Les manifestations sont agricoles, mais pas seulement, et à différents niveaux, des agriculteurs aux coopératives. L’écotaxe ne passe pas, voici les raisons.
L’écotaxe arrive après toute une série de frustrations imposées au monde agricole. De fait, elle focalise tout le rejet de la population agricole vis-à-vis d’une politique trop éloignée du terrain pour en comprendre le fonctionnement. Surtout que là, tout le monde trinque, l’opposition entre agriculteurs espérée par le gouvernement à l’occasion du vrai-faux débat instauré sur les 52 premiers hectares est terminée, céréaliers, éleveurs laitiers ou de races à viande se retrouvent ensemble à contester. Et à leur côté leurs coopératives.
Les agriculteurs particulièrement touchés
L’écotaxe, en quoi consiste-t-elle ? Je puise les infos de ce paragraphe d’un excellent article rédigé sur Agriculture et Environnement (lien à la fin de celui-ci). Elle concerne 800 000 poids-lourds de 3,5 tonnes et plus. Actée lors du Grenelle de l’environnement, elle était sensée entrer en vigueur en 2011 mais avait été retardée à plusieurs reprises, jusqu’à ce que le gouvernement actuel ne formalise la date du 1er janvier 2014. Son principe est de faire payer une taxe écologique à ceux qui polluent sur les routes… Sauf que son application est telle (je vous invite à lire l’article référence pour les détails révélés) qu’au lieu de réduire le carbone, elle l’augmentera.
Mais plus que son bilan environnemental déjà contestable en soi, plus que le fait qu’il s’agisse de la N-ième plus une taxe nouvelle inventée par le gouvernement actuel, c’est le fait qu’il y ait peu de postulants pour la régler qui met le monde agricole en émoi : certaines entreprises pourront relativement facilement aplanir ces nouveaux frais en les répercutant en partie sur leurs clients, les agriculteurs, eux, paieront toute la note, car la grande distribution a d’ores-et-déjà annoncé qu’elle n’augmenterait pas ses prix, et donc ne paierait pas une part.
10 à 30 000 € par an par exploitation
Un communiqué de la Chambre d’agriculture d’Ile de France chiffre les coûts pour les agriculteurs : « Avec cette nouvelle taxe (…) nos ministères semblent oublier qu’elle pénalisera aussi le transport de proximité, qui lui, ne peut se faire que par camion. Le secteur agricole va être tout particulièrement touché. Le transport de betteraves jusqu’à la sucrerie, des céréales aux ports fluviaux, d’animaux ou encore des fruits et légumes dans les magasins ou à Rungis vont tous être taxés. Pour ce dernier exemple, le surcoût moyen de cette mesure est évalué à 10 000 € / an, pouvant aller jusqu’à 30 000 € sur certaines exploitations. Or les agriculteurs ne sont pas transporteurs et ne pourront répercuter cette nouvelle charge, sans impact sur le pouvoir d’achat des consommateurs, subissant une distorsion de concurrence supplémentaire face aux produits importés.«
Politiquement, dans un entretien accordé à Ouest France (pareil, lien en fin d’article), le président socialiste de la région Bretagne Pierre Massiot a déclaré qu’il serait mieux de faire payer les distributeurs : « Il faut trouver un mécanisme national. Celui que j’ai proposé à Matignon était le fait de reporter sur la distribution ce que le ministère des Transports lui-même reconnaît être une augmentation sur le produit fini de l’ordre de 0,1 à 0,4 %. » Concédant ainsi que l’application programmée pose un réel problème. Parallèlement, 81 députés (majoritairement UMP) ont déposé un projet de loi demandant carrément le retrait de l’écotaxe. Ce projet de loi dit entre autres : « Alors que la majorité précédente avait défini une taxe de l’ordre de 12 centimes au kilomètre sur 15 000 kilomètres de routes, ce sont près de 800 000 kilomètres de routes françaises qui sont concernées par un prélèvement forfaitaire déconnecté du coût réel du transport dans le cadre de la loi du 28 mai 2013. Cette écotaxe avait été envisagée dans un contexte économique différent, celui d’avant la crise. Depuis 2009 notre pays doit faire face à une crise durable, et le secteur des transports souffre de surcroît d’une concurrence européenne forte, notamment la concurrence allemande qui bénéficie d’un coût de l’heure de conduite nettement moins élevé. Cette écotaxe poids lourds devait également inciter à une réorientation vers des transports alternatifs, plus particulièrement le ferroutage. Si en la matière des colloques ont été organisés, des rapports ont été remis, force est de constater qu’aucune réalisation concrète n’a vu le jour et que dans de très nombreuses régions, pour l’ensemble des secteurs industriels, agricoles et agroalimentaires, il n’existe pas d’alternative à la route. Dans certains secteurs, notamment l’agroalimentaire, les contraintes de fraîcheur sont telles qu’il n’existe pas d’alternative.«
Ainsi, différentes demandes sont formulées émanant d’horizons multiples, mais toutes contre l’écotaxe dans sa formulation actuelle. Au niveau des agriculteurs, on a que des « contre », avec pour seule variable le fait soit de retirer l’écotaxe en entier, soit de faire payer la distribution, soit d’exonérer de cette taxe les produits agricoles. En termes choisis, pour ne froisser personne, la FNSEA demande un « ajournement » de la taxe.
Mais peu importe les termes utilisés et les solutions proposées : en aucun cas les agriculteurs ne veulent payer.
En savoir plus : http://www.agriculture-environnement.fr/actualites,12/e%CC%81cotaxe-un-pari-perdant-perdant,888.html (l’une des sources de cet article, nous vous en recommandons la lecture) ; http://www.entreprises.ouest-france.fr/article/ecotaxe-president-region-bretagne-veut-faire-payer-distribution-25-10-2013-115317 (interview de Pierre Massiot, président du Conseil régional de la Bretagne, sur Ouest-France) ; http://www.assemblee-nationale.fr/14/propositions/pion1492.asp (projet de loi déposé par 81 députés, au premier chef Marc Le Fur).
Notre photo d’illustration est issue du site http://www.photo-libre.fr.
