systématiquement après les céréales. Un semis trop précoce, c’est-à-dire avant le 25 octobre, augmente très significativement le risque de maladies foliaires aériennes. Par ailleurs, un pois trop développé (au-delà de 5 feuilles), est beaucoup plus sensible au risque de gel. En fonction des régions, les périodes optimales se situent entre le 5 et le 20 novembre pour les régions de l’ouest de la France, entre le 1er et le 25 novembre pour les régions du centre et de l’est de la France, et entre le 15 novembre et le 15 décembre pour les régions plus au sud (Nouvelle Aquitaine, Occitanie et PACA). S’agissant de la profondeur, il faut rappeler que le pois d’hiver est une graine fragile. Il exige un positionnement précis pour garantir une levée uniforme et échapper aux prédateurs. Il est recommandé des profondeurs d’implantation de l’ordre de 5 à 6 cm en sol de type argilo-calcaire et craie, et d’un minimum de 4 cm en sol limoneux. Un bon rappuyage garantit le contact sol-graine.
Enfin, pour la densité, des essais menés par Agri-Obtention et Lemken indiquent qu’une densité comprise entre 60 et 80 graines/m² permet de garantir des niveaux de rendements équivalents au potentiel de la variété. Un surdosage peut être contre-productif, car une biomasse trop généreuse en sortie d’hiver favorise les maladies et la verse.
Penser débouchés et systèmes de culture
Les programmes se concentrent aussi sur les qualités visuelles, nutritionnelles et plus récemment organoleptiques des grains afin de répondre aux exigences des industriels vis-à-vis des débouchés. « Les programmes de sélection doivent être le plus exhaustifs possibles. La production de légumineuses à plus grande échelle participe à la transition agroécologique des systèmes, les variétés doivent être adaptées à tous, quels que soient les contextes, et satisfaire tous les débouchés industriels possibles », conclut Matthieu Floriot.
Compte tenu de l’intérêt agronomique des légumineuses dans les rotations, les variétés doivent aussi être adaptées aux différents systèmes de culture. L’INRAE et Agri-Obtentions se sont intéressés aux associations interspécifiques. « Pour les agriculteurs qui pratiquent des associations blé-pois, il est important d’avoir des espèces qui ont des stades de maturité synchronisés pour faciliter les chantiers de récolte. Nous avons donc travaillé sur le critère de la photopériode pour que les pois puissent être semés précocement et récoltés à la bonne maturité en même temps que le blé », détaille le responsable.
Enfin, sur le plan fondamental, la recherche variétale se concentre aussi, et c’est plus récent, sur le système racinaire. « C’est encore une boîte de Pandore, notamment pour la compréhension des interactions et symbioses des racines du pois avec les bactéries, et de l’écosystème sol-racines-plante dans sa globalité. Le système racinaire est une véritable tour de contrôle pour la plante, l’acquisition de connaissances autour de cette complexité servira à la compréhension de l’ensemble des mécanismes. Le champ d’investigation est immense », conclut Matthieu Floriot.