Fruits et légumes : la France structurellement déficitaire

L’Hexagone est importatrice nette de 3,4 Mt  de fruits et de légumes. Les échanges mondiaux de ces denrées ne portent que sur quelques denrées brutes ou sous forme transformée. En cause, la périssabilité des produits en jeu et leur pondérosité. 

La France est le 4ème pays européen producteur de fruits et de légumes, derrière l’Espagne, l’Italie et la Pologne.

Hors pommes de terre, les trois principaux légumes produits en France sont les oignons, les tomates et les carottes (36 % des volumes produits). Dans les vergers, les trois premiers fruits des zones tempérées sont les pommes, les pêches et les prunes (79 % de la production française totale). Les poires arrivent en quatrième position (6 %). Mais outre-mer, la production de bananes est supérieure à celle des prunes. 

Une partie de ces productions est destinée à la transformation.  

Le déséquilibre de la balance commerciale s’accentue 

En 2025, l’agriculture et l’agroalimentaire français n’ont pas contribué à réduire la baisse de 10 milliards d’euros (Mds d’€) du déficit commercial de biens et de produits au total de -69 Mds d’€.  À peine excédentaire, le solde agricole et agroalimentaire a chuté de 4,6 Mds d’€ en un an, et même de 10 Mds versus 2023. Les secteurs des fruits et légumes structurellement déficitaires ont contribué à cet effondrement.

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Leurs importations (9,4 Mds d’€) ont progressé de 600 M€ et leurs exportations ont atteint péniblement 4,9 Mds d’€, si bien que le déficit a atteint -4,5 Mds d’€, après s’être aggravé de – 0,7 Mds d’€. 

Ce déficit réduit l’excédent commercial de produits bruts avec nos voisins européens (+5,7 Mds d’€) et explique une grande partie des pertes avec les pays tiers (-6,0 Mds d’€). Ces chiffres portent à la fois sur des fruits et légumes tempérés mais aussi sur les agrumes (oranges, bananes) et les fruits tropicaux que la France n’est pas en mesure de cultiver.
Les échanges commerciaux de fruits et de légumes tempérés n’ont cessé de se détériorer en volume et en valeur ces vingt dernières années car la France importe ce qu’elle a renoncé à produire. 

La France creuse continûment son déficit commercial de fruits en valeur (4,4 Mt) et en volume (2,6 Mt). Ses exportations (1 Mt) ont fondu de moitié en 20 ans alors que les importations (3,6 Mt) ont progressé de 25 %, avec une part croissante des produits en provenance de pays tiers.

Hormis les pommes et les abricots, l’Hexagone était déficitaire en fraises, en pêches, en poires et en cerises. L’Hexagone importe trois fois plus de pêches (>100 000 t) et dix fois plus de fraises (>60 000 t) qu’elle n’en exporte.

L’an passé, « les prix à la production restent, pour la plupart des fruits, supérieurs à leur moyenne des cinq dernières années. Seul l’abricot échappe à cette tendance : son abondance sur le marché a tiré les prix à la baisse », rapporte Agreste.

La filière légumes en panne

Selon FranceAgriMer, la production de légumes a diminué de plus de 500 000 t entre 2002 et 2023 générant un déficit de plus de 820 000 t l’année suivante. Les exportations n’excèdent pas 1,2 Mt alors que les importations atteignent 2,0 Mt. 
L’essentiel des ingrédients utilisés pour fabriquer des ratatouilles sont importés puisque l’Hexagone est déficitaire en tomates (- 252 000 t) et en courgettes (-108 000 t). Le manque de certains légumes décroît car les Français les consomment moins. Celui des asperges est ainsi réduit de moitié car la France en importe un tiers de moins (10 000 t versus 16 000 t en 2019) tout en maintenant l’export autour de 4 000 t.   

Le déficit commercial s’est essentiellement aggravé avec les pays tiers (le Maroc notamment). En effet, les exportations françaises de légumes ont progressé en Union européenne mais se sont stabilisées avec les pays tiers. Une partie des échanges commerciaux sont des produits qui  transitent par la France. C’est notamment le cas des tomates et des oignons. Les choux-fleurs et les haricots expédiés à l’étranger sont vraiment produits en France. 

La situation étasunienne est bien plus dégradée : le pays importe pour 33 Mds d’$ de fruits et de légumes (essentiellement tropicaux) alors qu’ils exportent l’équivalent de 7 Mds d’$. Donald Trump s’appuie sur ces chiffres pour justifier la taxation des importations américaines.

Peu de filières mondialisées

En fait, peu de fruits et de légumes tempérés sont échangés à l’échelle mondiale en raison de leur périssabilité et de leur pondérosité. Dans son chapitre dédié à cette catégorie de produits, seuls trois fruits et un légume sont traités dans le Cyclope « Les Marchés mondiaux » : les pommes, les poires, le raisin de table et les tomates fraîches ou destinées à la transformation. 

Pour des raisons pratiques, les échanges mondiaux de ces fruits reposent sur des produits dérivés. La commercialisation du jus de pommes (jusqu’à 40 % de la production récoltée) se substitue en partie à celle de la pomme (comme l’est celui de la frite surgelée versus pommes de terre de conservation). 

Les États-Unis sont ainsi le premier importateur mondial de concentré de jus de pommes et la Chine le premier exportateur.

De nouvelles filières de commercialisation de fruits et de légumes émergent lorsqu’elles portent sur des denrées qui résistent au transport. Citons par exemple celle des petits fruits rouges. 

Quoi qu’il en soit, les productions françaises de fruits et de légumes pèsent peu à l’échelle mondiale. 84 Mt de pommes sont produites chaque année dans le monde dans les pays où le climat s’y prête quand la France n’en récolte qu’1,3 ou 1,4 Mt. Compte tenu de sa population et de son climat, la Chine en récolte à elle seule environ 45 Mt en moyenne, et même 48 Mt en 2024-2025. 

A population équivalente, l’Inde n’en cueille que 2,5 Mt. En fait le troisième producteur mondial de pommes est l’Union européenne (12 Mt en moyenne avec en tête la Pologne) quand les Etats-Unis sont à la 4ème place (5 Mt en 2023 et 2024).
La Chine est aussi le premier pays producteur de poires au monde (20 Mt versus 25 Mt en 2024-2025), de raisins de table (14 Mt, 50 % de la production mondiale en 2024-2025) et de tomates fraîches (70 Mt versus 190 Mt en 2023).
L’Union européenne est le 2ème pays producteur au monde de poires (1,9 Mt) et le 7ème de raisins de table (en chute de 50 % sur 3 ans). Elle est devancée par l’Inde, la Turquie ou encore l’Ouzbékistan. 

Tomates : les pays méditerranéens de l’UE valorisent leur image culinaire 

Sur le marché de la tomate fraîche, les premiers pays producteurs (Chine, Inde, Turquie) ne sont pas les pays exportateurs mondiaux majeurs (Pays-Bas, Mexique et Espagne). Et leurs aires de chalandise sont leurs voisins immédiats (Source : Cyclope 2025).

A contrario, le marché de la tomate industrielle est mondialisé avec en tête les Etats-Unis (un peu moins d’un tiers des 37 Mt). L’Espagne, l’Italie et le Portugal en récoltent quasiment autant à eux trois. Ces pays s’appuient sur leurs cultures culinaires pour s’imposer sur le marché international des concentrés de tomates. Pour une partie des 5-6 Mt de tomates récoltées, l’Italie a expédié 800 000 t de concentrés en 2024 (source : Cyclope 2025).