Agro Logic en quête de valeur

La société mayennaise est spécialisée dans le triage, le séchage et le conditionnement de graines bio d’agriculteurs locaux. Elle vient d’investir dans un site de transformation pour mieux valoriser ses produits.

Agro Logic a largement amélioré ses conditions de stockage avec son extension. ©DR

Fils de céréaliers mayennais, Vincent Seyeux s’installe en 1993 sans trop d’appétence pour le métier d’agriculteur, attiré, déjà, par le commerce. Il commence par cultiver 250 ha de blé. La rencontre avec l’association BASE (Biodiversité, Agriculture, Sol & Environnement) change sa vision et développe son goût des réseaux, des échanges, des essais et de l’innovation. En 2010, il convertit en bio 110 ha, le reste suivra, pour mieux valoriser ses produits et obtenir une forme de reconnaissance, « importante pour le monde agricole ». La diversification des cultures arrive naturellement, avec en 2011 les premiers semis de quinoa bio, qui feront pousser le projet Agro Logic. Face à l’absence de site de stockage, de débouchés spécifiques et de filière sur son territoire, il commence à réfléchir en 2015 à la création d’un outil sur son exploitation. Vincent Seyeux préfère finalement bâtir « un projet d’envergure locale, qui peut servir à d’autres ». Agro Logic démarre son activité en 2017 sur la commune de Nuillé-sur-Vicoin. L’agriculteur investit 2 M€, avec le soutien de la Région Pays de la Loire et de Laval Agglomération, dans 4 000 m² de bâtiments. 

Un outil collectif pour des productions spécifiques

L’outil collectif est destiné à trier, sécher, conditionner et expédier des céréales et légumineuses bio. Il valorise aujourd’hui entre 1 500 et 2 000 t par an. Celles-ci sont produites par 50 à 100 agriculteurs partenaires selon les années, de la Mayenne et des départements environnants, notamment bretons. Initié sur le quinoa, le projet Agro Logic s’est diversifié vers de nouvelles productions au rythme des évolutions tentées par ses agriculteurs partenaires. La gamme compte désormais une vingtaine de graines : millet, quinoa, courge, qui représentent les plus gros volumes, mais aussi lentilles, haricots, cameline, pois chiches, pois cassés, avoine, blés anciens, tournesol, sarrasin, lin, chia, chanvre… Vincent Seyeux n’est pas le dernier à mettre en place sur ses terres des essais, de nouveaux process et itinéraires techniques. Face au changement climatique, il vient de lancer, après le quinoa et le millet, une nouvelle culture résiliente face au manque d’eau avec le sorgho. Sa stratégie commerciale vise à adresser une diversité de marchés : industrie, circuit spécialisé bio mais aussi GMS, restauration collective à des volumes et un rythme bien trop bas à son goût. « La crise du bio a été surmontée grâce à notre large gamme de clients », relève-t-il. 

Un Circuit Local pour toucher la restauration

Acteur engagé sur son territoire, Vincent Seyeux a imaginé une solution pour mettre en relation les producteurs de légumineuses et céréales d’Agro Logic et les restaurateurs mayennais. Peu rentable, la distribution de petites quantités est aussi coûteuse en temps. La plateforme Circuit local contourne cet écueil en mutualisant la logistique. La livraison des produits Agro Logic et d’une trentaine de producteurs locaux (produits laitiers, maraîchers, viandes, œufs, boissons…) est même assurée en vélo pour les restaurants de Laval. La livraison de paniers en entreprises est un complément. Lauréate de l’appel à projets économie circulaire de la Région Pays de la Loire, de l’ADEME et de la DREAL, et de l’appel à projets MIAM de Laval Agglomération, son initiative Circuit Local a pu bénéficier de leurs financements pour se lancer.

