Revenus agricoles 2024 et 2025 – Les céréaliers scopeurs sous le RSA !

En 2025, le résultat brut de la ferme France (29,3 Mds d’€) est supérieur de 3,3 Mds d’€ à l’an passé. Seuls les éleveurs profitent de cette hausse car le produit des filières animales (38,4 Mds d’€) a progressé de +3,2 Mds d’€. A contrario, le produit de l’ensemble des filières végétales a stagné. Or en 2024, le revenu des Scopeurs n’équivalait même pas le RSA !

Aussi bien dans les exploitations céréalières qu’à l’échelle de la ferme France, l’augmentation des productions végétales est plus que compensée par la baisse de leurs prix de de vente. Après une récolte 2024 catastrophique, le retour à la normalité des rendements des céréales à paille ne permet donc pas de redresser les comptes des exploitations, selon la Commission des Comptes de l’agriculture et de la nation du 16 décembre 2025.

De nombreux agriculteurs céréaliers sont aujourd’hui confrontés à l'augmentation des volumes de digestats issus de la méthanisation. (Jeannerot)

La totalité de la production des filières végétales est estimée à 46 milliards d’euros (Mds). Elle est équivalente à l’an passé (45,7 Mds d’€). Mais en volume, la production agricole végétale est supérieure de 3 % à l’an passé alors que les prix sont globalement inférieurs de 3 %.

En céréaliculture, le contraste est saisissant. Cette année, la production de grains de la ferme France est supérieure en volume de 16,3 % à celle de 2024 alors que les prix se sont repliés en moyenne de 11,5 %.
Aussi, la production céréalière est en valeur similaire à l’an passé (10 Mds d’€). Les autres filières végétales n’échappent pas à ce phénomène balancier, la croissance des volumes produits étant en grande partie atténuée par le recul des prix.
Même les productions des jardins familiaux non exploitants pâtissent de la conjoncture défavorable des prix. En valeur, leur production a diminué de 17 % à 1,5 Mds d’€ alors qu’en volume, elle a crû de 1,8 %  malgré la sécheresse estivale.

Valeur ajoutée des filières élevage en hausse

Dans les exploitations agricoles d’élevage, les productions (lait, viande, œufs, etc.) sont similaires en volume à l’an passé alors qu’en valeur, elles ont progressé de 3,2 Mds d’€.

Aussi, la croissance en valeur de l’ensemble de la production agricole de la Ferme France (93,5 Mds d’€) de 3,2 Mds d’€ et de son résultat brut (29,3 Mds d’€ ; + 3,3 Mds d’€) ne profite qu’aux seuls éleveurs!

En effet, l’ensemble des consommations intermédiaires (énergies, engrais, aliments, etc.) de la Ferme France sont équivalentes à l’an passé (57,5 Mds d’€). Et dans l’ensemble, aucune filière n’est pénalisée par une hausse massive des charges de fonctionnement.

Certes les prix des matériels et des prestations vétérinaires ont fortement augmenté (environ + 5 %) mais ceux des intrants ont diminué quand leurs achats n’ont pas eux-mêmes baissé en volume.

revenus 2025

Le ministère de l’Agriculture n’estime plus, chaque mois de décembre,  le revenu agricole par actif agricole non salarié de l’année en cours. Il se contente d’apprécier par actif non salarié l’évolution de la valeur ajoutée  au coût des facteurs de production de la Ferme France (43 ,1 Mds d’€ ; +3,1 Mds d’€ ou + 7,6 %), autrement dit la richesse créée, rapportée à l’actif (salarié et non-salarié).

En terme réel, cette dernière aurait progressé de 6,9 % avoir déduit l’inflation (+1,4 %) et la baisse du nombre d’actifs totaux (-0,5 % par rapport à 2024).

Evidemment, cette croissance de 6,9 % devrait, de nouveau, ne bénéficier qu’aux éleveurs puisque seule la valeur de la production de l’ensemble de la production animale a progressé en 2025.

Mais comme le ministère de l’Agriculture ne mentionne pas, filière par filière, l’évolution de cette valeur ajoutée rapportée au coût des facteurs de production, nous ne sommes pas en mesure d’en apprécier précisément ses répercutions à l’échelle de l’actif non salarié.

Toutefois, l’écart des revenus entre les éleveurs et les céréaliers s’est forcément creusé. Nous en saurons plus au mois de juillet 2026 lorsque la Commission publiera une nouvelle version de ses comptes.
En attendant, l’ensemble des soutiens versés à l’agriculture représente plus d’un quart du résultat brut résultat brut de la Ferme France.

