La production mondiale de colza stagne autour de 95 Mt alors que celle de soja (429 Mt) n’en finit pas de croître. Mais dans les pays où la crucifère est cultivée, elle est indispensable pour sécuriser une partie de la souveraineté en protéines végétales. Environ 18 Mt de graines de colza sont échangées dans le monde par un nombre très restreint de pays.
95 millions de tonnes (Mt), c’est la production mondiale de colza et de canola selon le Conseil international des céréales (CIC). Les graines sont transformées en tourteaux (49 Mt en 2024) et en huile (35 Mt).
Le « colza » se rapporte aux plantes oléagineuses originelles des espèces B. napus et B. Rapa. Ses graines sont destinées à la fabrication de lubrifiant ou de biodiesel. Alors que le « canola » rassemble les nouvelles variétés de ces crucifères obtenues par croisement pour être comestibles par l’homme ou les animaux d’élevage. La teneur de leurs graines en acide érucique est inférieure à 2 % et celle en glucosinolates à 30 µmol par gramme de tourteau déshuilé et séché à l’air. Mais les prévisions conjoncturelles du CIC ou l’USDA portent indifféremment sur les deux espèces cultivées, sans distinction.
« En 2026-2027, dans le monde, les superficies moissonnées devraient rester globalement inchangées d’une année sur l’autre, à un peu plus de 44 millions d’ha». Mais la culture du colza et du canola est très sensible aux aléas climatiques. Sa production évolue au gré des conditions météorologiques. D’une année à l’autre, les récoltes varient de plus ou moins 10 % alors que celle de soja n’en finit pas de progresser (426 Mt ; + 50 Mt en quatre campagnes), quand seules 54 Mt de graines de tournesol sont moissonnées chaque année.
Pour autant, le colza est essentiellement cultivé dans les régions et sous des climats peu propices à la culture massive de soja. La crucifère est alors l’un des piliers de la souveraineté en protéines végétales des pays qui l’ont adoptée.

Vous n'avez encore rien lu !
Découvrez le magazine en intégral pour plonger au coeur de ce focus exclusif.
L’Ukraine souveraine aux portes de l’UE
Le Canada et l’Australie sont les deux principaux pays exportateurs majeurs de graines de colza de la planète : ils commercialisent plus des deux tiers des graines échangées dans le monde (13 Mt sur 18 Mt). L’Ukraine est loin derrière en troisième position avec ses 3,2 Mt engrangées, mais elle exporte les deux tiers de sa récolte. Et depuis la guerre, sa production décline.
Mais à la frontière de l’UE, l’Ukraine est le seul pays européen excédentaire en protéines végétales. Lorsqu’elle en sera membre, ses productions d’oléo-protéagineux (colza, soja, tournesol) renforceront la souveraineté en protéines végétales des vingt-sept États membres actuels.
En attendant, l’Union européenne et le Canada sont actuellement les deux premiers pays producteurs au monde de colza (environ 21 Mt chacun en 2025). Ils récoltent à eux deux près de la moitié de la production mondiale.
La crucifère est d’abord consommée sous forme d’huile et de tourteaux dans les pays où elle a été cultivée. L’Inde (12 Mt) et la Chine (16 Mt) sont deux exemples notoires.
L’essentiel de l’export repose sur la commercialisation de graines. Ces dernières sont triturées et pressées par les pays destinataires. L’Union européenne (7 Mt), la Chine et le Japon (6 Mt) sont les trois principaux pays importateurs au monde de colza. En Amérique du Nord, le Mexique et les États-Unis n’achètent qu’1,7 Mt de graines canadiennes.
Les marchés mondiaux de l’huile et des tourteaux ne portent que sur 7,7 Mt et 10,1 Mt selon l’USDA. Le Canada pilote à lui seul la moitié des échanges commerciaux de ces deux commodités.
Depuis le début de la campagne, les prix sont globalement stables, évoluant entre 480 et 490 € la tonne sur le marché de Rouen. Les cours des tourteaux et de l’huile de colza sont intrinsèquement liés aux autres commodités oléo-protéiques, mais aussi aux prix du pétrole et du gaz.