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Agro Logic a largement amélioré ses conditions de stockage avec son extension.
Agro Logic a largement amélioré ses conditions de stockage avec son extension. © DR

Traçabilité et transparence

En développant Agro Logic, Vincent Seyeux a construit « une filière de valorisation et de mise en marché de produits agricoles très spécifiques, complémentaire de ce que font les coopératives ». Doté d’une dizaine de caissons, son séchoir fonctionnant avec une chaudière biomasse lui permet de traiter des lots indépendants et de garantir la traçabilité au champ et la qualité. Les produits conditionnés en petits sachets comme en gros sacs portent ainsi l’identité de la ferme d’origine. Sur les emballages à la marque « On vous ditout », un QR Code donne au consommateur des informations sur les valeurs nutritionnelles de la graine, son mode de culture et des idées recettes. Vincent Seyeux a fait le choix de retirer ses marques à consonance bio. « Je ne suis pas là pour imposer ma façon de voir les choses. Je souhaite emmener les gens dans notre histoire, tout en expliquant pourquoi nos produits sont plus chers », explique-t-il. Une de ses craintes est de voir le monde de l’agriculture biologique se recroqueviller sur lui-même. « Le bio, c’est 6 % des consommateurs, les 94 % restants m’intéressent », avance-t-il sans forfanterie. Car son modèle initial a rapidement rencontré ses limites. « Nos matières agricoles ne sont pas payées au juste prix, les charges explosent sur le site. Ce n’est pas possible de vivre uniquement en première transformation avec nos volumes », déplore-t-il.

Huiles, farines, graines extrudées…

D’où l’extension quasiment finalisée à Nuillé-sur-Vicoin pour faire entrer Agro Logic dans l’univers des produits plus transformés. Retardé par le Covid, l’investissement se monte à 2 M€, l’équivalent du chiffre d’affaires du dernier exercice, pour un bâtiment de 2 000 m² accolé à la structure existante. La Région et Laval Agglomération l’ont à nouveau soutenu, accompagnés par l’Agence Bio et l’Agence de l’eau. La société a largement agrandi ses zones de stockage et amélioré ses conditions. Elle s’est dotée de plusieurs ateliers afin de mieux valoriser des produits transformés. Une presse va lui permettre de produire des huiles de courge, de lin, de cameline, de tournesol, de colza, tandis que les tourteaux seront affectés à l’alimentation animale. Agro Logic va également produire des farines de pois chiches, de lentilles, de riz, de sarrasin, de maïs, de blé ancien, et des farines torréfiées… Des lignes d’ensachage et d’embouteillage ont été installées en parallèle. Une salle multi-usages va permettre de valoriser les graines sous différentes formes : extrudées, floconnées, torréfiées, mélangées. « Nous aurons ainsi la capacité à répondre à différents types d’industriels, de transformateurs, d’artisans, de boulangers ou pâtissiers avec des matières pas forcément disponibles sur le territoire », relève Vincent Seyeux. La transformation répond aussi à l’enjeu de la praticité, liée à la difficulté des consommateurs à appréhender et cuisiner les produits bruts. « Nous aurons cette capacité à les transformer en produits plus attractifs, voire dissimulés », précise le dirigeant d’Agro Logic. Avec ces nouvelles gammes, il entend accentuer les singularités creusées depuis 2017. « Nous sommes sur de la matière tracée, du mélange de matières, de petits volumes, avec une capacité à travailler à façon. C’est une niche dans la niche, on n’a pas le choix si l’on veut être pérennes. On est condamnés à chercher de la valeur ajoutée par tous les moyens pour financer des outils qui peuvent devenir viables et autonomes ». Malgré le dépit face aux importations à bas prix et au soutien fluctuant de l’ État aux filières vertueuses, Vincent Seyeux entend continuer à jouer son rôle local dans la mise en place de modèles résilients et les moins impactants possibles. « On réinvestit et on bifurque, il faut être agile quand on a peu de moyens », conclut-il en résumant cette nouvelle page.

Excédentaire en énergie, Agro Logic assure le séchage des graines avec une chaudière biomasse et dispose de panneaux photovoltaïques.
Excédentaire en énergie, Agro Logic assure le séchage des graines avec une chaudière biomasse et dispose de panneaux photovoltaïques. ©DR