L’ETA Hervé a investi dans une tonne Samson avec pont moteur afin d’apporter un supplément de puissance continu ou occasionnel lors des chantiers d’épandage. Cet outil doit permettre d’intervenir en toutes conditions sans défoncer les parcelles, ni abîmer les cultures.
Mi-novembre, dans le nord de l’Ille-et-Vilaine, la saison des épandages suit son cours. À 20 km au sud du Mont-Saint-Michel, la tonne à lisier PGII 20 GENESIS HPD avec pont moteur sort des hangars de l’ETA Hervé où elle est arrivée depuis quelques mois. Pour le chantier du jour, elle est équipée de pendillards et prend la direction d’une parcelle plate et ressuyée. Le pont moteur et son assistance permettant de pousser la tonne ne seront donc que peu mis à contribution par le chauffeur. Mais ce n’est que partie remise. Johann Hervé, le dirigeant de l’entreprise, mise sur cet équipement pour intervenir lorsque les conditions sont limites pour une tonne standard. « J’aimerais aller chercher des volumes sur des chantiers plus compliqués en visant des épandages sur céréales, notamment dans le Sud-Manche », expose-t-il. Le développement des chantiers de méthanisation est également une opportunité d’activité pour la tonne avec pont moteur. « En méthanisation, il faut semer, récolter et épandre coûte que coûte, quelles que soient les conditions », constate l’entrepreneur.
Moins de besoin d’adhérence sur le tracteur
Dans les faits, le pont moteur va lui permettre d’atteler la tonne sur un tracteur moins lourd et avec moins de puissance puisqu’il aura moins besoin de chercher l’adhérence. Selon le constructeur, l’essieu avec pont moteur hydraulique pousse littéralement la tonne et l’outil, allégeant ainsi la traction nécessaire. « C’est en cherchant l’adhérence que le tracteur défonce les parcelles. Avec le pont moteur, l’impact de l’épandage sur le sol sera plus limité », estime-t-il. Johann Hervé dresse le même constat pour les cultures sur lesquelles est réalisé l’épandage. « Comme le tracteur patine moins, cela limite le phénomène d’arrachage du blé ou de l’herbe », décrit-il. Autre avantage, les chantiers dans les pentes conséquentes sont facilités. « Quand nous fertilisons pour le maïs, l’enfouisseur prend de l’adhérence et de la puissance. Avec le pont moteur, nous allons pouvoir passer dans des parcelles où nous ne passions pas auparavant avec une 20 000 m³ », assure le dirigeant.
Utiliser le boost dans les mouillères
Qui n’a jamais coincé un tracteur ou une tonne dans une mouillère ? Avec le pont moteur, ce type d’incident devrait se faire de plus en plus rare ! « Quand un tracteur tombe dans une source avec une tonne attelée, classiquement, il coule. Avec le pont moteur, la tonne va le pousser pour qu’il sorte de la zone humide », décrit Johann Hervé. Le chauffeur pourra ensuite compter sur la fonction boost permettant de délivrer une puissance maximale au pont moteur durant 30 secondes pour faire passer la tonne dans la zone délicate.
Un fonctionnement avec pompe à débit variable
Positionné sur le premier essieu, le pont moteur hydraulique HPD est actionné par une pompe à débit variable. Cette dernière est actionnée par la prise de force du tracteur via une courroie simple. Le fonctionnement en débit variable permet de définir le réglage que le chauffeur souhaite appliquer durant le chantier. La valeur est fixée via la fonction Isobus de la tonne intitulée SlurryMaster 8000. Cette puissance supplémentaire peut être réglée en automatique pour une aide continue durant l’ensemble du chantier, ou ponctuelle dans le cas de l’utilisation de la fonction boost. Cette dernière permet de recevoir une puissance additionnelle de 55 kW, voire de 125 kW, mais uniquement durant une période de 30 s. Un refroidisseur intégré sur la tonne permet d’éviter la surchauffe du système.