La géopolitique guide souvent les cours de la crucifère. Lorsque la Russie a déclenché en 2022 ses hostilités à l’égard de l’Ukraine, les cours de la graine de colza avaient explosé dans le sillage de ceux du tournesol. À la fin du mois de janvier, le marché à terme s’est redressé rapidement lorsque la Chine a réduit de 85 % à 15 % les taxes imposées au colza importé du Canada. Les frais douaniers sur le tourteau de canola devraient être supprimés.
La planète a besoin de toutes les productions d’oléagineux cultivées dans le monde pour couvrir ses besoins. Les marchés mondiaux d’oléo-protéagineux (toutes graines confondues) sont à peine équilibrés, la production (+77 Mt, 760 Mt) peinant à suivre péniblement la demande mondiale de graines (743 Mt ; +70 Mt). Aussi, les stocks équivalent à 1/5e de la consommation mondiale.
La France, une position singulière
L’Hexagone doit une partie de son autonomie en matières riches en protéines végétales à sa culture de colza. Selon Agreste, 7,3 Mt d’oléo-protéagineux ont été récoltées en France en 2025 dont 4,8 Mt de colza, 1,6 Mt de tournesol et 357 000 t de soja. Ces trente dernières années, la production d’oléo-protéagineux a explosé en France car celle de colza a été multipliée par 8.
Par ailleurs, 527 000 t de pois et 313 000 t de féveroles ont été engrangées, souligne encore Agreste.
En 2025, les exportations hexagonales d’oléo-protéagineux se sont élevées à 1,8 Mds d’euros note encore Agreste et, celles de tourteaux et d’huile à 2,6 Md€. Pour autant, le solde commercial français est déficitaire de 2,6 Md€ (dont 2,4 Mds d’huile et de tourteaux) (1).
Mais la France consomme autour de 7 Mt de tourteaux d’oléo-protéagineux (1) et 2 Mt d’huiles.
Aussi, elle importe les graines et les tourteaux qu’elle ne produit pas en quantités suffisantes. Pour autant, le taux d’autosuffisance en protéines végétales de la France est compris entre 55 % et 60 % selon les années…. Une « anomalie » européenne puisqu’à l’échelle des Vingt-sept, le taux de souveraineté n’excède pas 35 %. Autrement dit, près des deux tiers des matières riches en protéines consommées sont importées !
En fait, l’Hexagone est commercialement déficitaire en graines de colza (- 420 000 t en 2024) en plus de l’être en soja (-707 000 t en 2024) selon Terres Univia. Mais en 2019 et les années précédentes, il dégageait un excédent atteignant parfois 700 000 t.
7 Mt de tourteaux consommés
Par ailleurs, la France produit 3,8 Mt de tourteaux dont 2,5 Mt issues de graines de colza. Aussi, elle en importe 1,4 Mt pour approvisionner son industrie de trituration apte à transformer jusqu’à 4,4 Mt de graines. En fait, ces graines importées complètent les 3,1 Mt disponibles en France.
Mais comme, la consommation française de tourteaux est quelque peu supérieure à 7 Mt, l’Hexagone importe aussi des tourteaux de soja (jusqu’à 3 Mt) et de tournesol (700 000 t). Alors que les échanges commerciaux de colza sont à peine déficitaires (-57 000 t en 2024 pour des exportations de 622 000 t) (3).
A contrario, la France est exportatrice nette d’huile de colza (542 000 t en 2024) mais aussi d’huile de tournesol (environ 50 000 t). Elle est parvenue à ces résultats en triplant, en trente ans, ses productions d’huiles (2,6 Mt) et notamment en multipliant par sept celle de colza (1,9 Mt, un chiffre constant depuis quelques années).
(1) Les chiffres varient selon les années mais ils donnent cependant une indication structurelle de la situation de la France. Bilan de décembre 2024 à novembre 2025 – derniers chiffres connus.
(2) 8,2 Mt en 2024, année exceptionnelle
(3) Moyenne trisannuelle