On a tous en tête cette petite phrase sortie des comptines de notre enfance. D’ailleurs ma fille de 4 ans m’en faisait part l’année dernière en me demandant si elle pouvait aller dans les bois parce qu’elle avait peur du grand méchant loup ; et moi je la rassurais en lui indiquant que le loup n’était plus présent dans nos forêts… Mais ça, c’était avant.
Quelques moi plus tard, ma fille me faisait remarquer que le loup était bien revenu, elle m’avait entendu en parler avec un collègue éleveur ovin, et je n’ai pas eu d’autre choix que de répondre positivement à sa remarque. Cela m’a fortement peiné de lui livrer cette information sans pouvoir tout lui expliquer de façon objective ; à son âge il est difficile de comprendre que le loup est dangereux pour l’homme à cause de l’habituation que l’on provoque en le surprotégeant et que, à l’état naturel, si on fait comprendre au loup qu’il n’est pas le bienvenu, il aura peur de l’homme.
Bénéfice de l’opération, elle s’inquiète quand elle voit ses brebis passer la nuit dans les pâtures… Hé oui, ce sont les siennes, elle est venue leur donner le biberon, elle a donné des noms à certaines d’entre elles et elle raffole de ces moments passés avec, comme elle dit, « ses filles ». Et moi, je suis désarmé, que puis-je faire ?
Acheter un chien de protection, mais elle ne comprendra pas que celui-là ne pourra pas venir le soir à la maison avec les autres chiens et qu’il faudra qu’elle fasse attention, qu’elle ne pourra plus approcher « ses filles » sans que sa maman à elle s’inquiète, que son papa va devoir rentrer tous les soirs ses filles, et pour certaines pâtures mettre en place des parcs de protection et sûrement aller passer une partie de sa nuit pour surveiller ses filles. Elle a très bien compris mon métier et les sacrifices qu’il fallait faire quelquefois dans l’année pour ses filles, surtout pendant l’agnelage, son papa n’est pas là la nuit parce qu’il s’occupe des bébés… Et lorsque je la rejoins le matin, sa première question c’est : « combien de bébés papa ? ».
Mais là, mes sorties nocturnes n’auront plus la même saveur, parce qu’elle aura compris que ce ne sont pas les bébés que son papa va sauver, mais ses filles, et son inquiétude grandira ; et je ne pense pas qu’à l’avenir on pourra lui faire entendre « raison » sur le bien fondé du maintien du loup, elle en deviendra la plus farouche opposante et je n’aurai pas les mots pour la contredire parce que moi aussi, je me trouverai dans la situation d’un collègue, qui cette semaine, a été ramasser en 3 jours 25 brebis tuées et 16 blessées (en un an 125 tuées sur un troupeau de 225). Je risque de passer plus de temps à extraire des cadavres, soigner les blessées et gérer la peur de ses filles que de travailler avec du vivant.
Cette expérience je la vis, aujourd’hui, au travers des récits mais il me reste en tête que l’année dernière, j’ai été fortement touché par le virus de Schmallenberg, ce qui a provoqué un surplus de 20 % en termes de mortalité sur mes agneaux, et je peux confirmer que tous les matins j’avais une boule au ventre quand je poussais la porte de ma bergerie. Je n’ose pas imaginer le traumatisme que vit mon collègue et bien d’autres malheureusement.
Alors oui, j’ai envie de balancer à la figure des défenseurs du loup les carcasses encore chaudes des brebis tuées pour exprimer ma colère, surtout que j’entends le préfet et les gardes de l’ONCFS (office national de la chasse et de la faune sauvage) qui émettent encore des doutes sur le fait que tout cela soit dû à un loup dans notre département, l’Aube, à 200 kilomètres de Paris.
J’ai envie, comme beaucoup d’éleveurs, de faire du loup un trophée de chasse, parce que moi j’essaie de faire vivre ma famille avec une production qui nourrit la population, entretient les territoires, maintient les zones d’herbage, égaye le paysage, et qui apporte une économie locale au travers de toutes les entreprises qui encadrent la production et maintiennent encore une activité dans les territoires ruraux.
Le loup coûte 15 millions d’euros par an, pour sa protection, aux contribuables mais en plus c’est sur notre budget de l’agriculture que cette somme est prélevée, il faut quand même être stupide pour soi-même entretenir celui qui causera notre perte, permettra à la broussaille de reprendre place et n’apportera aucune réponse économique sur nos territoires ; mais c’est peut être la volonté des écologistes que nous, les paysans, on déserte la campagne, pour pouvoir se nourrir de produits venus de l’étranger pour lesquels on ne demande aucune restriction. Mais chez nous, la nature aura repris ses droits avec son cortège de soucis sanitaires.
La situation actuelle fait apparaître que 350 loups ont pris place en France. Il y a 25 ans il n’y en avait que 2, et on peut, en étant pessimiste, approcher dans les 5 ans qui viennent une population de 600 loups. 250 loups ont massacré 6 000 brebis, 600 en massacreront 15 000. Mon département a encore aujourd’hui 16 000 brebis, le compte est vite fait. A tout ceux qui disent que l’on a encore le temps, il faut savoir que l’ONCFS tablait sur le retour du loup dans l’Aube dans 5 ans, on a pris un peu d’avance, et aujourd’hui mon exploitation se trouve à égale distance du loup transalpin et du loup d’Europe de l’Est, qui lui aussi progresse.
La seule barrière s’appelle l’Atlantique, donc dans une quinzaine d’années l’histoire du loup qui tue des enfants dans le conte du petit chaperon rouge, et aujourd’hui en Inde, aux Etats-Unis, en Sibérie… redeviendra une réalité pour nous. Ce qui me rassure, c’est que ma fille, elle, ne sera pas crédule et n’aura pas écouté tous ces imbéciles qui veulent nous faire croire que l’on peut faire cohabiter le loup et l’homme sur un même territoire et qui en plus veulent créer des attractions en faisant pénétrer des jeunes enfants dans des enclos avec des loups en liberté… L’avantage pour ces loups est qu’ils pourront s’imprégner de l’odeur et du comportement de leur futur plateau repas.
Voilà la boucle est bouclée dans une société en pleine évolution, on va faire un bond d’un siècle, au moins, en arrière. Alors ne me demandez pas de comprendre et d’aimer ce super prédateur, parce que pour moi sa seule place c’est sous forme de trophée, ou dans un parc, et je préfère me faire insulter aujourd’hui, moi j’aurai la conscience tranquille quand on relatera une attaque sur des êtres humains.
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