Éric et Sébastien Brodhag : les horlogers de la pulvérisation en Sud-Alsace

À Hombourg, au carrefour des frontières suisse et allemande, les frères Brodhag ont fait de la haute précision leur marque de fabrique. Leur histoire s’écrit depuis 1971 : à l’époque, leur père lance une activité d’épandage antipyrale sur maïs en enjambeur. Cinquante ans plus tard, Éric et Sébastien gèrent l’ETA et exploitent 300 ha de grandes cultures répartis sur deux sites. La troisième génération est déjà dans les starting-blocks. Leurs fils respectifs, actuellement en lycée agricole, assurent déjà les pointes d’activité.

Pierre, Sébastien, Éric et Alexandre Brodhag ©SH

L’automoteur de pulvérisation : une arme de précision

La spécialité d’Éric Brodhag, c’est la pulvérisation : 4 000 ha par an, dont 2 000 dédiés spécifiquement au maïs pyrale. Leur automoteur AGRIFAC Condor de 36 m est un équipement rehaussé, mesurant jusqu’à 2 m sous châssis et 4 m sous rampe. Acheté 290 000 € en 2013, son équivalent vaudrait aujourd’hui 500 000 €. L’investissement majeur réside dans le système HTA, une option qui coûtait déjà 35 000 € à l’achat. Grâce à un compresseur injectant de l’air dans la bouillie, Éric contrôle la taille des gouttes. « Que je roule à 8 ou 14 km/h, le jet reste constant et la dérive est réduite de 90 % », détaille l’entrepreneur. Cette technicité est indispensable pour jongler avec les contraintes du terrain : « En pleine saison, c’est un casse-tête logistique. Il faut sans cesse slalomer entre les tours d’eau des clients, qui irriguent le maïs en plaine. Il n’est pas question d’arrêter d’irriguer. Alors il se peut qu’on commence une parcelle et que l’on revienne 2 ou 3 fois pour la finir ». Grâce à son matériel et à une expertise pointue sur les bouillies, il réduit ses doses de 30 à 40 % sur ses exploitations. Il surveille les innovations comme le PWM ou la détection par caméra, mais le coût reste pour l’instant prohibitif : « C’est génial, mais ce n’est pas encore amortissable sur nos petits parcellaires alsaciens ».

L’entreprise en bref

  • Effectif : Sébastien et Éric, qui sont gérants et leurs fils respectifs, Pierre et Alexandre, qui apportent une aide ponctuelle en parallèle de leurs études. Se rajoutent 1 salarié à temps complet et 3 occasionnels en saison. Leurs parents participent également aux travaux. 
  • Activités phares : 4 000 ha de pulvérisation, 900 ha d’arrachage de betteraves, 700 ha de semis maïs.
  • Chiffre d’affaires : 1/3 en ETA, 2/3 sur l’exploitation.
  • Matériel de pointe : Automoteur AGRIFAC Condor 36 m (en propre), 2 intégrales ROPA Tiger (CUMA), Moissonneuse S770 (copropriété).
  • Zone d’intervention : Rayon de 30 à 45 km (Sundgau, Hardt et Plaine de l’Ill en Alsace, ainsi qu’une zone en Allemagne à proximité).

20 % de conduite, 80 % de climatologie

Pour ces « horlogers », la technique ne serait rien sans le timing. Le quotidien d’Éric Brodhag est dicté par le rétroplanning météorologique. « Pour mes cultures, je me lève à 2 h du matin pour consulter les stations météo. Ma fenêtre d’intervention est de 6 à 8 heures maximum. À 10 h, si le vent se lève, le chantier s’arrête ». Dans cette zone périurbaine dense entre Mulhouse et Bâle, l’acceptabilité sociale est un défi quotidien. Éric organise ses chantiers avec une précision militaire pour sécuriser l’efficacité du traitement, mais aussi dans le respect de la population. Il traite la nuit pour les parcelles isolées afin d’éviter les nuisances sonores, et termine son service, en l’absence de vent, par les bordures de villages. Cette expertise sur la pulvérisation, le gérant souhaite la transmettre. Mais il déplore aussi les lacunes de l’enseignement agricole actuel. Pour lui, la formation initiale est insuffisante : alors que son fils et son neveu se destinent à la relève, il observe que la peur du produit prend le pas sur la maîtrise technique de la pulvérisation dans les organismes de formation. « On leur dit tellement que c’est dangereux qu’on ne leur apprend plus la pratique », s’agace-t-il « pourtant il faut que les jeunes soient formés pour traiter correctement ».

