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Les agressions répétées anti-viande entrainent une réaction groupée pour défendre la ruralité

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Le véganisme est-il un effet de mode ou une réelle modification de notre société ? Finalement peu importe, tant que ceux qui décident d'arrêter la viande n'engagent qu'eux mêmes, chacun est libre. En revanche, ces derniers mois ont vu se multiplier des agressions criminelles telles que bouchers, charcutiers, fromagers, éleveurs, ou autres chasseurs ont décidé de se regrouper pour réclamer "la liberté alimentaire".

Ce mercredi 26 septembre, la place située devant l'abattoir de Houdan (Yvelines) regorge de monde. 500 agriculteurs (Fdsea, JA, Coordination rurale), éleveurs, chasseurs, bouchers, fromagers, ou autres sympathisants sont venus clamer leur ras-le-bol. Cette opération, nommée "copains comme cochons", consiste à dénoncer les exactions de ceux qui, parmi les vegans, ont des comportements extrémistes. La tendance voulant qu'il existe de plus en plus de personnes qui ne souhaitent plus manger de produits issus de la viande n'est, en l'occurrence, pas remise en cause (éventuellement contestée dans le débat d'idées, mais ce rassemblement n'a pas été organisé pour cela). Ce sont les actes délictueux, les agressions criminelles qui sont signalées.

Cédric Neveu est boucher, il tient la Boucherie du Parc, à Epinay. Il a eu sa vitrine fracassée. "Il y a eu 110 agressions contre des bouchers ou des fromagers depuis le début de l'année, témoigne-t-il à WikiAgri. Dont la moitié en pulvérisant la vitrine et en saccageant le magasin." Alors il est venu exprimer son "ras-le-bol". Lui et ses confrères déplorent non seulement les agressions, mais aussi les méthodes utilisées : "Toutes les attaques ont lieu par des hommes cagoulés, entre minuit et 4 heures du matin, uniquement vers des magasins isolés, jamais vers un étal de grande surface par exemple."

L'opération "Copains comme cochons" rassemble ainsi beaucoup de monde. Une fromagère, physiquement plutôt menue, témoigne en tribune de l'agression dont elle a été victime. Elle a visiblement été choquée, comme n'importe qui après une agression. Elle n'a toujours pas compris en quoi vendre des fromages de chèvre ou des camemberts lui avait valu d'avoir, elle aussi, sa boutique caillassée, au même titre que celle d'un voisin boucher et d'un autre charcutier à Saint-Arnoult-en-Yvelines. Elle raconte comment son traumatisme a été ressenti jusque chez ses clients, qu'elle a dû rassurer, alors qu'elle-même, visiblement, est restée secouée...

Toutes les attaques ont lieu de nuit et sont commises par des individus cagoulés

Au passage, puisque ce sont des commerces de proximité qui sont attaqués, il ressort aussi que c'est l'ensemble de la ruralité qui est visée. Ils sont déjà de moins en moins nombreux au profit des grandes surfaces, d'où des désertifications jusqu'aux centres-villes...

C'est donc dans cet esprit de mettre un coup d'arrêt à ces actions que ces différentes victimes se retrouvent. La Coordination rurale fait circuler un document intitulé "éleveurs debout devant les abattoirs" qui reprend différents arguments en faveur de la filière viande, et tente d'en démolir d'autres en sa défaveur mis en avant par les mouvements vegans. Un céréalier drapé de jaune (couleur syndicale) explique ainsi à WikiAgri : "Moi, je suis venu de Seine-et-Marne et je suis producteur de céréales. Déjà, je suis solidaire des éleveurs, j'en ai parmi mes voisins. Ensuite, même pour moi, pour mes débouchés, je n'oublie que 55 % du blé est commercialisé pour nourrir les filières animales. Si on venait à les supprimer, je perdrais moi aussi ma raison d'exister."

Les Fdsea et les JA (Ile de France et Eure-et-Loir, département tout proche) expriment en tribune de réelles inquiétudes face à la passivité devant les exactions : "On a le droit de ne pas aimer la viande, mais pas de vouloir détruire des filières économiques qui font vivre des territoires entiers, et cela sans débat, uniquement par des actions terroristes", ont-ils dit en substance.

Charles-Hubert de Bellaigue, vice-président Essonne de la Ficif (fédération interdépartementale des chasseurs d'Ile de France) précise à WikiAgri : "De nombreux agriculteurs figurent parmi les chasseurs, nos viandes sont venues en boucheries... Ces actions nous portent tout autant préjudice qu'à eux. Notre place est à leurs côtés, nous devons défendre nos valeurs territoriales."

