Le logement, un obstacle à l’installation

Une partie de la viabilité d’un projet d’installation repose sur le logement des agriculteurs qui reprennent une ferme. Ils sont en concurrence avec le reste de la population en quête d’une maison ou d’un appartement. Or ils doivent habiter à proximité de leur ferme. Et les loyers sont élevés. Pour les salariés agricoles, se loger est encore plus compliqué.

Un précédent article publié sur Wikiagri soulevait la question suivante: « Faut-il trouver un médecin et un chirurgien dentiste avant de trouver une ferme ?», compte tenu de l’offre médicale très succincte qui existe en zone rurale ?

Mais ne faut-il pas aussi trouver une maison, où habiter, avant de chercher une ferme à reprendre ? Et la première des priorités des salariés agricoles, n’est-elle pas de louer un logement avant de dénicher un travail?

Car une fois installés, on ne compte plus les jeunes agriculteurs en mal de logement et une fois le travail trouvé, les salariés agricoles dans l’incapacité de demeurer à proximité de la ferme où ils sont embauchés !

Mais peu de propriétaires louent des logements à des candidats à l’installation et à des salariés ou en quête de travail puisqu’ils n’ont ni revenus réguliers, ni bulletins de salaires, ni contrat de travail !

Or « le logement conditionne l’installation, la transmission, mais aussi la viabilité d’une exploitation », écrit par Philippe Goetzmann dans un article, intitulé « Habiter pour produire : tension sur le logement des agriculteurs » et publié dans l’édition 2026 du Déméter coordonné par Sébastien Abis.

Mais « la rareté et l’inadéquation de l’offre résidentielle rendent difficile la stabilisation de l’emploi et des activités agricoles », ajoute t-il.

L’auteur de l’article rappelle qu’entre 2010 et 2020, près de 100 000 exploitations agricoles ont disparu, et entre 2015 et 2022, 31,6 % des agriculteurs sur le départ n’ont pas trouvé de successeurs.

Toutefois, la multitude de reprises hors cadre familial conduit à des impasses. De plus en plus de fermes sont cessibles mais l’agriculteur à la retraite souhaite demeurer dans sa maison alors qu’elle est souvent entourée des bâtiments de l’exploitation à transmettre.

Aussi, le repreneur doit se résoudre à habiter en dehors de la ferme et à voisiner sur le siège de l’exploitation avec le cédant. Or le parc locatif est très restreint. Les ruraux sont aux trois quarts propriétaires de leur maison. Au final, la probabilité de trouver une maison à proximité de la ferme à reprendre est faible.

« Tous les villages ne sont pas organisés pour aider les postulants à se loger en s’installant, déplore Philippe Goetzmann. Et quand certaines solutions sont trouvées, des difficultés ressurgissent quelques années après l’installation, lorsque l’agriculteur a des projets qui  l’imposent alors de demeurer à proximité de ses activités ».

Par ailleurs, le parc immobilier est vieillissant et le taux de vacances dans les départements faiblement peuplés est de 11 %. Alors que le marché de la location dans d’autres territoires mettent en concurrence des urbains qui souhaitent ou qui n’ont pas les moyens financer de vivre en zone urbaine avec et des ruraux, salariés agricoles ou pas, et des agriculteurs à la recherche d’un logement pour travailler et s’installer.

Dans les zones touristiques, cette population locale est en concurrence directe avec des acquéreurs de résidences secondaires à fort pouvoir d’achat qui transforment notamment des fermes en villégiatures.

L’achat d’une maison est envisageable mais l’agriculteur qui s’installe peut difficilement financer l’acquisition et rembourser des prêts agricoles contractés pour financer son projet professionnel.

Enfin reste la construction  en zone agricole mais de nombreuses règles de distance sont à respecter. Le mitage rend de plus en plus difficile les travaux agricoles.

Un parc locatif très restreint

« Hormis les contraintes professionnelles auxquelles sont soumis les agriculteurs et les salariés pour trouver un logement adéquat s’ajoutent les nombreux facteurs qui déterminent le besoin en logement de l’ensemble de la population française auxquels ils n’échappent pas », écrit  Pierre Marie Décoret, docteur économie à l’association nationale des industries alimentaires (ANIA) dans un chapitre du Déméter 2026 intitulé « Pour les Français, se loger avant de se nourrir ».

« En 2022, la France compte 41 % de ménages de plus en trente ans alors que la population n’a crû que de 17 % et le nombre de ménages est appelé à croître chaque année : 3 % horizon 2035, 9 % horizon 2050 soit 2,7 millions de plus horizon 2050 et inégalement répartis sur l’ensemble du territoire », écrit Philippe Goetzmann. Et dans ces ménages supplémentaires, on retrouve des agriculteurs et de salariés.

Par ailleurs, « dix millions de personnes vivent seules dans leur logement. Ils comptent pour 38 % du nombre total de foyers contre 31 % en 190 et 22 % dans les années 1970, ajoute le contributeur. A contrario les familles nombreuses de 5 personnes ou plus disparaissent peu à peu. Elles représentent un ménage sur 20 contre un sur 10 en 1990 ».

 « En conséquence il faut 47 logements principaux pour accueillir 100 français quand 32 suffisants dans les années 1960 et 39 en 1990 », conclut-il.

En trente ans, la demande de logement principal a augmenté de 9 millions. Et l’offre est inadaptée (proportion de maisons trop grandes, mal répartie sur le territoire et les exigences de confort de plus en plus importantes.

Les salariés agricoles et les agriculteurs, comme l’ensemble de la population paient des loyers de plus en plus élevés qui absorbent pour les 25 % les ménages les plus modestes 25 % de leur revenu.

Et acheter un bien est de plus en plus onéreux, il faut emprunter sur 25 ou30 ans !