Autre atout pour les chantiers difficiles, la tonne Genesis HPD est équipée de pneus agraires de 1,85 m de diamètre. « La machine est plus longue et moins large pour permettre le passage des roues. De ce fait, elle a plus de poids sur le tracteur », constate Johann Hervé
Étendre le catalogue progressivement
L’ETA Hervé est créée par le grand-père de Johann Hervé dans les années 60. Elle prend réellement la dimension qu’elle affiche aujourd’hui lorsque le dirigeant breton en prend les rênes au début des années 2000. « En 1997, j’ai commencé avec un peu de semis en non-labour. Rapidement, j’ai investi dans un semoir combiné en 4 m. L’entreprise compte actuellement 4 semoirs. En 2018, j’étais le premier en France à m’équiper du Horsch Focus pour le méteil et les couverts. Finalement, nous nous en servons également pour les blés ».
Les autres équipements arrivent ensuite de manière régulière dans la cour de l’ETA. Un outil d’enrubannage en 2006, une ensileuse en 2007, la tonne à lisier en 2010. Les investissements dans les outils de désherbage mécanique se font plus tard avec du binage en 2018 et un automoteur de pulvérisation en 2021.
Une bonne alternative aux automoteurs
Avant de choisir une tonne avec pont moteur pour compléter sa gamme, Johann Hervé a fait ses calculs. « Avec la tonne pleine, l’attelage incluant le tracteur représente 50 t, soit 6 t par roue, alors que les automoteurs montent à 10 t par roue », chiffre-t-il. Autre avantage, la tonne peut faire des allers-retours sur la route avec moins d’usure. « Nous n’avons pas besoin de ravitailler au champ en saison lorsque les chauffeurs manquent. Il suffit de couper le pont moteur lorsque la tonne sort de la parcelle », ajoute l’entrepreneur breton. À l’inverse, pendant les épandages sur céréales, quand les chauffeurs sont plus disponibles et les parcelles plus humides, il prévoit de baisser la pression des pneus et de réaliser le ravitaillement au champ.
L’œil du salarié
Au sein de l’ETA Hervé, c’est Aurélien qui est en charge de la tonne Samson avec pont moteur. Après quelques chantiers, il revient sur ses premières sensations. « On m’avait prévenu qu’il fallait faire attention en bout de champ. Et effectivement, si je ne contrôle pas, la tonne pousse le tracteur, ça peut être surprenant au début », relève le Breton. Pour le moment, il recourt surtout au pont moteur en pente ou lors du troisième ou quatrième tour avec la tonne, quand il commence à repasser sur des zones déjà travaillées. Le chantier qui l’a le plus marqué est une parcelle en cuvette dans laquelle le tracteur ne peut pas prendre d’élan pour aborder la pente. « Ni moi ni le client ne savions la prendre sans pont moteur. Là, je n’ai pas eu de problème avec l’essieu HPD », constate-t-il. Sur l’utilisation du boost, il a vite pris ses marques. « Le bouton est accessible, c’est assez intuitif de l’activer ».

D’une 15 000 m³ Joskin à une 31 000 m³ Samson
Dans l’histoire de l’ETA Hervé, l’activité lisier ne s’est vraiment développée qu’à partir des années 2012. « Mon père travaillait avec une 10 000 m³ Joskin. Je suis rapidement passé à une 15 000 m³, puis je l’ai vendu pour une 20 000 m³ en 2012 », se souvient Johann Hervé. En 2015, il ajoute une deuxième tonne au parc et rachète la 24 000 m³ trois essieux de la Cuma voisine. « Je l’ai changée en 2020 pour une Samson de 31 000 m³ et j’en ai profité pour changer ma 20 000 m³ Joskin contre une tonne de même capacité Samson », précise l’entrepreneur breton. La 31 000 m³ s’avère utile dans les grandes parcelles, mais montre ses limites dans les petits parcellaires morcelés du secteur. « Quand elle est équipée avec un enfouisseur, elle a trop de longueur. Nous avons du mal à entrer dans les parcelles », constate-t-il. Les années humides, le matériel plus lourd que les tonnes de 20 000 m³ montre également ses limites. L’arrivée de la Genesis avec pont moteur en troisième tonne de l’entreprise change la donne. La 31 000 m³ n’est désormais utilisée qu’avec pendillard, ce qui limite l’inconvénient de la longueur.
Le matériel d’épandage
- 1 tonne PGII 20 GENESIS HPD de 20 000 m³ Samson
- 1 tonne de 31 000 m³ Samson
- tonne de 20 000 m³ Samson
- 2 enfouisseurs de lisier à disque
- 1 pendillard
- 1 injecteur de prairie
