La conjoncture porteuse des marchés des produits laitiers rend la transition générationnelle plus ambitieuse. La féminisation de la profession ne présente que des atouts. Mais elle est truffée d’obstacles alors qu’elle devrait être encouragée.
L’augmentation du prix du lait qui est déjà à un niveau élevé et la marge MILC indicée sur l’Ipampa, supérieure à 200€/1 000 l depuis le début de l’année, offrent des perspectives favorables aux cédants et aux repreneurs pour transmettre des exploitations laitières.
Les cessions d’activité des éleveurs laitiers, qui atteignent l’âge de la retraite, ne conduiront pas à l’arrêt de la production laitière comme par le passé en temps de crise mais à en organiser autrement sa production, voire à l’accroître.
A l’échelle de de la France, la FNPL, la section spécialisée « lait de vache » de la FNSEA, espère même que notre pays regagnera le milliard de litres de lait perdu depuis la fin des quotas en 2015.
En 2030, les éleveurs seront moins nombreux et plus jeunes. La proportion des moins de 40 ans sera même supérieure à celle des plus de 55 ans. Cette année, l’âge moyen des éleveurs (48 ans) commencera à diminuer.
Selon une étude de l’Institut de l’élevage présentée par Christophe Perrot durant la 12ème édition de la conférence « Grande Angle Lait », « le passage du pic de la vague démographique dans une période économique plus favorable accélère la transformation des exploitations laitières: robotisation, recours au salariat, intensification par vache, croissance des plus grandes exploitations ».
Le nombre d’installations laitières est passé sous le seuil de 1 500. Ces dix dernières années, la crise laitière 2015 2016 et la faiblesse des prix du lait jusqu’à la crise de la Covid a freiné les ardeurs des porteurs de projets. En 2014-2015, on dénombrait plus de 2 300 installations annuelles.
Mais le salariat et la robotisation pourraient se substituer à l’installation de nouveaux éleveurs.
Agrandissement et intensification
La transformation des exploitations laitières observée depuis une quinzaine d’années donne une idée de l’organisation la production laitière qui se dessine à l’horizon de 2030.
On dénombre près de 10 000 fermes à la tête d’un troupeau de plus de 100 vaches laitières. Elles concentrent à elles seules plus de 42 % du cheptel national. Ces fermes sont de plus en plus nombreuses.
Entre 2010 et 2023, la proportion de salariés en équivalent temps plein a doublé dans les fermes (21 % en 2024 versus 11 % en 2010). Parallèlement, 19 % des installations de traite sont robotisées (8 % en 2017).
La robotisation et la reprise de troupeaux par des éleveurs ou éleveuses plus jeunes se traduisent par une intensification de la production de lait par vache. En vingt-cinq ans, le rendement apparent a crû de près de 1 500 litres par vache.
La féminisation de la profession est truffée d’obstacles et s’inscrit dans des schémas traditionnels. Or elle fait partie de la solution pour relever le défi générationnel auquel est confrontée la filière laitière.
Actuellement, 1/3 des femmes nouvellement installées ont rejoint l’exploitation laitière de leur conjoint. La plupart ne bénéficient pas de la DJA car il s’agit souvent d’installation tardive.
Les femmes qui cherchent à reprendre des fermes comme n’importe quel porteur de projet masculin, voient leur parcours à l’installation truffé d’embuches. L’organisation professionnelle agricole reste très patriarcale.
« La pratique culturelle de la transmission de la ferme au garçonde la famille est un frein majeur à l’entrée des filles, souligne Christophe Perrot. L’homme reste vu comme le propriétaire et transmetteur à la fois du patronyme, des terres et du capital productif ».
La féminisation à la peine
En fait, les projets d’installation des femmes cassent souvent les codes sociologiques. Or Les bailleurs et les banques sont méfiants. Surtout si les candidates à l’Installation portent des projets atypiques. Aussi, les banques leur accordent des prêts moins avantageux quand elles ne leur refusent pas.
Dans les fermes où des associés sont des associées, l’organisation du travail est différente selon le mode d’installation.
S’il s’agit d’une conjointe déjà présente sur l’exploitation, et qui acquiert un statut en s’installant, la répartition des taches sur l’exploitation est très genrée. Plus de la moitié des éleveuses ne participent pas aux travaux des champs ou à l’entretien du matériel.
Or cette répartition « des tâches professionnelles est un frein à l’innovation en élevage età la circulation des savoirs », défend Christophe Perrot.
A contrario, des femmes seules à la tête d’exploitations, exerceront toutes les taches allouées avec une touche d’innovation pour rendre leur travail adapté à leurs conditions physiques. Elles n’auront aucun scrupule de faire entretenir leur matériel par un professionnel de la mécanique.
Si les femmes associées dans des exploitations mixtes ont un statut leur conférant un rôle décisionnel, elles imposent leurs marques. La répartition des taches sera plus homogène. Les taches de mécanisation et le travail au champ ne seront pas réservés aux seuls hommes de l’exploitation. Réciproquement, l’administratif est partagé, il n’est plus dévolu aux femmes. Pour rendre la répartition des tâches plus efficace et équitable, un planning de travail sera la norme.