Maraîcher, mais pour tomates françaises, goûteuses et durables

Au sud-est de Rennes, Boris Duval a repris 4 ha de serres. Cerises ou grappe, le jeune maraîcher se consacre entièrement à la production de tomates.

Boris Duval s’est installé en reprenant des serres maraîchères à Janzé (35) ©DR

Boris Duval a grandi parmi les plants de tomates, chez ses parents producteurs à Melesse, au nord de Rennes (35), où il travaillait pendant les étés. Passionné par le maraîchage, il passe un BTS productions horticoles, puis suit la formation Agricadre à l’ESA. Une fois diplômé, Boris Duval travaille comme chef de culture dans le sud de la France puis en Australie, pendant trois ans. La trentaine arrivant, l’envie de s’installer se fait jour. « Pour tout un tas de raisons, je n’avais pas envie de m’installer sur l’exploitation familiale, reconnaît Boris Duval. Je commençais à visiter des serres à reprendre quand j’ai été contacté par une agence spécialisée dans la vente d’exploitations agricoles qui m’a parlé d’une structure au Canada, qui produit des fraises, des framboises et des mûres. Je suis allé là-bas en août 2023 pendant 15 jours, le projet était enclenché quand le vendeur a fait machine arrière ». Ce revers ne décourage pas le jeune homme dans son projet d’installation. « Le comptable de mon père était au courant de mon projet. Il m’a parlé, avant même publication de l’annonce, d’une exploitation à vendre ». Cette fois, sera la bonne : Boris Duval prend contact avec Jean-Sébastien Genson, qui travaille, comme son père, avec la coopérative Solarenn. Installé depuis 2003, à Janzé (35), en ayant succédé lui-même à son père, Jean-Sébastien Genson souhaite transmettre son entreprise maraîchère. « Jean-Sébastien avait fait le tour de son métier, il avait envie d’autre chose, de retrouver du temps pour sa famille, de mettre son énergie dans un autre projet », partage Boris Duval. La première rencontre a lieu en décembre 2024. Un an plus tard, Boris Duval est chef d’exploitation, à la tête de 4 ha de serres. « C’est une chance d’avoir pu reprendre un outil existant, apprécie Boris Duval. Je savais que pour m’installer il fallait trouver des serres à reprendre car la construction de serres neuves est hors de prix ».

Un an pour préparer son installation

Au cours de cette année, Boris Duval a réalisé son parcours à l’installation, rempli toutes les formalités administratives et monté son dossier de financement pour la reprise des 4 ha de serres sur 8 ha de foncier. « À partir des bilans comptables des 3 dernières années transmis par Jean-Sébastien, j’ai réalisé avec mon centre de gestion un prévisionnel et un business plan pour aller voir les banques », retrace Boris Duval, qui a construit son financement avec un pool bancaire « rassuré par mon expérience et le soutien de mon père ».

Durant les trois mois précédent son installation, Boris Duval a travaillé en binôme avec Jean-Sébastien Genson. « Cette période de tuilage m’a permis d’avoir une idée globale de l’organisation, de rencontrer les salariés et les fournisseurs ».

Plans de tomates
Les exigences de qualité demandent à ce que les tomates soient récoltées au bon stade. Ce qui peut exiger des récoltes 6 jours sur 7 ©DR

Comme son prédécesseur, le jeune maraîcher a choisi de travailler avec la coopérative Solarenn. « Je veux me concentrer sur la partie technique. Pour cela, je préfère déléguer la vente à la coopérative », estime Boris Duval. Sur ses 4 ha, les deux tiers sont cultivés en tomates cerise, cœur de pigeon, rondes, et de couleur, qui sont conditionnées à la coopérative. Un tiers est en tomates en grappes, qui, elles, sont conditionnées sur place.

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Le poids des charges

La main d’œuvre, le coût de l’énergie et des engrais, la disponibilité en eau sont des éléments clés pour la pérennité et la viabilité de la production de tomates. « Dans mon coût de revient, la main d’œuvre pèse pour 30 %, l’énergie autant, calcule Boris Duval. Mais recruter du personnel est mon premier problème. Il faut trouver les bonnes personnes. La motivation compte plus que l’expérience. En plus, embaucher est une sacrée charge administrative. Une embauche c’est 28 pages de papiers à remplir ». De la mi-février à la mi-octobre, le jeune maraîcher a besoin d’une cinquantaine de personnes pour assurer la récolte. En période creuse, elles ne seront plus que 16. Face aux difficultés de recrutement, beaucoup de salariés viennent de l’étranger. « Malgré le recrutement par des agences spécialisées, il peut y avoir des problèmes de papiers, des gens qui repartent, la barrière de la langue », reconnaît Boris Duval. Cette année, il a organisé deux job dating avec France Travail et l’ANEFA. « Pour attirer, je rémunère au-dessus du Smic. Un travail sur l’ergonomie a été réalisé pour réduire la pénibilité de certaines tâches. Mais trouver et fidéliser du personnel reste un challenge », reconnaît Boris Duval. Ce qui rend d’autant plus exaspérante la concurrence marocaine. « Au Maroc, le salaire est de 15 € par jour quand on est à 15 € l’heure en France, alerte Boris Duval. Pour des produits demandant beaucoup de main-d’œuvre, comme les tomates cerise, c’est une concurrence déloyale ».

