Le taux d’indépendance de l’alimentation animale en matières premières riches en protéines végétales oscille autour de 55 % / 60 %. Il est supérieur de 20 points à la moyenne de l’Union européenne.
Les céréales sont les premières sources de protéines végétales disponibles destinées à l’alimentation animale et humaine. La formulation des aliments du bétail prend en compte leur teneur en protéines. Mais leur extraction et leur concentration sont trop onéreuses pour être utilisées comme ingrédient à part entière.
La fabrication d’aliments équilibrés pour nourrir en particulier des bovins-lait, des poules pondeuses et des poulets, exige le recours à des matières premières ayant des teneurs en protéines végétales au moins supérieures à 15 %. Le pois, les féveroles, le soja et le lupin rentrent dans cette catégorie. Les tourteaux de soja, de tournesol et de colza obtenus par trituration font aussi partie de cette catégorie d’ingrédients riches en protéines végétales.
« Sur cette base, le taux d’indépendance de l’industrie française de l’alimentation animale en matières premières riches en protéines végétales oscille, selon les années, entre 55 % et 60 %. Il est supérieur de 20 points à la moyenne de l’Union européenne, souligne Françoise Labalette, directrice adjointe de l’interprofession Terres Univia. Mais l’Hexagone est autonome en soja, féveroles, pois et lupin pour fabriquer les produits destinés à l’alimentation humaine ».
À l’horizon 2035, Terres Univia ambitionne la mobilisation de 500 000 ha pour accroître d’au moins cinq points l’autonomie du pays en matières premières riches en protéines végétales dédiées à l’industrie de l’alimentation animale, et pour préserver le niveau de souveraineté en protéines végétales destinées à l’alimentation humaine.

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Pour atteindre ces objectifs, la diversité des cultures de plantes protéagineuses est un atout en France. Elle contribue à limiter les risques inhérents au dérèglement climatique. A l’avenir, les agriculteurs devront aussi pouvoir compter sur la sélection végétale et notamment au recours aux NGT, pour pouvoir cultiver des plantes à la fois plus frugales en nutriments et résistantes à la sécheresse et aux maladies. Ne recourant pas aux OGM, les variétés de soja actuellement commercialisables en France ont certainement pris du retard par rapport aux variétés cultivées sur le continent américain qu’il convient de rattraper par un soutien massif à l’amélioration variétale, comme pour les autres légumineuses d’ailleurs.
À l’avenir, la sélection variétale du colza sera davantage axée sur la teneur en protéines au détriment de la richesse en fibres. Par ailleurs, il est encore possible de gagner quelques points d’efficacité sur le taux d’extraction des protéines de colza et de tournesol par trituration des graines, en les séparant mieux des fibres.
Toutefois, les céréales resteront l’ingrédient de base pour élaborer les aliments nécessaires pour nourrir les volailles, les porcins et les bovins, leurs protéines resteront la première source d’apport en nutrition animale.
Biodiesel: l’UE privilégie le colza pour son biodiesel
En Union européenne en 2024 (1), la production annuelle de biodiesel est estimée à 15,5 Mt, moins d’un quart des quantités distillées dans le monde (64 Mt). Un quart de cette production est allemande et seulement 12 % française. Elle stagne depuis cinq-six ans.
L’huile de colza (6,75 Mt) est en tête des commodités employées pour synthétiser ce biocarburant loin devant l’huile de soja et l’huile de palme.
Mais surtout, l’Union européenne transforme les deux tiers des 9 Mt d’huile de colza utilisées dans le monde pour fabriquer du biodiesel. L’huile de colza n’entre que dans 15 % dans la fabrication de Biodiesel. L’huile de palme et l’huile de soja sont les deux principales matières premières (36 Mt sur 64 Mt) utilisées.
(1) Derniers chiffres connus.
Dans les années 1990, l’Union européenne produisait 5,8 Mt de protéagineux sur 1,38 million d’hectares (Mha) (1). Trente ans plus tard, 1,7 Mha sont cultivés mais seuls 3,8 Mt sont engrangés et les rendements moyens n’excèdent pas 23 q/ha versus 43 q trente ans plus tôt. L’effondrement de la production européenne est d’abord française. Estimée à 3,9 Mt en 1993, elle n’excède plus 700 000 t trente ans après. Entre-temps la superficie a diminué de 500 000 ha et les rendements de moitié (25-30 q/ha versus 51 q /ha) mais l’Allemagne a entre-temps doublé sa superficie cultivée de protéagineux sur 190 000 ha et triplé ses récoltes (autour de 550 000 t).
La principale cause de cet effondrement est la chute de la superficie de pois protéagineux (220 000 ha ; -530 000 ha) et la réduction de moitié des rendements (environ 25-27 q/ha), selon Terres Univia.
« En France, la régression de la culture du pois protéagineux est essentiellement liée à l’émergence de l’aphanomycès (champignon restant dans le sol), à la baisse des aides PAC et à l’insuffisance de moyens de recherche variétales pour obtenir des plantes plus adaptées aux nouvelles conditions agro-pédologiques », souligne Françoise Labalette.
Pour autant, l’Hexagone reste en 2024 exportatrice nette de pois, de féveroles et de pois chiches (proche toutefois de l’équilibre) mais importatrice nette de lentilles (-38 000 t). Le Canada y a pratiquement doublé ses livraisons (22 000 t) en cinq ans.
Et en intégrant ces cultures dans les assolements des exploitations, les sols seront enrichis en matière et en azote organique. Leur bilan carbone sera amélioré.
Dans l’Union européenne en 2024, la Pologne est le premier pays producteur de protéagineux en termes de surface (286 000 ha) devant la France (208 000 ha) et l’Allemagne (191 000 ha). Mais avec des rendements plus faibles (21 q/ha), sa production équivaut à celle de sa voisine allemande (autour de 620 000 t). Et les assolements des trois pays sont différents.
L’Allemagne et la France sont les deux premiers pays producteurs européens de pois et la Pologne, en tête des pays producteurs de lupin (374 000 t). Mais rapportée à sa superficie, c’est la Lituanie qui détient la palme des pays producteurs de protéagineux (449 000 t toutes graines confondues). Elle accroît chaque année sa surface cultivée. Actuellement, elle est à peu de chose près équivalente à celle observée en France.
L’Union européenne est structurellement exportatrice nette de féveroles (280 000 t) et de pois (150 000 t) (2024) sur de petits volumes comparés aux céréales.
Mais les Pays-Bas, et dans une moindre mesure la Belgique, rendent l’UE structurellement importatrice de graines de lupin expédiées d’Australie (169 000 t importées).
À l’export hors Union européenne, les deux principaux partenaires commerciaux sont la Norvège et l’Égypte.
La première s’approvisionne en féveroles (en France aux Pays-Bas et au Danemark) et en pois outre-baltique (Lituanie, Lettonie et Danemark) pour son aquaculture. L’Égypte compte aussi sur ces deux pays baltes pour être livrée en féveroles pour l’alimentation humaine alors que la France y a perdu le marché en raison de taux de graines bruchées trop élevés.
À l’import, la Russie ne fait plus partie des pays qui approvisionnent l’Union européenne en pois. Aussi, les importations russes ont fortement reculé.
(1) Source de l’ensemble des données chiffrées : Terres Univia d’après Eurostat.