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Manifestations des agriculteurs: le black friday

A 7 heures ce vendredi 26 janvier 2024, les agriculteurs ont décidé d’intensifier leur mouvement. Dans le grand bassin parisien, certains d’entre eux ont entrepris de bloquer l’autoroute A1 pour faire pression sur le gouvernement. Celui-ci doit communiquer la première série de décisions prises pour répondre aux multiples revendications des agriculteurs.

Le papier sera complété dans la journée

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Arrivée des tracteurs sur l’autoroute A1 pour loquer le trafic routier

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Les tracteurs prennent position sur le péage de Senlis sur l’autoroute A

Depuis le début de la semaine la colère des agriculteurs s’est étendue sur l’ensemble du territoire français. Le mouvement de protestation avait débuté dans le sud ouest où les premiers foyers de la maladie hémorragique épizootique (MHE) sont apparus.

Le ministère de l’agriculture avait annoncé qu’il remboursera 80 % des frais de soins vétérinaires et indemnisera à hauteur de 80 % les animaux morts de la MHE (maladie hémorragique épizootique), et ce pour l’ensemble des foyers constatés jusqu’au 31 décembre 2023 mais les indemnités tardent à être versées.

Les manifestations des agriculteurs lancent la campagne des élections européennes du mois de juin prochain. C’est à Bruxelles que le Green Deal a été programmé et où la Pac 2023 a été lancée. C’est encore à Bruxelles que la réforme post 2027 sera bâtie. Ce sera même un des principaux dossiers de la prochaine mandature 2025-2029.

Par ailleurs, la Commission européenne négocie les accords commerciaux de libres échanges très contestés avec le Mercosur, la Nouvelle Zélande ou encore le Brésil.

En milieu de matinée, 150 tracteurs et 200 agriculteurs de l’Oise stationnent à proximité du péage de Senslis, selon Jean Lefèvre, président de la FDSEA60. Ils y resteraient jusqu’à environ 20-22 heures. Les céréaliers et les éleveurs n’ont pas l’intention de se rendre à Paris sauf si les annonces du gouvernement attendues vers 17 heures ne répondent pas à leurs attentes.

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Durant ces manifestations, les revendications des agriculteurs français portent sur les revenus.

En France, la valeur ajoutée, c’est-à-dire la richesse créée s’est nettement repliée l’an passée (-5,3 %) et est repassée sous le seuil de 40,0 Mds d’€ à 39,4 Mds d’€.

Mais surtout, l’effet ciseau prix-charges a été entièrement supporté par les céréaliers : les produits issus de la vente de céréales ont diminué de 24,2 % sur un an et ceux des oléagineux de 21,6 %. Le manque à gagner est d’environ 5 Mds d’€. La hausse des rendements a limité de 4 points la baisse des prix de vente des graines (jusqu’à 28 % sur un an).

Selon l’AGPB, plus de la moitié des céréaliers scopeurs ont eu un revenu négatif l’an passé.

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Une partie des céréaliers n’a pas touché leurs aides Pac 2023.
Les producteurs de bovins viande, d’ovins viande et de bovins lait demandent le respect absolu des lois Egalim.

Bien qu’élevés, les cours de la viande ne couvrent pas les coûts de production. En production de viande bovine, il manque jusqu’à 1 euro par kilogramme de carcasse, déplore la FNB.

La baisse des aides de la nouvelle Pac représente à elle-seule un manque à gagner de 20 centimes par kilogramme de carcasse et par conséquent une perte de revenu de même ampleur.

L’aide à l’UGB de 104 € diminuera de 6 € et les aides Ecorégime de près de 20 € par hectare.

En production laitière, la FNPL rapporte que de nombreux éleveurs n’ont pas touché la totalité des aides Pac qu’ils auraient dû recevoir. Certains n’ont même rien perçu.

« La loi EGalim 2 promet une sanctuarisation des prix des matières premières agricoles (« MPA ») et la construction d’un prix en marche avant », rappelle la FNPL dans un courrier adressé au premier ministre, Gabriel Atal.

Or les indicateurs de coûts de production et de prix publiés par le CNIEL (interprofession laitière) ne sont pas respectés pour fixer le prix du lait payé aux éleveurs. Pourtant ces indicateurs ont été validés par l’ensemble de la profession.

Tous les agriculteurs demandent la compensation intégrale pour tous sur le gasoil non routier (GNR) assorti d’un nouveau dispositif de remboursement de la taxe sous forme d’une avance de trésorerie. Actuellement, les taxes sont remboursées avec un décalage d’un à deux ans !

100 revendications pour sortir de la crise

La FNSEA et JA  en appellent aussi à l’exécutif pour mettre fin à toutes les surtranspositions. Cela concerne en particulier « le retrait de l’arrêté plan eau de juin 2021 », le refus du zonage « Zones humides » du ministère de la Transition écologique, le rejet en bloc des zones de non-traitement et naturellement, l’accélération des projets de stockage d’eau.

Pour les agriculteurs, les 4 % de jachère imposés par le Green deal est inconcevable. L’Union européenne doit produire de la biomasse pour nourrir la population, pour produire des biocarburants et des biomatériaux.

Certains agriculteurs sont même contraints de ressemer des prairies alors qu’ils n’ont plus d’élevage sur leur exploitation !

Une autre revendication importante porte sur la directive européenne sur les « Émissions industrielles » (IED). Aucun élevage ne devrait y être soumis selon les agriculteurs.

La FNSEA et JA ont fait 100 propositions pour sortir de la crise.

https://www.fnsea.fr/actualit%C3%A9s/onmarchesurlatete-synthese-des-revendications-fnsea-ja-24-janvier-2024

Depuis quelques jours, la présence syndicale est très importante pour porter la parole des agriculteurs. Mais ces organisations se doivent aussi d’être présentes à quelques mois de la prochaine campagne des élections des représentants des Chambres d’agriculture.

Mais le mouvement français s’inscrit dans une longue liste d’actions menées depuis des mois dans toutes l’Union européenne portant sur l’ouverture des marchés des céréales aux importations ukrainiennes (Pologne, Roumanie).

En Allemagne, les agriculteurs sont très remontés contre le projet du gouvernement d’Olaf Scholz de supprimer un avantage fiscal sur le gazole agricole.

Aux Pays Bas, les agriculteurs néerlandais s’opposent vivement au plan du gouvernement visant à réduire cheptels de 30 % d’ici 2030, afin de faire baisser les émissions d’azote du pays. Mais dans ce pays comme en Irlande, la réglementation européenne sur les épandages d’engrais azotée a été très longtemps détournée.

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