Grandes cultures en Union européenne- Les aides représentaient 2/3 du revenu de 2023

En UE à 13 (1), la surface moyenne d’une exploitation type en grandes cultures est de 47 hectares (ha) en 2023 et le résultat net de 21 700 €. Or les aides Pac versées étaient alors de 14 000 €.

Le service statistique du ministère de l’Agriculture a publié un document de 36 pages qui dresse un panorama des résultats économiques des exploitations agricoles dans treize pays de l’Union européenne (UE à 13) (1). Compte tenu des délais requis pour exploiter les données de gestion, l’année retenue est 2023. Depuis les prix des céréales se sont effondrés mais les chiffres publiés par le ministère de l’Agriculture permettent de comparer structurellement les exploitations des pays étudiés.

« Malgré des niveaux moyens de charges bien supérieurs, les exploitations luxembourgeoises, allemandes, danoises et néerlandaises dégagent des valeurs ajoutées brutes d’exploitation et des revenus nets d’exploitation en moyenne bien plus élevés, analyse les contributeurs de l’étude. Aux Pays-Bas, un exploitant bénéficie, en 2023, d’un revenu net d’exploitation par équivalent temps plein (ETP) non salarié de 107 640 €, contre 34 600 € en France et 28 580 € sur l’ensemble de l’UE à 13, les agriculteurs grecs, irlandais, polonais, portugais et roumains se positionnant en deçà de cette moyenne européenne ».

En grandes cultures, la surface moyenne d’une exploitation type en grandes cultures est de 47 hectares (ha) en UE à 13 en 2023 et le résultat net de 21 700 €. L’assolement de cette exploitation moyenne comprend 37 hectares de céréales et autres grandes cultures et une dizaine d’hectares dédiés à la production fourragère. En effet, la production animale n’a pas complètement disparu de ces exploitations grandes cultures (l’effectif moyen est inférieur à 2 UGB).

Avec au bilan 405 000 € (405 K€) d’actifs, l’exploitation agricole type a réalisé un chiffre d’affaires de 99 K€ et dépensé 75 K€ de charges en 2023.

Sans les aides Pac versées (14K€), ce revenu serait trois plus faible. La productivité globale en grandes cultures est de 113 % (produits /charges) et le taux d’endettement moyens des exploitations en grandes cultures est de 31,9%.

A l’échelle de l’UE à 13, un hectare coûte à produire 553 € dont 261 € d’engrais et 116 € de produits de protection des plantes. Et lorsque les terres sont louées, le fermage moyen est de 214 €/ha.

A l’échelle de l’UE à 13, un quart de main d’œuvre agricole d’une exploitation grandes cultures (1,36 équivalent temps plein – ETP) est salarié (0,34 ETP). Et les charges de personnel en équivalent temps plein sont en moyenne de 17 K€, un montant peu ou prou équivalent au revenu net.

Parmi les treize pays européens passés au crible, l’Allemagne (138 ha), la France (126 ha) et le Danemark (159 ha) se distinguent des dix autres par la dimension de leurs exploitations supérieure à 100 ha. En Italie (29ha), au Portugal (17ha)  et en Pologne (23 ha), elle est inférieure à 30 ha.

Le Danemark plombé par les dettes

En 2023, les exploitations danoises étaient à peine rentables : en réalisant un chiffre d’affaires de 400 K€, le revenu net n’excédait par 8,5 K€ ! Sans les aides Pac, elles seraient déficitaires de 42 K€. Leur compte de résultat est amputé par des frais financiers de plus de 60 K€, des fermages de 42 K€ (668 €/ha sur les terres louées) et des charges de personnel (0,69 ETP sur 1,18 ETP) de 27 K€ (soit l’équivalent 53 K€ par salarié équivalent temps plein).

Le taux d’endettement des exploitations danoises est très élevé (50 %) rapporté aux  3 200 K€ d’actifs inscrits au bilan. Les dettes équivalentes à 5,4 années de chiffres d’affaires financent l’acquisition de la majorité des terres exploitées.

