Bien connue des Français pour sa précocité, la pomme de terre de Noirmoutier continue d’innover pour se différencier. Après l’obtention du Label Rouge d’une IGP, une large majorité de la production répond désormais au cahier des charges du label privé zéro résidu de pesticides.
Sous le soleil estival de la fin du mois de juin, le ballet des remorques de palox bâchés, tirées par des tracteurs maraîchers, se fait incessant au creux des chemins de l’île de Noirmoutier. Dans les champs, les petites récolteuses s’activent, elles aussi, tant que la température le permet. Loin des grandes surfaces du nord de la France, c’est un produit à haute valeur ajoutée qui est récolté ici, de mi-mars à fin juillet, sur des parcelles de moins de 1 ha. Il s’agit de la Noirmoutier, célèbre pomme de terre primeur de l’île éponyme, et première arrivée chaque année dans les rayons français.
Au fil des ans, et grâce à son climat doux, les producteurs ont construit la renommée de cette culture, au point de s’imposer comme leader sur le segment de la primeur. Un savoir-faire récompensé par un Label Rouge et une IGP à la fin des années 2010.
Gaëtan Gendron est l’un des producteurs de l’île. Il produit chaque année 17 ha de primeur sur ses 21 ha cultivables. Cette année, il se réjouit d’une saison exceptionnelle en volume. « Nous devrions faire 600 t/ha, alors que la fourchette habituelle est plutôt entre 450 et 550 t/ha ». Malheureusement, les prix ne sont pas au rendez-vous. La faute à des frigos encore bien remplis dans le nord de la France lors du lancement de la primeur et à une concurrence bretonne de plus en plus forte. « C’est l’inconvénient d’être leader, nous sommes copiés », plaisante-t-il.

Une pomme de terre Zéro Résidu de Pesticides
Au début des années 2020, les producteurs passent un nouveau cap : le label Zéro Résidu de Pesticides (ZRP). 80 % de la production de l’île respecte ce cahier des charges. Pour y parvenir, chaque exploitant s’est vu remettre la liste des produits qu’il peut utiliser sans crainte de générer des résidus. « Certaines enseignes sont sensibles à ce label. Pour nous, c’est une manière de nous diversifier, mais aussi de répondre à un besoin des consommateurs » témoigne Gaëtan Gendron. Il apprécie particulièrement les modalités de vérification du respect du cahier des charges ZRP. « Il y a un prélèvement 8 jours avant la récolte dans la parcelle. L’échantillon est soumis à une analyse permettant de détecter plusieurs dizaines de molécules. Cela a un coût, mais c’est le seul label qui offre une analyse libératoire. C’est une vraie proposition à mon sens », témoigne le producteur. En n’engageant pas 100 % de la production en ZRP, les exploitants de Noirmoutier se gardent la possibilité d’utiliser des produits homologués générant des résidus dans des cas spécifiques. Notamment pour bloquer rapidement le mildiou en cas de foyers détectés lors du retrait des plastiques de protection en mars.

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La lutte contre le nématode : un enjeu vital
Le début des années 2020 représente un tournant dans la lutte contre le nématode suite au retrait de la matière active dichloropropène. Privés de la dernière solution chimique efficace sur ce ravageur, les producteurs se tournent vers la désinfection vapeur qui s’impose comme une alternative crédible. Ce sont aujourd’hui 7 machines qui ont rejoint l’île et qui arpentent les parcelles à raison de 45 heures par hectare. « Cela représente un investissement très lourd, mais les résultats sont à la hauteur du chimique », estime Gaëtan Gendron. D’autres pistes de gestion du nématode sont à l’étude, mais avec des résultats moins confirmés, notamment les couverts de sorgho, dit nématicide.
L’enjeu de la communication
« Après une année très difficile en 1987, le conseil d’administration a décidé d’imputer 5 cts/kg à la communication l’année suivante, sous la forme de publications de pleines pages dans les hebdomadaires nationaux », évoque Nicolas Paille, le directeur de la coopérative. Aujourd’hui, la Noirmoutier communique en omnicanal pour renforcer sa notoriété, mais aussi sur le volet opérationnel avec de la publicité sur lieu de vente (PLV) pour promouvoir la marque en magasin.

Un gros travail est également engagé sur le packaging, qui évolue tout au long de la saison de primeur pour répondre aux attentes des consommateurs. « Nous commençons avec des formats caissettes et nous terminons avec le filet », détaille le directeur. « Les sachets fraîcheur remportent par ailleurs un beau succès auprès des clients », renchérit Gaëtan Gendron. Preuve que, dans ces filières de dimension modeste, les producteurs sont conscients des enjeux, du champ à l’assiette.
La pomme de terre de Noirmoutier en chiffres
- 12 000 t par an
- 1 coopérative qui traite 300 t/jour en saison, soit 20 semi-remorques
- 22 associés coopérateurs, exploitation de 18 ha en moyenne
- 2 producteurs indépendants

Tanguy Dhelin