La capacité des ETA à faire face aux situations complexes de récolte est aussi une occasion de se différencier auprès de la clientèle, en s’adaptant à de multiples problématiques.
Cultures enherbées, conditions humides, cultures associées, canicule, méteils grains, récoltes immatures de céréales, cultures andainées, parcelles en pente, légumineuses, cultures porte-graines, calibres hétérogènes des grains, coupe haute, coupe basse, récolte tardive de dérobées, respect des sols… Le climat et les pratiques agricoles ont fortement évolué ces dernières années. Les systèmes agronomiques se sont diversifiés du fait des pratiques comme l’agriculture biologique, l’agriculture de conservation, l’agriculture de précision, l’agriculture régénératrice ou encore la méthanisation qui a bouleversé les assolements dans certains secteurs… En parallèle, l’élevage a tendance à diminuer avec la libération de parcellaires plus difficiles pour la culture des céréales… Le retour à l’agronomie plaide pour une diversification des assolements avec l’introduction de légumineuses. De plus en plus, la tendance est aussi d’aller vers des chantiers de moisson sur mesure, d’une parcelle à l’autre ou d’un client à l’autre, avec la nécessité pour les entrepreneurs de s’adapter.
Anticiper l’excès d’eau
La première conséquence de moissonner en conditions difficiles est celle d’un effondrement de la prévisibilité et la nécessité de gérer l’incertitude. En année humide par exemple, les décisions se prennent parfois heure par heure avec une charge mentale pour suivre les prévisions météorologiques et réorganiser les interventions. Le cas échéant, ce sont les techniciens de coopératives et de négoce qui fixent également le tempo, avec des contraintes pour l’accès aux séchoirs à céréales pour mettre les grains aux normes d’humidité. Les problématiques de main-d’œuvre dans ces structures, notamment sur les périodes de jours fériés ou les week-ends, peuvent encore compliquer les moissons.
Pour l’ETA, tout est toujours une histoire de compromis permanent entre la gestion des hommes et du matériel, les transports sur route, la satisfaction des clients, la qualité des récoltes et des chantiers. Les chauffeurs, les bennes, les tracteurs et les moissonneuses sont coordonnés en permanence afin d’éviter les temps morts. Des outils simples comme les applications de suivi, les groupes de messagerie, le partage des prévisions météo peuvent devenir stratégiques. Pour gagner en opérabilité et en fiabilité, il est judicieux de capitaliser sur les erreurs et les échecs des saisons passées par exemple en alimentant un document et en réalisant une réunion de démarrage des travaux. Plus que jamais, lorsque les conditions sont difficiles, les pannes doivent être évitées. Des procédures systématiques de soufflage, de graissage, de contrôle des organes d’usure et de ravitaillement en carburant, avant même le début de la journée de travail, peuvent être mises en œuvre.
Prévenir la canicule
Les fortes chaleurs augmentent la fatigue, la déshydratation, les troubles de la vigilance et les risques d’accident. La MSA rappelle qu’elles peuvent entraîner des malaises, des coups de chaleur et une augmentation des accidents du travail. Les épisodes caniculaires doivent d’ailleurs désormais être intégrés dans l’évaluation des risques professionnels. La MSA recommande également de prévoir des zones de repos à l’ombre ou climatisées lorsque cela est possible. Du côté du matériel, les températures élevées réduisent les capacités de refroidissement des moteurs, sollicitent davantage les circuits hydrauliques et accélèrent l’échauffement des roulements, courroies et organes de coupe.
La combinaison de végétaux secs, de poussières et de pièces chaudes accroît fortement le risque d’incendie. L’adaptation passe tout d’abord, si possible, par l’organisation des chantiers le matin et la nuit pour profiter des températures les plus fraîches. La préparation des machines pour prévenir les incendies vise aussi le nettoyage des compartiments moteur, des radiateurs et des zones où s’accumulent les poussières végétales. Le soufflage peut être répété plusieurs fois par jour lors des épisodes les plus chauds. Il s’agit également de vérifier quotidiennement les roulements, les courroies, les organes de coupe et le système électrique. Une moissonneuse peut parfaitement récolter à 35 ou 40 °C, mais le véritable défi consiste à maintenir la fiabilité du matériel pendant plusieurs jours et semaines de travail intensif avec les composantes de fatigue et d’usure.

