Le désherbage du futur est déjà dans les champs

Face au retrait des matières actives et au développement de l’intelligence artificielle, le désherbage se réinvente à toute vitesse. Si les producteurs de betterave se sont déjà emparés de la pulvérisation localisée et du robot Farmdroïd, un éventail de technologies reste à exploiter, à l’image du laser en plein développement sur les légumes de plein champ.

L'ITB teste des itinéraires culturaux intégrant du désherbage mécanique © ITB

Le récent retrait du S-métolachlore symbolise la disparition progressive des molécules de désherbage. Pour la filière betterave, c’est une approche complète à réinventer pour garder des champs propres et des cultures rentables. Si le zéro phyto n’est pas d’actualité, il est clair que la chimie ne représentera plus l’alpha et l’oméga du désherbage à l’avenir. Pourtant, l’espoir d’un désherbage efficace reste de mise. Dans les champs, des innovations encore inimaginables il y a dix ans sont déjà à l’œuvre. « Sans le Farmdroïd, j’aurais arrêté la betterave bio », annonce d’emblée Damien Blondel, exploitant bio dans la Marne et adhérent de Cristal Union. Après deux ans de désherbage manuel, il était prêt à jeter l’éponge. Il décide alors d’investir dans ce robot autonome qui géolocalise chaque graine qu’il plante, ce qui lui permet de biner au plus près lors des passages suivants. « Le Farmdroïd me permet de semer et de désherber la culture avec une efficacité équivalente à 150 h/ha de désherbage manuel », décrit le producteur. Si quelques chénopodes réussissent à se développer dans la zone non binée à proximité de la culture, l’impact sur le rendement reste acceptable pour Damien Blondel.

En géolocalisant les graines qu'il sème, le robot peut désherber avec une grande précision sans endommager les betteraves
En géolocalisant les graines qu’il sème, le robot peut désherber avec une grande précision sans endommager les betteraves © TD

L’Institut technique de la betterave (ITB), qui a également testé l’outil, confirme son intérêt. « Il y a une cinquantaine de machines en fonctionnement chez des producteurs bio », chiffre Thomas Leborgne, chargé de mission agroéquipement au sein de l’ITB. Il reste néanmoins prudent sur l’utilisation actuelle de cet équipement en conventionnel, avec un retour sur investissement moins important qu’en bio.

L’IA entre dans la bataille contre les herbes

La filière betterave pourrait s’inspirer des pratiques de ses collègues maraîchers de la carotte et de l’oignon. Handicapés par la même dynamique de retrait de molécules herbicides sur des cultures très sensibles à la concurrence des adventices, les légumiers sont entrés dans l’ère du laser. Le constructeur américain CarbonRobotics annonce déjà près d’une dizaine d’unités vendues en France, notamment dans les grandes parcelles de carotte des Landes. Dans les champs, c’est un vrai remake de Star Wars qui se joue. Alimenté par les images des caméras, l’algorithme de la machine déclenche un faisceau laser dès qu’une adventice est identifiée. Ne reste alors qu’un impact gris sur le sol et les restes de feuilles sans tige, si l’adventice était déjà développée. « Je suis allé le voir en fonctionnement sur oignon. Ça a l’air de bien fonctionner, mais le prix est hors de portée pour 14 ha de betterave », constate Damien Blondel. Et pour cause, le montant de l’investissement s’élève à plus de 1,5 million d’euros, sans compter l’abonnement annuel à plusieurs dizaines de milliers d’euros. Pour autant, la situation pourrait rapidement évoluer. Escarda, un concurrent allemand arrivé sur le marché français en 2025, annonce un coût de destruction de l’adventice dix fois inférieur à celui du matériel américain.

Avec Ecorobotix, l'IFT est réduit en moyenne de 80%
Avec Ecorobotix, l’IFT est réduit en moyenne de 80 % ©. Ecorobotix

Pulvériser moins et mieux

Paradoxalement, les premiers utilisateurs d’algorithmes pour identifier les adventices en France ont été les constructeurs de pulvérisateurs, ouvrant la voie à un traitement ciblé. Ecorobotix annonce déjà plus d’une centaine d’utilisateurs de son outil Ara en France, principalement sur oignon. En betteraves, ce sont 1 500 ha qui ont été traités en 2025, et 3 000 ha depuis le lancement de l’algorithme dédié en 2023. Lorsque les caméras détectent une adventice, elles déclenchent une buse qui cible une zone de 6 cm x 6 cm. « Certains producteurs déjà équipés pour d’autres cultures peuvent également l’utiliser sur betterave », confirme le spécialiste de l’ITB. À terme, plusieurs acteurs agricoles espèrent que ce type de technologie pourra permettre de revoir les modalités d’évaluation des molécules et peut-être en préserver certaines.

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Des rampes spécialisées dans la pulvérisation localisée ont été testées par l'ITB
Des rampes spécialisées dans la pulvérisation localisée ont été testées par l’ITB © ITB

Sans aller jusqu’au ciblage des adventices, la location de la pulvérisation intéresse l’ITB. « Cela ouvre la possibilité de ne traiter que le rang pour réduire les doses. Pour y accéder, les producteurs n’ont plus besoin d’acheter des rampes spécifiques, car de nombreux constructeurs proposent désormais des réglages adaptés sur des rampes classiques », évoque Thomas Leborgne. 

Le désherbage électrique reste dans le courant

D’autres technologies sont également en lice comme une alternative à la chimie. C’est le cas du désherbage électrique qui a obtenu des résultats intéressants sur la carotte avec la technologie Nucrop, mais dont les essais ont été arrêtés en 2025. La technologie en développement du constructeur Andela pourrait par ailleurs s’avérer intéressante. Ce robot autonome utilise un algorithme de reconnaissance des adventices avant de les cibler avec des électrodes en forme de doigt.

Les basiques : binage et hersage

Pour compléter cette pulvérisation localisée, le binage et le hersage s’imposent sur l’inter-rang. « Nous étudions comment intégrer plus largement le binage et les passages de herses étrilles dans l’itinéraire cultural », confie Thomas Leborgne. D’autant plus que les équipements évoluent. Encore peu utilisées en conventionnel, les bineuses inter-plants Robotcrop Inrow de Garford ou IC Weeder de Lemken ont récemment été rejointes par celles du constructeur Ulmana. Avec des caméras de détection des betteraves de plus en plus performantes, ces bineuses ne se cantonnent plus à l’inter-rang et viennent au plus près des betteraves. L’amélioration continue des algorithmes de reconnaissance pourrait les rendre incontournables à l’avenir. Ces mêmes algorithmes de reconnaissance ont servi de base au développement du Odd.Bot. Ce robot équipé d’une pince est capable de retirer les adventices par préhensions et travaille à raison de 2 ha/jour. L’avenir du désherbage se révèle fascinant de découvertes.

Avec sa pince articulée, Odd.Bot permet d'arracher les adventices par préhension
Avec sa pince articulée, Odd.Bot permet d’arracher les adventices par préhension © TD

Tanguy Dhelin