L’hémisphère sud sera redoutable en UE si le marché mondial se grippe 

La croissance démographique mondiale et l’augmentation du pouvoir d’achat des consommateurs sont les moteurs de la production mondiale de viande bovine, concentrée dans l’hémisphère sud. L’Union européenne ne profite pas de cette embellie. Mais ses accords de libre échange constituent une réelle menace si l’Asie et les États-Unis importent moins de viande.

Accélération des exportations des grands pays producteurs de viande

Les échanges commerciaux de viande bovine dans le monde croissent plus vite que leur production. Elle est majoritairement consommée dans des pays déficitaires. Les principaux pays exportateurs de viande ont expédié 25 % de denrées de plus en cinq ans (de 9 à 11,5 Mt équivalent carcasse) entre 2019 et 2024, alors que la production mondiale n’a progressé que de 8 % (72,8 à 78,1 Mtéc) (1). 

Parmi les neuf pays sur lesquels repose l’essentiel de ces échanges commerciaux, seuls trois ont eu les moyens de les accroître : le Brésil en tête (3,3 Mtéc ; +1,1 Mt en cinq ans), l’Australie (1,8 Mtéc ; + 0,26 Mtéc) et l’Argentine (0,95 Mtéc, + 0,44 Mtéc). L’Uruguay est aussi un acteur qui compte à l’export (480 000 téc). L’Inde (4,6 Mtéc) exporte un tiers de sa production (1,5 Mt) et l’Australie, les trois quarts (1,8 Mt sur 2,5 Mt).

Les autres pays exportateurs voient leurs ventes régresser. Mais l’Union européenne (990 000 téc ; -200 000 téc) reste néanmoins excédentaire de 630 000 téc. 

La Chine et plus récemment les États-Unis sont aujourd’hui les deux moteurs de croissance des échanges commerciaux de viande. L’Empire du Milieu en a importé 2,4 Mt supplémentaires entre 2019 et 2024. Ses achats équivalent à la moitié de sa production (3,9 Mtéc sur 7,8 Mtéc) tandis que les États-Unis ont accru les leurs de 620 000 téc (+ 45 %).

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Le Mercosur est devenu le partenaire commercial incontournable des États-Unis depuis que leur production stagne autour de 12,3 Mtéc. Second pays importateur de viande au monde (2 Mtéc),  ils sont approvisionnés par le Brésil et l’Uruguay (520 000 téc l’an passé ; + 200 000 téc en un an), selon l’Institut de l’élevage (Idele).

Aussi, l’Union européenne est un partenaire commercial de second ordre du Mercosur. Environ 220 000 téc de viande ont été importées l’an passé d’Amérique du Sud, selon l’Idele.

En 2025, l’Inde sera un des seuls pays à accroître ses exportations dans le monde alors que l’Asie du Sud (Chine, Taïwan et Corée du Sud) constituera la région qui augmentera ses achats. Et faute d’une offre suffisante, les prix devraient se maintenir élevés, voire augmenter.

Parallèlement au marché de la viande, le vif se porte très bien aussi

Au Brésil, les exportations de bovins vifs ont explosé en 2024. Le pays a exporté 1 million de têtes en 2024, soit 72 % de plus qu’en 2023 et 200 000 têtes de plus que le précédent record en 2018, selon l’Idele. À eux trois, l’Irak, l’Égypte et la Turquie ont acquis 850 000 têtes. 

La Colombie fait quelques percées sur le marché mondial des animaux vifs. Selon les années, elle expédie entre 200 000 et 400 000 têtes par an vers le bassin méditerranéen. Mais le pays doit d’abord produire plus de viande bovine pour approvisionner son marché. Sa très faible consommation par habitant de 14 kg/an est appelée à croître. 

(1) Source Cyclope 2025 sauf indications contraires.

Marché européen et Mercosur : une concurrence faussée

La filière européenne de viande bovine régresse sur tous les fronts : la production et sa consommation ont diminué de plus 500 000 téc en cinq ans, au rythme du déclin de sa consommation. La production européenne de 6,4 Mtéc en 2024 reste cependant excédentaire de près de 260 000 téc selon l’Idele et la Commission européenne. Mais entre 2019 et 2021, la production européenne d’aloyaux (1 150 000 téc) était déficitaire de 220 000 téc. Aussi, une partie de la viande bovine consommée dans l’UE est régulièrement importée de pays tiers.

Pour autant, les pays exportateurs nets de viande n’ont pas tous les moyens de remplir leur contingent à l’export. Le Canada n’a jamais expédié plus de 2 500 téc par an. Les importations de viande bovine d’Amérique du Sud ont considérablement augmenté depuis le début de l’année, mais elles restent inférieures à leur niveau de 2018. Elles pallient la production déficitaire de certains pays membres de l’Union alors même que l’accord commercial de libre échange du Mercosur n’est pas encore entré en vigueur.

L’ensemble des accords commerciaux engagés, ou en cours de négociation, constitue une réelle menace pour les éleveurs. « L’importation excessive de viande bovine engorgerait rapidement le marché européen », affirmait Baptiste Buczinski, au colloque “Grande Angle Viande bovine” organisé par l’Idele, le 29 novembre 2024. 

Si les moteurs de la croissance du marché mondial de la viande bovine et du vif se grippent, les pays exportateurs n’oublieront pas les accords signés au cours des dix dernières années. Plus de 500 000 téc pourraient être alors importés à droits de douane nuls ou réduits. Ils équivaudraient alors à 1,3 fois la production européenne d’aloyaux issus d’animaux de races à viande.

Ces viandes importées très compétitives accélèreraient alors le déclin de l’ensemble de la filière bovine des Vingt-Sept _la plus durable de la planète_ et par ricochet, leur souveraineté alimentaire.

L’Inde n’est pas encore autorisée à exporter de la viande bovine vers l’UE, mais les négociations en cours d’un futur accord de libre-échange laissent entrevoir l’allocation d’un contingent à droits de douane nuls ou réduits.