Le sable est à la fois un très bon support « mécanique » pour cultiver des plantes et un amendement source de nutriments, pour les nourrir. A l’échelle du végétal, la silice est un biostimulant et un accélérateur de séquestration de CO2.
« Selon le romancier James Joyce, ‘’c’est décourageant le sable. Rien n’y pousse, Tout s’y efface‘‘. Mais le 21ème siècle pourrait contredire cette affirmation avec le développement d’une agriculture mondiale cultivant davantage dans le sable et grâce à lui », écrit Quentin Mathieu, responsable Entreprise et Consommation du think-tank Agridées en concluant un des articles publié dans l’édition 2026 du Déméter piloté et intitulé « Le sable, l’autre faim du monde ».
Le sable est utilisé en agriculture depuis le Néolithique. Et l’Homme n’en finit pas d’en découvrir ses vertus.
Dans l’article publié par Déméter, Quentin Mathieu liste quelques expérimentations conduites, avec plus ou moins de succès, pour transformer des zones incultes couvertes de sables en espaces agricoles.
Le sable s’est toujours révélé, et se révèle toujours, être un support pour développer une agriculture dans des conditions naturellement austères et hostiles.
Le contributeur de l’article de Déméter s’appuie sur plusieurs exemples.
Il y a mille ans en Israël, sur une plage des rives du Césarée, un système de production basé sur la construction de terrassements de sables, combiné à l’utilisation de déchets organiques enfouis, avait permis la création de parcelles très fertiles à la culture.
Certains sables sont employés depuis des centaines d’années comme amendement et fertilisant.
En Bretagne par exemple, les sables coquillers ont été utilisés pour enrichir les sols et pour les neutraliser. Riches en calcaires et en calcium, ils stimulent aussi la croissance des plantes.
Il y a une trentaine d’années, les Emirats et l’Arabie ont créé des oasis dans le désert en puisant l’eau souterraine pour y cultiver du blé.
Les résultats étaient au rendez-vous mais le système de production n’était pas rentable. Il conduisait à l’épuisement des nappes phréatiques.
Le sable, enjeu de souveraineté alimentaire
Mais ces dernières années, la souveraineté et la sécurité alimentaire sont devenus des enjeux cruciaux.
Dans les pays structurellement importateurs de produits agricoles et agroalimentaires, ils outrepassent certaines considérations économiques.
L’Arabie saoudite a relancé des projets céréaliers, de plantations de pommes de terre et de cultures de Luzerne.
En Afrique du nord, l’Algérie et la Lybie ont aussi entrepris la production de céréales et de pommes de terre dans leur désert, en puisant l’eau nécessaire à plus de 2 000 mètres de profondeur.
Leur priorité est d’être moins dépendants des importations de produits agricoles pour nourrir leur population.
Ces pays veulent avoir les moyens de faire face à une crise d’approvisionnement inopinée en s’appuyant sur leurs capacités de production et de stockage, pour avoir le temps de trouver une solution durable.
«Certains sables sont aussi des apports d’amendements qui favorisent la photosynthèse et la croissance des plantes, qui sont sources de nutriments », ajoute Quentin Mathieu.
Le sable combiné à de l’argile crée un support fertile doté d’une capacité de rétention d’eau et de nutriments qui permet aux plantes cultivées de se développer.
L’auteur de l’article « Le sable, l’autre faim du monde » relate en particulier l’expérimentation menée en Arabie saoudite où « l’utilisation de techniques d’enrichissement des sols à l’instar de la liquid natural clay (argile résiduelle développée et brevetée par l’entreprise norvégienne Desert contril et distribuée localement par SAUDI Desert cibtril depuis 2023, cette formulation infiltrée créant une couche qui améliore la capacité du sol à retenir l’eau et les nutriments ».
Le Programme d’alimentation mondiale (PAM) soulève toutefois la question de la dépendance à l’argile importée et de son efficacité à long terme.
Un nutriment et un biostimulant
« La silice trouve un usage qui pourrait s’avérer déterminant pour le marché mondial de la fertilisation : un marché très tendu depuis la déstabilisation occasionnée par la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine », explique Mathieu Quentin.
Sous forme de poudre, extraite de sables, la silice rendrait le potassium épandu plus assimilable par les racines des plantes et il renforcerait la séquestration du CO2 pour un large panel de céréales.
Le silicium rectifie aussi l’excès d’acidité lié à une application excessive de l’azote sur les parcelles.
Enfin, « le sable de silice s’est révélé être in bio-stimulant prometteur pour les cultures, notamment pour la croissance végétale en période de fortes sécheresses », écrit Mathieu Quentin.
La deuxième ressource la plus exploitée
Chaque année, 40 milliards de tonnes de sables sont consommées dans le monde. C’est « la deuxième ressource mondiale la plus consommée après l’eau, loin devant les matières premières agricoles faisant de cette commodité un bien tout aussi important que l’alimentation pour soutenir le développement humain », souligne Mathieu Quentin.
Et à l’horizon de 2060, la demande mondiale de sable pour la construction est d’ores et déjà estimée à 50 gigatonne.
Le sable est aussi employé dans la verrerie et la production de microprocesseurs et de cellules photovoltaïques.