Une tribune nationale "Mangeons librement" contre les actions extrémistes

Christophe Hillairet, président de la Chambre d'agriculture d'Ile de France, est à l'origine d'une tribune, intitulée "Mangeons librement", qui est donc partie ce mercredi de Houdan et qui a vocation à devenir nationale, portée par l'APCA (les chambres d'agriculture), la Fnsea, les bouchers, les chasseurs, mais aussi des politiques (la sénatrice Sophie Primas était présente à Houdan mercredi) et d'autres relais inquiets de cette montée de la violence face aux commerces de proximité.

Cette tribune rappelle dans un premier temps toute l'implication tant du monde paysan que des artisans commerçants dans l'animation des territoires ruraux, en termes économique, d'emplois, et tout simplement de bien-vivre.

Puis, il est écrit (morceaux choisis) : "Mais aujourd'hui, nous sommes confrontés à un problème majeur qui perturbe nos équilibres sociétaux au plus profond : certains milieux font de l'extrémisme alimentaire et nous tenons à dénoncer avec la plus grande fermeté leurs actions et leurs modes de pensées. Cet extrémisme alimentaire est aussi dangereux que les formes de terrorismes actuelles, quelles qu'elles soient. En tentant d'imposer un mode de pensée, un mode de consommation, nous sommes face à un extrémisme revendiqué qui dépasse le simple cadre alimentaire et veut déstabiliser nos fonctionnements républicains. (...) Les modes opératoires violents et radicaux qui prônent l'action directe et la désobéissance civile pour faire passer ces idées sont inacceptables et intolérables. Ces méthodes se rapprochent d'un intégrisme sectaire (...). Ces idéologues apparentent l'industrie de la viande à un "holocauste" en comparant la fin de l'exploitation animale à l'abolition de l'esclavage et prônent purement et simplement la disparition de l'industrie de la viande au mépris des conséquences sur les emplois, les filières, l'agriculture, nos territoires. (...) Est-ce cela que nous voulons offrir à nos enfants, à nous consommateurs ? Un droit à faire régner la peur, un droit à l'anarchie parce que nous mangeons une blanquette de veau, un cassoulet ou un hamburger ? (...) Ces croisades alimentaires menées par une très faible minorité de la population française n'ont pas le droit de faire régner la terreur. Nous refuserons toujours de nous laisser dicter nos choix alimentaires et nos choix de consommateurs. (...) Nous défendons notre liberté à consommer de la viande, des fruits, des légumes, du fromage, des produits laitiers... Nous demandons solennellement que l'Etat républicain remette de l'ordre et fasse respecter le libre arbitre alimentaire de chacun. Il doit protéger nos traditions, notre alimentation, nos emplois, nos filières. Nous prônons la liberté alimentaire !"

Cette tribune a vocation à faire bouger les lignes, non seulement à alerter mais encore à inciter les décideurs à dissoudre certaines associations jugées extrémistes, celles qui appellent ouvertement à passer à l'action contre les artisans notamment.

Dernière minute, 80 personnes au chômage technique après l'incendie criminel d'un abattoir

Un incendie, "vraisemblement criminel" selon Le Progrès (des bidons d'essence ont été retrouvés sur le site), a détruit les abattoirs Gesler dans l'Ain. 40 boeufs et 17 veaux vivants ont été pris dans l'incendie, selon un communiqué de l'abattoir. Les 80 membres du personnel ont été mis au chômage technique. Sur son compte Facebook, la sénatrice Sylvie Goy-Chavent a réagi en ces termes : "Cet incendie qui a frappé les abattoirs Gesler est un drame humain et économique qui montre à quel point la ruralité est fragile. Connaissant cette entreprise familiale, je suis scandalisée par cet acte criminel et j’espère que les auteurs de ces méfaits seront très vite appréhendés et fortement condamnés. Myriam Gesler et tous les membres de cette entreprise savent qu’ils peuvent compter sur mon soutien sans faille."


Les photos qui suivent ont été prises mercredi soir devant l'abattoir de Houdan.

Ci-dessous, des bouchers agressés récemment. La pancarte est une photo d'une de leurs vitrines.

Les chasseurs ont affiché leur soutien.

La sénatrice Sophie Primas écoute les artisans agressés.

Deux céréaliers solidaires parmi les syndiqués de la Coordination rurale qui se joint à l'organisation du syndicalisme majoritaire.

Christophe Hillairet (qui tient le micro) est à l'origine d'une tribune qu'il souhaite porter nationalement.

Près de 500 éleveurs, artisans, chasseurs ou autres sympathisants de la cause se sont donnés rendez-vous devant l'abattoir de Houdan mercredi soir.

En tribune, des représentants syndicaux, des maires et autres élus départementaux, une sénatrice, un chasseur, des artisans... Tout le tissu rural est mis en danger par les actions criminelles.

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Auteur : Jeandey Antoine
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Journaliste professionnel depuis 1987. Collaborations multiples et variées dans la presse agricole. J'ai été rédacteur en chef de JA Mag (mensuel du syndicat...

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