Contrairement à ce que laissaient entendre certains politiques au dernier salon de l’Agriculture il y a tout juste un mois, la grande réforme européenne du lait a bien lieu ce jour, 1er avril 2015, avec l’arrêt des quotas. Et si l’on cessait de pleurer sur le passé pour aller de l’avant ?
« Fallait-il oui ou non arrêter les quotas laitiers ? » Cette question n’a désormais plus aucun intérêt ! Car quelle que soit la réponse que chacun apporte, elle ne changera rien à l’affaire, classée depuis longtemps, entérinée officiellement ce 1er avril 2015. Bien sûr, en France, après l’avoir décrié au début (souvenons-nous tout de même : « comment, je dois m’arrêter de produire pour rester dans mon quota, alors que je peux faire plus ?« ), ce système des quotas a fait l’unanimité, ou presque. Son grand mérite : maintenir un prix qui, avec les quantités connues, offrait une visibilité aux éleveurs laitiers. Sauf que dans certains cas le prix s’effondrait quand même, « mais ce n’est [n’était] pas de la faute des quotas« .
En fait, les quotas avaient la faculté de rassurer (et à juste titre), et si quelque chose clochait, ça ne pouvait pas venir d’eux.
Aujourd’hui, donc, c’est fini. A la demande de plusieurs pays européens, soucieux de se positionner sur un marché en hausse, en particulier sur l’export. La France ne l’a pas demandé, mais a accepté.
Un nouveau débouché, l’export
Produire plus, cela signifie en effet trouver des débouchés nouveaux. La demande mondiale augmente, c’est donc vers l’export qu’il faut se tourner. Pour citer un exemple précis, on sait que la Chine est demandeuse de lait de qualité, elle qui a dû faire face à plusieurs scandales sanitaires avec ses productions internes. Et en plus, elle paye bien.
Cela pourrait donc être simple, il suffirait de vendre tous les excédents au-delà de la période quotas à la Chine ou autres, et hop le tour serait joué. Sauf que…
Sauf que nous sommes très attachés à nos modèles en France. Avec raison, nous estimons que le plateau des 1000 fromages est une composante immuable de nos traditions nationales. Et le fait de pouvoir produire plus fait craindre pour les plus petites exploitations laitières, si riches en terroir.
Une crainte sur laquelle ont abusivement surfé plusieurs politiques lors du dernier salon de l’Agriculture, soit tout juste un mois avant l’échéance connue : ces récupérateurs de voix surfant sur le populisme se sont ainsi prononcés contre l’arrêt des quotas laitiers… En sachant pertinemment qu’il était acté depuis longtemps, au risque de laisser croire qu’il pouvait encore en être autrement…
La France en retard sur ses voisins
Cette façon de refuser d’y croire qui existe chez nous est sans doute à l’origine du fait que nous soyons moins bien préparés que nombre de nos voisins à cette échéance. Dans les pays nordiques, en Irlande, en Grande-Bretagne, mais aussi dans certains pays du sud de l’Europe, produire plus, c’est déjà en route.
Chez nous, les tractations contractuelles entre industriels et producteurs se poursuivent encore aujourd’hui pour maintenir le prix, et finalement les lieux sont rares où les producteurs savent précisément quelle est désormais la qualité de lait demandée, en quelle quantité, à quel prix. Un retard incroyable quand on pense que ces contrats devant canaliser les effets de l’après quotas ont été mis en place par le précédent ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire, il y a plus de trois ans donc.
L’export d’un côté, la tradition à protéger de l’autre
Par ailleurs, il semble que rien n’ait réellement été entrepris pour conserver la pluralité de notre agriculture, si visible dans le secteur laitier, celui où, en nombre, on installe le plus d’agriculteurs en France. Ainsi, quelle assurance a-t-on que les productions montantes vont bien être destinées à l’export ? Une « ferme des 1000 vaches », en soi, dans un contexte d’après quotas, n’a rien de scandaleux, au contraire elle participe à la balance commerciale française… Sauf si sa production vient concurrencer celle de petites fermes sur l’appellation Maroilles jusqu’à les faire fermer.
Il apparait donc important de laisser en paix ceux qui veulent profiter de l’après quotas pour profiter des marchés à l’export, tout en protégeant les petites exploitations laitières porteuses de terroir, en leur assurant le marché intérieur, en favorisant leur mutation vers la transformation, l’accueil à la ferme, les marchés courts…
Mais s’agit-il de notre politique laitière aujourd’hui ? D’ailleurs, est-ce qu’il en existe une ?
