Mécanique, mixte, localisé, le désherbage du maïs se réinvente pour plus d’efficacité, et un impact environnemental moindre.
Culture à cycle court, le maïs est très sensible à la concurrence des adventices. La qualité du désherbage est donc primordiale sur les 6 premières semaines, pour une mise en place des composantes du rendement avec le moins de compétition possible. Mais cela doit se faire avec de moins en moins de molécules autorisées, en respectant les objectifs Écophyto de baisse de l’IFT et de préservation de la ressource en eau tout en freinant l’apparition d’adventices résistantes à certains modes d’action. Pour résoudre cette drôle d’équation, il faut puiser et combiner différentes alternatives de désherbage.
L’inter-rang large du maïs permet d’envisager un désherbage mécanique, y compris en post-levée. Mais la réussite du désherbage mécanique reste très liée au type de sol et aux conditions météo. Pour réduire la dose d’intrants tout en sécurisant la propreté de ses parcelles, le désherbage mixte combine un désherbage par pulvérisation sur le rang et une intervention mécanique sur l’inter-rang, soit différents passages, soit en combiné. Ce qui permet de réduire de 50 à 70 % la quantité de matières actives.
Des pulvérisateurs adaptés au traitement localisé
Le désherbage localisé peut se faire avec des équipements spécifiques, comme les solutions développées par Ecorobotix en cultures légumières. Pour les grandes cultures, Carbon Bee propose d’améliorer les pulvérisateurs. L’entreprise drômoise a développé SmartStriker X, un dispositif de caméras qui s’installe sur la rampe du pulvérisateur à raison d’une tous les 3 m. Les images sont analysées en continu par un algorithme. En un millième de seconde, quand une adventice est détectée, un message d’ouverture est envoyé vers la buse à proximité. Selon le niveau de salissement de la parcelle, c’est jusqu’à 90 % de matière active qui sera économisée. « Cela permet de concilier une exigence environnementale avec un désherbage efficace, souligne Victor Barbotin, inspecteur commercial pour Carbon Bee, par exemple dans des cultures spécifiques à forte exigence de propreté, comme le maïs semence ou pop-corn ».
Aller vers plus de précision
Avec le désherbage de précision ou localisé, un pas supplémentaire est franchi dans l’optimisation du désherbage. Les adventices sont détectées en direct par des caméras. L’information est transmise vers les buses pour une décision quasi instantanée d’ouverture ou de fermeture des buses. Outre la réduction des besoins en intrants, cette technique a aussi l’intérêt de réduire les risques de phytotoxicité sur les jeunes plants, en limitant la quantité d’herbicide reçue. Le désherbage de précision est particulièrement intéressant pour gérer les flores complexes mais devant être éliminées avec efficacité, comme le datura, l’ambroisie ou les vivaces. Ainsi, face aux chardons qui demandent d’intervenir avec des produits spécifiques et à d’autres périodes que les adventices annuelles, le désherbage localisé apporte une réponse efficace.
Sur du neuf ou de l’existant
« Nous travaillons avec les fabricants de pulvérisateurs et un réseau de distributeurs spécialisés pour installer nos caméras sur des machines neuves ou existantes, explique Victor Barbotin. Pour que cela soit possible, il faut que le dispositif d’ouverture/fermeture des buses PWM soit suffisamment réactif et que la console de commande ait la capacité de traiter cette masse d’informations ».
Dans le projet Farmtopia, Arvalis a testé la pertinence technique et économique du désherbage localisé. L’institut technique a équipé un pulvérisateur de 15 m de capteurs de détection Carbon Bee et du système de régulation BBLeap. Le taux de correspondance entre la détection des adventices et des buses ouvertes varie de 86 à 92 %. Dans 2,5 à 4 % des situations, les buses étaient ouvertes alors qu’elles n’auraient pas dû l’être. À l’inverse, dans 6 à 10 %, elles étaient fermées alors qu’il y avait des adventices. En moyenne, l’IFT a été réduit de 35 %. Dès que la surface traitée est réduite de 25 %, la diminution d’intrants compense le surcoût de l’équipement.