Le domaine du pays nantais a fait le pari d’une consommation modernisée en investissant 2 M€ dans une ligne de conditionnement en canettes. Une innovation en phase avec sa politique durable.
Instiller de la modernité dans un univers très codifié et ancré dans les traditions. C’est ce à quoi s’attelle au quotidien Jérôme Choblet, arrivé en 1998 au Domaine des Herbauges, né en 1864 dans le pays nantais à Bouaye et propriété de sa famille depuis 1905. Leader de son appellation Muscadet Côtes de Grandlieu, il a repris au fil des années d’autres domaines (Fief Guérin, Château de La Pierre, Les 5 Chemins) et s’associe également à des vignerons locaux pour élargir sa gamme de vins de Loire. Le centre névralgique du Domaine des Herbauges se situe sur le site historique de Bouaye où se trouvent la cave et le chai pour les phases de vinification, d’élevage et de conditionnement. Un million de bouteilles y sont produites chaque année. À côté du muscadet, plutôt en recul, le domaine se développe sur les IGP Val de Loire, en blanc, en rosé et, depuis peu, en rouge. Il pousse aussi ses cuvées bas alcool naturelles, sans désalcoolisation ni désacidification, qui ne titrent que 8,5°. « Nous avons travaillé 5 ans en R&D pour obtenir un process au vignoble et en cave pour produire ces vins légers et très aromatiques. Les consommateurs veulent des vins simples, fruités, avec de moins en moins d’alcool, c’est une tendance du marché », relève Jérôme Choblet.

30 hectares de biodiversité
Les différents domaines qu’il possède s’étendent sur 130 ha, dont 100 en vignes et 30 dédiés à la biodiversité, pour la réimplantation de haies, de différentes cultures, de zones humides et de bois. Pris il y a trois ans, ce virage est décrit en détail dans la feuille de route que le dirigeant a présentée lors de la CEC (Convention des Entreprises pour le Climat) Parcours Ouest 2024-2025. L’objectif global de réduction carbone s’élève à 25 % d’ici à 2030. En parallèle du bas-carbone le vigneron a souhaité s’engager sur le régénératif. La plantation récente de 16 ha de vignoble en vitiforesterie et l’implantation de 3,7 km de haies bocagères en 2024 et 2025 sont des concrétisations récentes de cette politique durable et tournée vers l’avenir. Une politique ancrée dans un héritage familial : en 1982, le grand-père de Jérôme Choblet était l’un des premiers exploitants européens à signer la charte du réseau FARRE (Forum de l’agriculture raisonnée respectueuse de l’environnement). Longtemps certifié en agriculture raisonnée, le Domaine des Herbauges est certifié Terra Vitis depuis 2011. « C’est la certification agroenvironnementale et RSE de la viticulture », énonce Jérôme Choblet avec une conviction d’autant plus forte qu’il a été élu récemment président de Terra Vitis au national.

L’aluminium, un choix bas-carbone
Le Domaine des Herbauges a depuis plusieurs années allégé le poids de ses bouteilles en verre, « le premier poste de dépense carbone » comme l’indique son dirigeant. Près de 40 % du bilan carbone d’une entreprise viticole proviendrait en effet du flacon en verre. En quelques années, les bouteilles du domaine ont fondu de 720 à 385 g et des essais sur des bouteilles pesant 320 g sont prévus cet été. Pour aller plus loin dans l’éco-conception, Jérôme Choblet s’est lancé dans l’implantation d’une ligne de conditionnement en canettes directement sur son domaine, un projet qui a nécessité cinq ans de mise en place. Le différentiel est saisissant : l’empreinte carbone des canettes en aluminium est environ 72 fois plus faible à celle des bouteilles en verre. Sur une seule unité, l’économie se chiffre à 345 g de CO₂. Mais ce choix d’investir dans la canette répond aussi à des enjeux d’une consommation plus modérée et modernisée, afin de séduire les jeunes consommateurs, davantage attirés par les bières ou les alcools forts. « La portion individuelle, c’est plus simple pour eux que la bouteille de vin. Nous avons travaillé notre gamme côté design et marketing avec des codes très simples. On ne parle plus de terroir chez nous, on parle de fruits, d’arômes, de plaisir, d’instant de consommation », développe le vigneron.

