Outre le méthane injecté ou l’électricité produite par cogénération, la filière méthanisation serait plus rentable si elle trouvait un débouché commercial pour chacun des gaz produits. La valorisation du CO₂ par des serristes ouvre la voie.
Diffusé dans les serres, le CO₂ favorise la croissance des végétaux. Les 126 serristes adhérents de la coopérative Salvéol en utilisent 14 000 tonnes (t) jusque-là achetées à l’industrie chimique. « Or neuf méthaniseurs nord finistériens situés à quelques dizaines de kilomètres de ces serristes sont en mesure d’en fournir 11 000 t par an, explique Hervé Gorius, chargé de mission méthanisation et climat à la chambre d’agriculture de Bretagne. Et une fois épuré et liquéfié, le gaz livré peut être vendu 185 à 200 €/t ».
La Chambre d’agriculture de Bretagne a étudié les conditions de faisabilité et de rentabilité de cette nouvelle filière sur le nord Finistère dans le cadre d’un appel à projets financé par GRDF.

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Pour produire du « CO₂ renouvelable », chaque site de méthanisation doit être équipé d’un épurateur et d’un liquéfacteur. Six fournisseurs ont été contactés pour proposer des devis adaptés à la capacité d’injection des neuf méthaniseurs du secteur, à savoir 90-100 Nm³/h. Les montants d’investissement proposés ont varié du simple au double, et c’est finalement le fournisseur qui avait déjà équipé les neuf sites pour l’épuration du biogaz qui a fait la meilleure offre.
Sa proposition est la plus adaptée à la dimension et aux équipements existants des méthaniseurs. Elle permet d’envisager un achat groupé pour optimiser les coûts.
Pour chaque site, l’investissement requis est de l’ordre de 700 000 € amortissable en 10 ans. Et comme un méthaniseur de 90 à 100 Nm³/h produit environ 1 250 tCO₂/an, les agriculteurs pourront réaliser un chiffre d’affaires de 200 000 € et dégager un revenu complémentaire voisin de 40 000 € en plus des bénéfices de la vente de leur gaz.
« La rentabilité de cette activité de diversification dépendra beaucoup du prix du kilowattheure d’électricité, car la liquéfaction est un procédé énergivore », souligne Hervé Gorius. S’il est supérieur à 30 cts, la valorisation du CO₂ produit par des méthaniseurs de cette taille ne sera pas rentable.
Une fois liquéfié, le gaz sera livré aux serristes par camion. Le bilan carbone de l’activité de méthanisation et des serres est alors amélioré : le CO₂ ne sera plus rejeté dans l’atmosphère et il pourra se substituer au CO₂ fossile jusqu’à présent utilisé par les serres.
Par ailleurs, l’épuration du CO₂ aura permis de capter 1 à 2 % de méthane supplémentaire qui, sinon, aurait été rejeté dans l’atmosphère. Réinjecté dans le réseau pour être, lui aussi, vendu, il augmentera le rendement du méthaniseur.
Un lancement prudent
Dans un premier temps, la nouvelle filière de CO₂ issue de la méthanisation sera lancée sur un seul site. Le collectif des neuf méthaniseurs, intéressés par le projet, prévoit de financer l’acquisition d’un épurateur, d’un liquéfacteur et d’un camion nécessaire pour livrer le gaz. Les neuf associés se répartiront ainsi le risque économique que représente cette nouvelle activité gazière.
Si l’expérience est concluante, le constructeur d’épurateur sera en mesure d’équiper les huit autres sites de méthanisation similaires dans leur conception.
Pour les serristes, une filière de CO₂ issue de la méthanisation sera une opportunité pour renforcer la dimension locale de leur activité de production, puisque le gaz employé émane de sites de méthanisation voisins. Par ailleurs, le CO₂ d’origine organique sera renouvelable. Enfin, les serristes ne seront plus soumis à la fluctuation du prix du CO₂ jusque-là acheté à des entreprises chimiques. En effet, celles-ci n’hésitent pas à répercuter sur leur prix de vente l’évolution erratique des cours des hydrocarbures fossiles. Et en plus, le marché du CO₂ est tendu.
Intérêt pour le grand public
Pour les méthaniseurs, la filière CO₂ est un atout pour renforcer l’intérêt de la production de biogaz auprès du grand public : en plus d’accroître la souveraineté énergétique qui fait défaut à la France, elle concourt également à la sécurité alimentaire.
Des questions restent toutefois encore à approfondir à l’avenir comme l’optimisation de la logistique de transport, le stockage chez les serristes et les débouchés complémentaires pour compenser au mieux la saisonnalité des besoins des serres.
Construire un réseau gazier CO₂
Une alternative à la liquéfaction du CO₂ sur chacun des sites de méthanisation est le transport du gaz dans des canalisations entre les sites de méthanisation pour centraliser l’épuration et la liquéfaction sur un seul site. Toutefois, le cadre législatif de ce type de transport et les coûts sont encore mal définis.