Face au poids qu’elle représente dans le coût de production, Boris Duval s’est fixé comme priorité de travailler sur la gestion de la main-d’œuvre. « Pour l’instant, j’ai un poids de main-d’œuvre élevé, car il y a eu beaucoup de changements dans l’équipe. Je veux arriver à fidéliser plus de salariés. J’ai déjà apporté quelques améliorations aux conditions de travail, par exemple avec de nouveaux vestiaires et sanitaires ».

Entrepôt d'exploitation maraîchère de tomates
Les tomates en grappes sont conditionnées sur l’exploitation ©DR

Devenir énergéticien

L’énergie est l’autre principal poste de charges pour Boris Duval. Ses serres sont chauffées par la cogénération d’un moteur thermique qui fonctionne au gaz. L’électricité est vendue. En complément, Boris Duval dispose aussi d’une chaudière au gaz. « Je travaille à contenir la consommation. J’ai déjà remplacé de petits ballons d’eau chaude par un plus performant. En parallèle, je cherche à optimiser le mix énergétique pour réduire les coûts, souligne-t-il. Par la force des choses, on devient vite énergéticien. J’étudie l’intérêt d’une chaudière électrique, car le prix de l’électricité varie moins que celui du pétrole ou du gaz. On a un groupe de travail à la coopérative pour trouver des solutions collectivement. Par exemple, on a mutualisé les achats d’électricité ».

Préserver son accès à l’eau

Pour leur croissance, les plants de tomates ont aussi besoin d’eau en quantité. « Par une belle journée d’été, la consommation monte à 10 l/m², chiffre Boris Duval. L’accès à l’eau peut vite devenir un problème. Quand on repense à l’été 2022, on n’est pas à l’abri de restrictions sur l’irrigation. Il est nécessaire d’anticiper en gagnant en autonomie, notamment par le stockage d’eau de pluie ». En plus d’avoir deux forages, l’exploitation est équipée pour que les eaux de toiture soient stockées dans un étang. « Je réfléchis à agrandir les capacités de stockage », confie Boris Duval. En complément, le jeune maraîcher travaille à réduire les prélèvements. Il a installé un système d’ultrafiltration pour l’eau de drainage, qui permet d’assainir l’eau non utilisée par les plantes des virus et maladies et de récupérer les engrais non consommés pour les réutiliser.

Conditionnement des tomates en grappes
Les tomates en grappes sont conditionnées sur l’exploitation ©DR

Une nécessaire maîtrise du sanitaire

La production de tomates est une monoculture pour laquelle la maîtrise du sanitaire – maladies, insectes, virus – est essentielle aux performances, mais aussi pour le respect du cahier des charges « cultivées sans pesticides de synthèse ». « Cela nous impose les mêmes exigences qu’en bio, à savoir pas de produit de synthèse, que du biocontrôle et des lâchers d’insectes », détaille Boris Duval. La gestion du sanitaire passe aussi par des pratiques adaptées : la serre est séparée en deux unités, des mesures de désinfection sont appliquées au matériel comme au personnel avec une désinfection des mains dès leur arrivée. Les résidus de matières organiques, comme les feuilles, les tomates impropres à la vente, sont enlevés toutes les semaines et alimentent l’unité collective de méthanisation de Janzé. 

L’arrivée sur le territoire français d’un nouveau virus, le ToBRFV (Tomato Brown Rugose Fruit Virus ou virus du fruit rugueux de la tomate brune), oblige les producteurs à redoubler de précautions. « Ce virus a une durée de vie de 45 jours. Il peut être véhiculé par les mains et les chaussures, explique Boris Duval. Nous utilisons des plants résistants, mais ce virus mute rapidement. Face à son développement, j’ai renforcé les mesures sanitaires ».

Malgré tous ces défis à relever, Boris Duval s’épanouit dans son métier et montre qu’une nouvelle génération est prête à produire des tomates françaises, goûteuses et respectueuses de l’environnement.

Solarenn en chiffres

5e OP tomates en France, la coopérative Solarenn regroupe 25 producteurs du bassin rennais.

En 2025, elle a commercialisé 22 000 t de produits pour un chiffre d’affaires de 55 M€. En plus de segmenter sa production de tomates, la coopérative diversifie ses activités avec des fraises, des courgettes et des mini-pastèques.