Economie de la Ferme France – La valeur ajoutée stagne depuis 15 ans

Après s’être effondré en 2024, le résultat brut de la Ferme France s’est sensiblement redressé l’an dernier sans avoir pour autant retrouvé le niveau atteint en 2023 voire en 2020. En termes réels, il est inférieur de 30 % à 1980.

La valeur ajoutée nette au coût des facteurs (par emploi) de la Ferme France, qui reflète la création de richesses de la branche agricole, a progressé de 15,8 % en 2025, après avoir diminué en cumul de plus de 30 % les deux années précédentes.

 « Le rebond de 2025 ne doit pas faire illusion. Les aléas climatiques s’intensifient, les incertitudes économiques demeurent et les investissements reculent. Plus que jamais, nous devons donner aux agriculteurs les moyens de sécuriser leurs revenus et de préparer l’avenir de notre souveraineté alimentaire », commente Sébastien Windsor, Président de Chambres d’agriculture France, après avoir lu le rapport de la Commission des comptes de l’Agriculture rendu public au début du mois.

A l’échelle de la Ferme France, après deux années consécutives de baisse, la valeur de la production agricole totale (94,8 milliards d’euros – Mds d’€) s’est redressée de 4,7 % en 2025.

Hors aides Pac, la valeur ajoutée (37,6 Mds d’€), c’est à dire la richesse créée, a progressé de 14,4 %. Une fois les salaires (10 Mds d’€ cotisations sociales comprises), les intérêts et les amortissements déduits, le résultat de la Ferme France par actif non salarié a progressé de 32,4 % sur un an.

revenus 2025

Par actif (salarié ou non salarié), l’augmentation est plus modérée : +15,8 %. A l’échelle européenne, c’est ce ratio qui est habituellement retenu pour comparer entre Etats membres l’évolution des revenus agricoles.

revenu par actif

L’an passé, le redressement économique de la Ferme France s’explique ainsi : les productions végétales (46,42 Mds d’€) ont progressé en valeur de 1,6 % l’an passé. Les rendements des céréales récoltées sont revenus quelque peu à la normale après une année 2024 catastrophique. Leur production a crû en valeur de 17,6 % en volume.

Toutefois, l’année 2025 a été plombée par la faiblesse des prix des grains (-9,7 % sur un an), des légumes, des fruits et par la chute des cours des pommes de terre. Pour les seules céréales et oléo-protéagineux, le manque à gagner est estimé à 1,5 Mds d’€.

Valeur ajoutée accaparée

En 2025, les productions d’élevage ont davantage progressé et atteint 38,0 Mds d’€ (+10,1 %). Cette hausse est portée par la production laitière et de bovins viande alors que le chiffre d’affaires de la filière porcine a diminué de près de 10 % l’an passé.

Comme les consommations intermédiaires sont restées entre temps stables l’an passé, l’augmentation en valeur des productions agricoles de la Ferme France a entièrement profité à son revenu.

Mais ce redressement masque une détérioration continue de la valeur ajoutée (ou richesse) créée par la Ferme France.

L’an passé, sa valeur ajoutée était à peine équivalente à celle de 2010. Et comparée à 1980, elle est inférieure de 20% en termes réels.

va 1980

En fait, la valeur ajoutée de la Ferme France stagne depuis une quinzaine d’années.

En effet, une grande partie de la valeur ajoutée a été accaparée au fil des ans par l’augmentation des consommations intermédiaires et par des prix agricoles peu rémunérateurs. Par ailleurs, la production agricole française stagne en volume quand elle ne diminue pas.

Aussi, le résultat brut de la branche agricole en termes réels est inférieur de 30 % à son niveau de 1980.

Ces quarante dernières années, le seul facteur favorable à la croissance des revenus des agriculteurs est démographique. Chaque année, le revenu de la Ferme France est partagé entre des actifs non-salariés de moins en moins importants.

va par etp 1980

Le résultat brut de la branche agricole en termes réels par actif non agricole a en partie évolué (voire progressé) au rythme que la baisse du nombre d’agriculteurs en activité (1).

démographie

Mais les très mauvaises années, les revenus chutent puis ils peinent à se redresser les exercices suivants. La baisse du nombre d’agriculteurs n’a alors aucun impact!

(1) Chiffres indisponibles après 2020 mais la baisse du nombre d’agriculteurs se poursuit.