Les canettes chez Carrefour Proximité
Le chef d’entreprise a donc investi 2 M€ pour se positionner sur ce nouveau marché. Il a opté pour une ligne de conditionnement pilote 3621 FE CAN du spécialiste italien GAI. « Cette ligne est spécifiquement conçue pour le vin. Elle est unique en Europe, il en existe une aux États-Unis et une autre au Canada », révèle Jérôme Choblet. Entièrement automatisée, cette ligne de dernière génération permet de travailler différentes tailles, avec une capacité de production de 4 000 canettes/heure. L’outil « nous permet de conditionner nos vins directement au domaine, en préservant leur pureté et leur équilibre », ajoute le dirigeant, satisfait du démarrage fulgurant de sa production. La ligne a sorti 2 millions de canettes en 2025, contre 400 000 prévues, et terminera l’année au-dessus des 10 millions, contre un maximum de 3 millions attendu. Afin de rentabiliser son investissement, le Domaine des Herbauges conditionne en sous-traitance pour d’autres vignerons. Les canettes à sa marque étaient jusqu’ici exportées. On les retrouvera en juin dans le réseau de proximité de Carrefour, distributeur partenaire historique du domaine. Carrefour commercialisera les six références de la gamme Verdevin (bulles, rouge, rosé, chardonnay, blanc à 8,5°, muscadet). « Le marché du vin en canettes n’existe pas en France. On va le lancer avec Carrefour, le distributeur le mieux armé pour cela. Son réseau de proximité s’adresse à une clientèle qui cherche de la nouveauté », note Jérôme Choblet.
Au domaine, l’investissement dans la ligne de conditionnement en canettes en génère déjà de nouveaux. Une nouvelle cave de 1 000 m², pour le stockage, est en construction. À l’horizon 2027, Jérôme Choblet prévoit déjà d’installer une deuxième ligne de conditionnement en canettes plus rapide, capable de sortir 20 000 unités/h. La récupération du CO₂ issu de la fermentation pour le réutiliser pour la gazéification des vins en canettes est aussi en projet. Tout en préparant la transmission du Domaine des Herbauges, son patron conduit donc « deux virages stratégiques en même temps, l’un vers l’environnemental fort, la recherche de la croissance frugale et le régénératif, l’autre vers les vins bas alcool et la canette ». D’autres chantiers sont à venir pour sortir de la monoculture, « vouée à l’échec ». De nouvelles cultures, comme le chanvre ou le thé, mais aussi de l’élevage pourraient s’inviter dans les 35 % de la SAU dédiés demain à la biodiversité. Autre bouleversement attendu : l’abandon progressif du cépage melon, unique constituant des muscadets, pour des cépages plus résistants au changement climatique et produisant des vins plus fruités et moins alcoolisés.

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ENCADRE
L’export à 90 %
Le Domaine des Herbauges exporte 90 % de sa production dans une trentaine de pays. Ce choix stratégique a été opéré par Jérôme Choblet durant les années 2006 à 2009 pour diversifier ses marchés. « Nous dépendions d’un client français pour 70 % de nos ventes », relate le vigneron. Celui-ci parcourt la planète pour faire connaître ses vins de Loire et son domaine, certifié BRC (British Retail Consortium) depuis 2023 et IFS. La Grande-Bretagne et la Corée du Sud sont ses deux principaux marchés. Pour le marché britannique, le Brexit a été un accélérateur de croissance. « Nous avons obtenu les accréditations pour dédouaner nos livraisons chez nous et pris la place de petits vignerons qui n’étaient pas en capacité de le faire », explique Jérôme Choblet.