Intervenir sur andains
La récolte après andainage, ou chantier de moisson décomposé, représente une réponse à certaines problématiques complexes de décalages de maturité de certaines espèces ou de mélanges, d’humidité excessive liée à l’enherbement etc… Des retours d’expérience en colza, semences fourragères, lentilles, pois chiches, soja, riz, luzerne porte-graine ou certaines cultures biologiques, montrent que les gains obtenus lors de l’andainage peuvent être rapidement perdus. Plus l’andain reste longtemps au sol, plus il est exposé aux pluies, à la rosée, aux reprises d’humidité par le sol, aux pertes par battage naturel ou au développement de végétation sous l’andain. L’objectif est encore ici de trouver le bon compromis plutôt que d’attendre les conditions idéales.
L’andain doit avoir été réalisé avec soin en le déposant sur des chaumes laissés suffisamment hauts pour le passage de l’air. La qualité du pick-up pour la reprise conditionne largement la réussite du chantier. Il est nécessaire d’utiliser un ramasseur adapté à la largeur et au volume de l’andain. Une vitesse excessive des dents du pick-up peut provoquer des égrenages tandis qu’une vitesse trop faible laisse une partie de la récolte au sol. La synchronisation entre l’avancement de la machine et la vitesse du pick-up constitue une des clés. Le réglage de la hauteur du pick-up mérite également une attention particulière. Les dents doivent soulever l’andain sans racler le sol.
Dans les cultures basses de porte-graines ou les légumineuses, quelques millimètres d’erreur peuvent entraîner l’incorporation de terre, de cailloux ou de végétation verte dans la machine. Ces contaminations pénalisent ensuite le nettoyage et augmentent l’usure des organes de battage.
L’agressivité du battage est parfois diminuée afin de limiter les brisures de grains ou de semences. Les vitesses de batteur ou de rotor sont ainsi abaissées tandis que les contre-batteurs sont légèrement ouverts. Parmi les bonnes pratiques, il est conseillé de surveiller régulièrement la qualité du chantier sur ces moissons délicates. Il s’agit entre autres d’observer régulièrement les retours d’épis et les pertes à l’arrière de la machine afin d’ajuster les ventilateurs et les grilles au cours de la journée. La présence de rosée est parfois mise à profit dans ces chantiers afin de limiter les pertes par égrenage, avec un compromis à trouver face au risque accru de bourrage. Rappelons que les conditions venteuses nécessitent également une vigilance particulière sachant que les andains peuvent être déplacés, ouverts ou partiellement dispersés. Le sens de l’andainage mérite d’être pensé en fonction des vents dominants et des prévisions de vent. L’andainage constitue un défi également par les quantités importantes de matière qu’engloutit la machine, avec une vigilance accrue sur l’entretien des appareils.

Des équipements non conventionnels
Pour gérer les conditions difficiles, les équipements ont largement évolué ces dernières années avec des technologies dites parfois non conventionnelles. Les moissonneuses à tapis se sont démocratisées. Les coupes à tapis flexibles (Convio Flex, John Deere HDX, etc.) ramassent les cultures très basses (soja, pois, colza) grâce à un lamier souple et une suspension réglable. Elles intègrent des fonctions automatiques (suivi hydraulique, vitesses de tapis adaptatives, capteurs CEMOS) qui égalisent le flux de récolte et allègent la tâche de l’opérateur. L’alimentation plus régulière du battage se traduit souvent par une hausse du débit de chantier dans de bonnes conditions. Le tapis offre souvent une alternative à l’andainage lorsque les conditions ne sont pas encore trop dégradées.
Les modèles flexibles (Convio Flex de Claas, HDX de John Deere, TerraFlex de Geringhoff…) disposent d’un lamier articulé ou hydraulique, pouvant travailler à très faible hauteur (ex. 3,8 cm pour la John Deere 700D). Ils se rigidifient ensuite pour éviter de s’enfoncer dans des céréales hautes. Cette flexibilité autorise une coupe rasante du sol, utile en soja, pois, luzerne ou colza haut, ou encore sur des céréales couchées : le lamier souple suit les ondulations, limitant les pertes de récolte.
Les chenilles de moissonneuses-batteuses, quant à elles, offrent une plus grande empreinte au sol pour avancer dans les parcelles humides et sauver des récoltes en conditions particulièrement complexes de portance.
Sécuriser aussi la paille
En conditions difficiles, le facteur limitant n’est pas seulement la moissonneuse mais la fenêtre de séchage et la logistique de pressage de la paille. Plus la paille reste longtemps exposée aux intempéries après la coupe, plus sa valeur économique et zootechnique se dégrade. L’idéal est d’intervenir le moins possible sur les andains, car chaque retournement dégrade en partie la qualité. Les presses modernes à chambre variable ou les presses haute densité sont privilégiées pour leur capacité à absorber des variations de densité et de taux d’humidité. Toutefois, ces machines ne compensent pas une paille trop dégradée, même si elles facilitent la mise en balles.