Un entre deux français

En France en 2023, le revenu net permis sur des exploitations de 126 ha en moyenne (dont 70 ha de céréales et 35,5 ha autres grandes cultures) est de 35 K€. Le chiffre d’affaires est de 289 K€ et les charges, 253 K€.

En fait, les charges financières n’excédent pas 3 K€ car l’endettement est de 132 K€ (30 % de l’actif, 82,7 % du chiffre d’affaires). Comme la main d‘œuvre (0,81 ETP sur 0,97 ETP) est essentiellement familiale, les salaires versés sont modérés (10 K€ soit l’équivalent de 27 K€ pour un salarié équivalent temps plein) et les fermages 21 K€ (182 €/ha) restent les plus faibles parmi les pays de l’UE à 13.

En fait, le revenu équivaut au montant des aides Pac versées. Mais les céréaliers français sont pénalisés par des charges de cultures supérieures au danoises de près 70 €/ha (740€/ha versus 670 €/ha).

La performance en Allemagne

En Allemagne, la productivité globale (108 %) est supérieure en 2023 à celle observée au Danemark (90 %) et en France (101 %). Mais les céréaliers allemands sont à la tête d’exploitations de plus grande dimension que leurs collègues français (+12 ha). Ils sont peu endettés (20 % de l’actif de 1290 K€) et produire est moins onéreux (588 €/ha versus 740 €/ha en France). Le revenu net de 59 K€ est supérieur aux aides Pac perçues (42,4 K€).

Mais si les céréaliers allemands sont propriétaires d’une grande partie des terres cultivées (857 K€), ils paient sur les parcelles louées à des tiers des fermages plus de deux fois supérieurs à ceux facturés en France (381 €/ha versus 181 €/ha). Autrement dit, sur les terres louées, les économies d’intrants sont plus que compensées par le montant des fermages.

De petites exploitations polonaises

En Pologne, autre grand pays céréalier d’Union européenne, la productivité des exploitations céréalières (100 %) est faible sur les 23 ha cultivés en moyenne. En 2023, le revenu net (7,5 K€) est inférieur de 5 K€ au montant des aides versées. Mais ramenées à l’hectare, les charges de cultures sont particulièrement faibles (536 €/ha) et les fermages (154 €/ha) inférieurs à ceux payés en France.

Les céréaliers sont propriétaires de la majorité de leurs terres et le taux d’endettement de leur exploitation est très faible (3% sur 220 K€ d’actif). Aussi, ils n’ont pas de charges financières et sur leur petite ferme, quasiment pas de salarié à payer (1 K€, soit 13 K€ équivalent temps plein)).  

En fait, la dimension des exploitations polonaises est particulièrement pénalisante pour rendre la céréaliculture rémunératrice.

Les Pays Bas pas comparables

Aux Pays, les résultats économiques des exploitations agricoles en grandes cultures sont les plus élevés des treize pays passés au crible par le service statistique du ministère de l’Agriculture (125 K€ sur 57 ha) mais leurs productions à très forte valeur ajoutée ne permettent pas de les comparées aux autres entreprises européennes. Par exemple, la culture de légumes et de fleur revêt une dimension importante.

Par ailleurs, le capital immobilisé (4 604 K€) dans les exploitations néerlandaises est composé aux trois quarts de terres dont elles sont propriétaires (3 600 K€) particulièrement très chères à l’achat. Mais les exploitations néerlandaises sont peu endettées (18 K€ de frais financiers pour un chiffre d’affaires de (464 K€). Elles sont aussi très productives (131 %) rapportés au chiffre d’affaires réalisé. 

(1) Il s’agit de l’Allemagne, la Belgique, la France, l’Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas, l’Irlande, le Danemark, la Grèce, l’Espagne, le Portugal, la Pologne et la Roumanie.