L'automoteur de pulvérisation enjambant le maïs ©AGRIFAC
L’automoteur de pulvérisation enjambant le maïs ©AGRIFAC

Agrément et responsabilité : au-delà de l’entraide

Éric insiste sur la dimension réglementaire qui protège ses clients. En tant qu’ETA, l’entreprise possède un agrément officiel et des Certiphyto spécifiques (« Décideur en entreprise soumise à agrément »). Un cadre strict qui contraste avec certaines pratiques d’entraide entre agriculteurs, parfois utilisées comme une prestation de service simplifiée. « L’entraide est précieuse, mais la pulvérisation nécessite une attention particulière, car elle est très réglementée. En cas de problème de rinçage ou de dégât sur une culture voisine, l’absence d’agrément et d’assurance spécifique peut mettre l’agriculteur dans une situation délicate », nuance Éric Brodhag. Pour lui, faire appel à une ETA agréée, c’est s’offrir une sécurité juridique et une garantie de résultat. Chaque intervention fait l’objet d’une fiche de chantier rigoureuse (ZNT, doses, météo). Elle décharge le client d’une partie de la pression administrative et des risques de responsabilité civile.

Un engagement syndical fort chez FNEDT

Éric Brodhag est impliqué au sein du Conseil d’Administration de la Fédération Nationale des Entrepreneurs des Territoires (FNEDT). Ce mandat lui permet de porter les problématiques spécifiques à la pulvérisation en ETA. « Il est crucial de faire remonter la réalité du terrain, qu’il s’agisse du respect drastique des normes pour la sécurité des usagers ou de l’urgence de réformer la formation des jeunes », souligne-t-il. Pour cet entrepreneur engagé, l’agrément d’entreprise n’est pas qu’une contrainte administrative, c’est un gage de professionnalisme qui doit différencier l’ETA de l’entraide informelle, assurant ainsi une sécurité juridique et technique totale pour l’agriculteur client.

Le semis monograine : une course contre la montre

L’ETA Brodhag assure chaque année le semis de 700 ha de maïs, 200 ha de betteraves et 60 ha de soja. Ici aussi, la rentabilité est un défi : avec des semoirs monograines dont le prix a grimpé de 60 % en dix ans, la précision doit compenser l’investissement. « En plus, les fenêtres de tir se sont raccourcies. Les clients sont de plus en plus exigeants : hier c’était trop tôt, demain c’est trop tard » constate Éric Brodhag. Pour répondre à cette pression, l’entreprise multiplie les solutions originales pour optimiser ses charges de mécanisation. Pour la moisson, il gère sa moissonneuse-batteuse en copropriété avec un collègue haut-rhinois et un autre haut-marnais. La machine assure ainsi une double saison : elle débute par les céréales à paille (blé, orge, colza) dans la Haute-Marne avant de revenir en Alsace pour la récolte du maïs et du soja. Un partage stratégique qui permet de rentabiliser une technologie hors de prix sur deux secteurs géographiques complémentaires. La machine, de moyenne puissance, dépasse les 1 000 ha annuels.

La moisson du maïs en Alsace © SH
La moisson du maïs en Alsace © SH

La force du collectif pour la récolte de betteraves

Les frères Brodhag ont adopté un autre modèle, radicalement différent, pour l’arrachage des betteraves (850 à 900 ha/an). Depuis 2003, les machines, très coûteuses, appartiennent à une CUMA, dont leurs 2 exploitations sont elles-mêmes adhérentes. L’ETA agit comme prestataire exclusif : elle gère l’entretien, le stockage, l’organisation du chantier et la conduite des deux intégrales ROPA Tiger (dont une 6S de 2025 à plus de 700 000 €), sans en porter la dette colossale. « C’est un système basé sur la transparence et la confiance. Les adhérents ont accès à tous les chiffres de fonctionnement », explique Éric Brodhag. Ce modèle mutualisé permet de sécuriser l’activité de prestation. Elle offre aux clients un tarif inférieur à celui d’un entrepreneur classique. Pour les Brodhag, ces stratégies sont la clé pour pérenniser l’entreprise face aux incertitudes du marché et préparer l’arrivée sereine de la troisième génération.

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Matériel présent sur les différentes structures

  • Une douzaine de tracteurs JD de 60 à 320 cv, de 4 à 50 ans d’âge.
  • Matériels de travail du sol : charrues, décompacteur, vibroculteurs 
  • Semoirs monograines : 
    • Horsch Maestro 12 rgs à 45 cm (betteraves/soja), traîné avec fertilisation solide.
    • 2 JD Max Emerge 8 et 12 rgs à 80 cm (maïs), traînés avec fertilisation liquide.
    • 4 JD Max Emerge 6 rgs à 80 cm plus anciens utilisés en période de pointe.
  • Pulvérisateur Agrifac Condor 3 , 3 400 l,  High Clearance, High Tec Air  36 m
  • Epandeur d’engrais Sulky X50 Econov+
  • Moissonneuse-batteuse en copropriété :  JD S7.700, coupe céréales 7.5 m (52), coupe flexible 6.7 m et cueilleur 8 rgs repliable avec broyeurs (68)
  • 2 arracheuses à betteraves Ropa Tiger 6 et Tiger 6S (Cuma Sud Alsace Betteraves) 
  • Plusieurs matériels secondaires en copropriété avec des voisins du 68 et/ou le collègue du 52 : bennes 21 et 24 t, rouleau hacheur pour les restes de maïs…