Revenus agricoles 2024

Une partie des résultats rendus publics par la Commission des Comptes de l’agriculture et de la nation du 16 décembre 2025 porte sur les résultats économiques définitifs des exploitations agricoles de l’année 2024. Ils ont été calculés à partir des premières estimations des chiffres de l’agriculture française publiés l’an passé à la même époque.

revenus 2024

A l’échelle de la ferme France, le chiffre d’affaires moyen des exploitations agricoles était de 259 990 € l’an passé et l’excédent brut moyen d’exploitation par actif non salarié de 61 640 €. En repli de 9,4 % en euros constants, ce dernier avait permis de dégager un résultat courant avant prélèvements obligatoires de 29 405 €, en baisse de 19,9 % sur un an en euros constants.

Mais le revenu serait négatif sans les soutiens publics (38 610 € par actif non salarié agricole à l’échelle de la ferme France), selon la Commission des comptes de l’agriculture. Par ailleurs, 30 ,1 % des exploitations auraient un excédent brut d’exploitation négatif sans les soutiens publics et 56,7 % un résultat courant lui aussi négatif.

Mais plus de 80 % des céréaliers et des éleveurs de bovins viande auraient un revenu négatif sans les aides Pac contre seulement 35 % des producteurs de lait 16 % des producteurs de porcs.

Pour autant, les éleveurs de bovins viande perçoivent plus de 60 000 € d’aides par actif non salarié en moyenne, les producteurs de lait de vache 44 300 € et les horticulteurs environ 14 500 €. Quant les céréaliers classés « Scop » ou « Autres grandes cultures » ont touché environ 35 000 € d’aides Pac. 

L’analyse par branche (ou par Otex) des revenus de la Ferme France révèle des écarts de revenus considérables inter-filières.

En 2024, le revenu des céréaliers des zones intermédiaires est le plus faible de l’ensemble des Otex. Selon le ministère de l’Agriculture, il est de 2 700  € par actif son salarié (3 200 € à l’échelle de l’exploitation). Autrement dit, le revenu des céréaliers équivalait l’an passé à la moitié d’un RSA. Et le revenu disponible était négatif !
L’an passé, la baisse de 11 % du chiffre d’affaires de leur exploitation représentait à lui seul  un manque à gagner de 22 000 €.

céréales

Les pertes des céréaliers étaient si importantes que l’ensemble des soutiens publics perçus ont à peine suffi pour financer les pertes de leur campagne. Or en 2023, leur revenu était déjà très faible, inférieur à un smic puisqu’il n’excédait pas 13 000 € par actif non salarié.

Les céréaliers qui cultivent des pommes de terre et des betteraves s’en sont mieux sortis l’an passé. Leur chiffre d’affaires n’a baissé que de 5,6 % en raison de la conjoncture très favorable du marché de la pomme de terre et des betteraves sucrières. Mais l’EBE des exploitations a diminué que de 12,2 % et le résultat courant par actif non salarié de 20,5 %. Toutefois, ce dernier était encore de 52 700 €, largement supérieur aux aides Pac perçues.

La catégorie d’exploitants agricoles qui a dégagé les meilleurs résultats en 2024 est celle des producteurs de porcs même s’ils n’ont pas échappé, eux non plus, à une baisse de leur chiffre d’affaires. Mais le prix du cochon est resté très élevé durant toute l’année et nourrir les animaux coutait aussi moins cher.
Avec un chiffre d’affaires de 940 000 € par exploitation et un EBE de 211 000 €, le revenu courant était l’an passé de 124 500 € (sou encore 92 800 € par actif non salarié).

Bien qu’ils soient plus faibles, les revenus des producteurs de volailles (55 300 € à l’échelle des exploitations) dépendent faiblement des soutiens publics versés (16 600 € ; – 5 500 € sur un an). Mais en 2024, ces revenus avaient cependant diminué de 11,3% comparés à 2023. Les soutiens publics exceptionnellement alloués en 2023 pour compenser les dommages causés par la crise aviaire, n’ont pas été reconduits.

En production laitière, la succession de campagnes caractérisées par des prix du lait en hausse ou stabilisés à des niveaux élevés a permis aux éleveurs de voir enfin leur travail mieux rémunéré.

Avec un chiffre d’affaires de 357 000 € en moyenne l’an passé (+3,2 % sur un an) et un excédent brut d’exploitation de 135 000 € (+10 %), le résultat courant par actif non salarié a atteint 41 000 €, en hausse de 7,1 % sur un an.
Un tiers de ce revenu dépend encore des aides Pac perçues dans les exploitations (44 300 €) mais produire du lait est dorénavant rentable.

Les producteurs de bovins viande voient aussi leur situation économique se redresser. Comme leur excédent brut d’exploitation (64 000 €) est dorénavant équivalant à la moitié de leur chiffre d’affaires (118 500 €; + 4,7 %), ils parviennent à dégager un revenu par actif non salarié de 24 700 €, supérieur de 11,4 % à 2023. Mais deux tiers de ce revenu dépend encore des aides Pac.