Echanges commerciaux – Chute de l’excédent commercial de 10 Mds d’€ en trois ans

Les piliers sur lesquels repose l’excédent commercial agricole et agro-alimentaire s’effritent depuis des années. L’offre agricole et alimentaire correspond de moins en moins aux aspirations des consommateurs français. Notre pays importe de plus en plus de produits d’entrée de gamme. Et lorsque ses ventes de céréales s’effondrent, son solde commercial plonge.

La France ne peut plus compter sur son excédent commercial agricole et agroalimentaire pour financer une partie de son déficit en gaz et en pétrole !

Estimé à 181 millions d’euros en 2025, ce solde commercial est inférieur de près de 5 Mds d’€ à celui de 2024. Il est revenu, deux exercices de suite, à des niveaux jamais vus depuis les années 1980 !
Ces chiffres montrent que la France reste avant tout le grenier de l’Union européenne.

L’excédent  commercial est fortement dépendant des exportations de céréales, et du blé en particulier. Les années 2013 et 2022 correspondaient à des campagnes céréalières qui alliaient quantités et prix. La France exportait alors plus de 10 Mds d’€ de grains.

Sans ces céréales, le solde commercial s’effondre. En 2024 et 2025, les ventes de grains n’avaient pas excédé 6,3 Mds d’€ en raison de la récolte catastrophique de blé, alors équivalente à celle du début des années 1980.

Un déficit de l’offre

En 2011 et 2012, la Russie avait récolté très peu de grains en raison de deux accidents climatiques majeurs que le pays n’a plus connus depuis (gel et incendies). Dix ans plus tard, la guerre russo-ukrainienne avait paralysé une grande partie du commerce mondial des céréales. Et c’est à chaque fois un déficit d’offre qui avait fait exploser les prix des grains.

Au Moyen Orient, tous les pays sont des importateurs majeurs de produits agricoles et agroalimentaires. Si le trafic maritime dans le Golfe est bloqué et paralysé pendant de longs mois, les pays orientaux rencontreront de sérieuses difficultés pour s’approvisionner.

Les prix des commodités agricoles ne sont quasiment pas impactés.

Parmi les trois principales céréales commercées dans le monde, seul le cours du maïs augmente depuis trois semaines car la céréale est inféodée aux cours des hydro-carburants fossiles et du bioéthanol. Et ces derniers flambent justement pour une question d’offre!

Or au Moyen Orient, il n’existe quasiment pas d’alternative au détroit d’Ormuz pour expédier du pétrole et du gaz. Aussi, son blocage paralyse l’économie mondiale.

Analyse sectorielle

En détails, les soldes commerciaux agricoles et agro-alimentaires français confirment chaque année quelques tendances de fond:

  • des productions excédentaires de céréales qui déclinent (la France ne produit plus 40 Mt de blé par an les meilleures années) ;
  • des importations croissantes de produits agro-alimentaires d’entrée de gamme. L’exemple des produits laitiers est éloquent;
  • des productions de fruits, de légumes et de viandes déficitaires (bovins, ovins , volailles) de -8,2 Mds d’€ !
  • un déficit structurel de protéines végétales.

Parallèlement, notre pays est dépendant de produits tropicaux qu’il ne cultive pas (cacao, café, etc.) qui ont fortement augmenté (+1,7 Mds d’€), générant un déficit de -2,5 Mds d’€, en hausse de 60 % sur un an, sans compter les importations de produits transformés à base de cacao.

Aussi, la valeur des exportations des produits agricoles et agro-alimentaires croît moins vite que celle des importations. En 2025, l’augmentation des prix des animaux vifs exportés (3,6 Mds d’€, +1,2 Mds € sur un an) a tout juste compensé la hausse de la valeur des viandes importées (9,9 Mds d’€, + 1 Mds d’€).

L’an passé, le commerce extérieur français a été victime, pour la première fois depuis des dizaines d’années, d’un effet ciseau. Notre pays a exporté à peine plus de produits agricoles et transformés que l’an passé (84 Mds d’€ ; +1,8 Md’€) mais il en a importé 83,8 Mds d’€, soit 6,4 Mds d’€ supplémentaires. C’est pourquoi le solde commercial était à peine positif (183 M€).

Bilan national

Jusqu’en 2023, l’Hexagone réalisait son excédent commercial avec les pays tiers et avec ses boissons, vins et alcools. Or l’an passé, leurs exportations (13,5 Mds d’€) ont diminué de 1,2 Mds d’€. D’autres ventes ont aussi diminué. Aussi, ce solde commercial a chuté de 3,9 Mds d’€ l’an dernier. En 2024, il était de encore de 7,4 Mds d’€.

Parallèlement, la France est chaque année un peu plus déficitaire avec ses voisins européens. L’an passé, elle a réalisé un solde commercial négatif de produits transformés de – 9 Mds d’€ pour un chiffre d’affaires de 45,5 Mds d’€. Elle le compense partiellement en exportant des produits agricoles bruts (14 Mds d’€ ; +1 Mds d’€) avec lesquels elle dégage un excédent commercial est de 5,7 Mds d’€.   

Pour toutes les raisons mentionnées ci-dessus, l’excédent commercial agricole et agroalimentaire français n’a pas contribué à la baisse de 10 Mds d’€ de l’ensemble du déficit (-69,2 Mds d’€) du commerce extérieur de biens. Les années passées, il l’avait parfois atténué à lui seul de 10 Mds d’€! Une autre époque…