« Re-Belle récupère, réinsère et régale » annonce le slogan de l’association implantée en Seine-Saint-Denis qui offre une seconde vie aux fruits en récupérant des invendus de la distribution depuis bientôt 10 ans. Elle développe également des collaborations avec des producteurs valorisant ainsi leurs invendables et diversifiant leur offre.
L’étude publiée par FranceAgriMer et Interfel fin 2025 révèle que 30 % des fruits et légumes sont écartés de la vente, dont 12 % perdus ou gaspillés. Alors que ces chiffres restent relativement stables depuis 10 ans, l’avenir serait-il dans la confiture ?
Sur cette voie, l’association Re-Belle à Stains (Seine-Saint-Denis) a « sauvé » 255 t de fruits depuis sa création en 2017. « L’idée est issue des Disco Soupe des années 2010, lesquelles valorisaient les légumes invendus en fin de marché dans une ambiance conviviale et joyeuse », relate Christine Bourdarias. La directrice de Re-Belle est aujourd’hui à la tête d’une structure ayant accompagné 114 salariés en insertion. « Notre projet est tourné vers les femmes qui représentent 83 % de nos publics »précise Christine Bourdarias. Basée dans le département le plus pauvre de France métropolitaine, l’association s’est ainsi donnée comme ambition de lutter de front contre le gaspillage et la précarité, tout en militant pour le bien-manger et la création de valeur sur le territoire.
14 recettes différentes
Re-Belle a été officiellement créée il y a bientôt 10 ans en s’appuyant sur un partenariat avec le distributeur Monoprix auprès duquel elle collecte aujourd’hui 67 % de ses fruits dans 10 magasins. Elle y revend les confitures qui en sont issues. Depuis, l’association a développé des partenariats avec les Restos du Cœur qui lui donnent les fruits ne pouvant être distribués. L’aide alimentaire représente environ 22 % des volumes traités. L’association travaille également à façon pour plusieurs producteurs locaux, soit environ 7 % de ses approvisionnements. Ceux-ci, tels que La Ferme des Possibles de Stains (voir encadré), valorisent ainsi leurs excès de production, les produits écartés de la vente et diversifient leur offre.
La pleine saison d’activité s’ouvre en mai avec les fraises et se poursuit jusqu’en octobre, soit la fin de la transformation des prunes. « Pas de fermeture l’été chez nous, confie Christine Bourdarias. Afin de valoriser l’ensemble des produits reçus, nous proposons des recettes inhabituelles telles que nos confitures pomme-raisin-gingembre ou banane-agrumes ». L’association travaille des fruits issus de l’agriculture conventionnelle, mais aussi des matières premières certifiées bio. Proposant 14 recettes, elle réalise néanmoins 36 % de son activité avec les confitures stars : fraise, fruits rouges et abricot.

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Les fruits sont collectés chaque matin dans les magasins de la petite couronne parisienne avec le véhicule de l’association. « Chaque fruit reçu est tracé selon sa provenance, fait l’objet d’un premier tri, puis est repesé » explique la dirigeante. Dans les locaux si l’essentiel des tâches est réalisé manuellement, les exigences sont similaires à une entreprise classique. L’association a déménagé en 2022 dans un ancien hangar à bus méconnaissable aujourd’hui. 500 m² ont été aménagés en salle de réception où s’effectue un premier tri, avec chambre froide positive et chambre froide négative, local de lavage, de découpe, de transformation et de conditionnement, et enfin une pièce dédiée à l’étiquetage.

80 % de fruits
Dans la salle de transformation, les salariées s’affairent dans une coordination parfaite. « La pesée des ingrédients, le suivi des températures, les dosages d’acidité et de sucre sont autant d’étapes déterminantes pour la qualité de nos produits, mais sont aussi des compétences précieuses pour nos publics » souligne Christine Bourdarias. Élaborées dans la bonne humeur et l’esprit de coopération, les confitures Re-Belle avec leurs 80 % de fruits, n’ont vraiment pas à rougir. Les confitures sont proposées dans 3 tailles de contenants de 135 g pour les coffrets à 485 g pour les hôtels, en passant par le format classique de 230 g.
Les produits transformés sont livrés par un service de logistique à vélo cargo. 41 % sont distribués via l’hôtellerie avec un partenariat avec Transgourmet, 38 % par la grande distribution et 6 % en épiceries. L’association commercialise 12 % de ses confitures via les entreprises et collectivités, notamment ses coffrets. Les fruits non transformables sont confiés à une autre structure d’insertion valorisant les biodéchets du territoire.
Développer les partenariats avec les producteurs
Grâce à la vente de ses produits, l’association assure aujourd’hui 25 % d’autofinancement et ne manque pas de projets. « Nous sommes en cours de discussion pour un partenariat avec une sucrerie, confie Christine Bourdarias. Et pourquoi pas, demain, transformer des légumes en sauces et soupes, proposer des compotes ? »
Surtout, l’association souhaite développer les partenariats avec les producteurs. « Nous pouvons transformer leurs surplus, et fruits non commercialisables, explique Christine Bourdarias. Ils peuvent également faire des dons de produits qui sont défiscalisés ».
Au-delà des contrats d’insertion, l’association assure un accompagnement complet de ses bénéficiaires entre autres sur des questions de logement. En complément de cette activité, Re-Belle propose également des ateliers de sensibilisation à l’alimentation durable et à l’anti-gaspi au sein des écoles, entreprises et dans les quartiers. Enfin, un projet d’écopôle de la graine à la cuillère est en réflexion en lien avec La Ferme des Possibles, signe que lutte contre le gaspillage et insertion font bon ménage.
Un partenariat gagnant-gagnant
« Première ferme agroforestière en agriculture biologique du territoire, nous produisons notamment pommes, poires, figues, prunes et fruits rouges » explique Mohamed Gnabaly, cofondateur et directeur de La Ferme des Possibles. Basée à Stains, celle-ci exploite 1,3 ha en plein cœur de ville. Également chantier d’insertion et éco-lieu, la SCIC* est née il y a 10 ans. Elle a développé une activité de maraîchage et de production fruitière mais aussi de restauration, traiteur évènementiel, location d’espaces et de nombreux ateliers destinés au grand public. Mohamed Gnabaly indique : « lorsque la question de la transformation de nos fruits s’est posée, nous avons souhaité créer notre gamme de confitures. Plutôt que de construire une nouvelle unité de production sur le territoire, nous avons fait le choix de collaborer avec Re-Belle. Nous proposons désormais sous notre marque 3 à 5 recettes lesquelles viennent s’ajouter au miel produit sur l’exploitation ».

Christine Bourdarias poursuit : « la collaboration avec La Ferme des Possibles a démarré en 2022 ». En quatre saisons, Re-Belle a fabriqué 500 kg de confitures pour une valeur de prestation de 5 500 euros.
* SCIC : société coopérative d’intérêt collectif