Vous avez une question ?Ou vous êtes expert dans votre domaine.
Rejoignez une communauté activedans le domaine de l’agriculture !
4431 MembresCréer un compte

Le biocontrôle en plein développement

Home_big_coccinelle_symbole_biocontrole

Solutions d’origine naturelle pour combattre les bio-agresseurs des cultures, les produits de biocontrôle se multiplient. Après les cultures maraîchères, l’arboriculture et la viticulture, les grandes cultures commencent à y trouver une alternative efficace, avec toutefois un nombre moindre de solutions. Pour entrer de plain pied dans les exploitations, le biocontrôle doit continuer de prouver son efficacité à un coût acceptable et une praticité adaptée aux grandes cultures.

Il existe, en France, plus de 10 000 bio-agresseurs des cultures, maladies, ravageurs et autres adventices. Si les agriculteurs ne les contrôlaient pas, l’UIPP (union des industries pour la protection des plantes) évalue la perte de production entre 30 et 40 %. Déjà bien installé dans les cultures spécialisées, le biocontrôle s’envisage en combinaison avec d’autres techniques de protection des plantes (sélection variétale, agronomie...). Il trouve tout son intérêt en grandes cultures en réponse aux exigences sociétales, mais aussi aux politiques publiques et à la réglementation.

Sous l’appellation biocontrôle sont rassemblées des produits de protection des végétaux basés sur l’utilisation de mécanismes naturels. Il y a les macro-organismes (acariens, insectes, nématodes) qui s’attaquent aux bio-agresseurs et les produits phytopharmaceutiques qui sont composés de micro-organismes, de médiateurs chimiques tels que les phéromones et les kairomones, ou de substances naturelles d’origine végétale, animale ou minérale. Le principe du biocontrôle repose sur la gestion des équilibres des populations d’agresseurs plutôt que sur leur éradication. Ils peuvent générer des CEPP et sont utilisables, pour la plupart, en agriculture biologique.

Marché en forte croissance

En 2017, le marché du biocontrôle a atteint 140 millions d’euros, soit une hausse de 25 % par rapport à 2016 (mais seulement de + 9 % en agriculture) « Notre ambition est de passer de 5 à 15 % du marché de la protection des plantes en 2025 », annonce Denis Longevialle, secrétaire général de IBMA France. « Evidemment que le biocontrôle ne remplacera pas tous les traitements, souligne Yves Besnard, chef de marché chez Philagro. Mais c’est un outil de plus pour bien raisonner la protection des cultures. »

« Il ne faut pas opposer biocontrôle et traitements conventionnels, complète Anne-Sophie Le Gal, chef de produits fongicides céréales chez Syngenta. Mais miser sur leur complémentarité. Pour prendre l’exemple de la protection fongicide, il serait risqué de se passer d’une protection phytosanitaire au T1, celle-ci permet de préserver le potentiel de rendement et l’efficacité des solutions SDHI au T2. La solution est d’associer au T1 le Thiovit Jet Microbilles avec une solution conventionnelle comme Amistar Opti (chlorothalonil, azoxystrobine). Thiovit Jet Microbilles permet d’obtenir des CEPP (Ndlr : certificats d’économie des produits phytopharmaceutiques) et de réduire la dose du produit conventionel associé. »

« En 2019, De Sangosse vise 1 million d’hectares, toutes cultures confondues, sur lesquels du biocontrôle sera utilisé, chiffre Christophe Maquin, directeur marketing et développement protection des plantes. On entre dans une nouvelle dimension, avec des produits de biocontrôle utilisés seuls ou en association avec un phytosanitaire conventionnel à dose modulée ou non. »

Renforcer l’innovation

A ce jour, le biocontrôle compte environ 900 produits. Les produits phytopharmaceutiques sont basés sur près de 90 substances actives différentes, dont une vingtaine utilisables en grandes cultures. « Il est nécessaire de booster le déploiement des solutions existantes en grandes cultures, reconnait Denis Longevialle. Il faut également accélérer la recherche et l’innovation. On manque encore de solution en alternative aux herbicides. »

Si beaucoup d’entreprises investissent dans le développement de nouvelles solutions, la profession attend que des efforts administratifs soient faits, par exemple avec des délais plus rapides pour l’instruction des demandes d’autorisations de mise sur le marché. « Pour changer de braquet, un taux majoré de crédit d’impôt recherche permettrait d’accélérer l’innovation en favorisant l’installation d’équipes de recherche en France, plaide Denis Longevialle. Entre la recherche, les tests et l’homologation, il faut compter de 10 à 15 ans pour mettre en marché un nouveau produit. »

L’innovation se fait aussi en redéployant des produits. Yves Besnard cite l’exemple du Dipel DF, utilisé historiquement pour lutter contre les chenilles phytophages. « Nous l’avons développé en arboriculture contre la tordeuse orientale, en viticulture contre les tordeuses de la grappe, retrace-t-il. Nous avons fait une demande pour inclure la pyrale du maïs dans les recommandations. Il présente des efficacités significatives, ce qui permet une alternative intéressante aux solutions conventionnelles. »

Pour convaincre, les produits en biocontrôle doivent être efficaces, acceptables économiquement et faciles d’application. Il faut les adapter à l’échelle des grandes cultures, par exemple en travaillant sur la simplicité d’application. De Sangosse propose, par exemple, d’applications de trichogrammes, utilisés contre la pyrale du maïs, par drone. Le coût peut être élevé car ce sont parfois des solutions plus difficiles à produire. Une fermentation est plus délicate à conduire que la production d’une molécule chimique. Ces freins levés, le biocontrôle pourra trouver toute sa place dans la boite à outils de protection des cultures.

Cécile Julien

 

Ci-dessous, photo Adobe.

Réagissez à l'article en un clic

  • 0
  • 0
  • 1
  • 0
  • 0
  • 0
Voir plus d'actualités sur les dossiers suivants
Auteur : Rédaction Wikiagri
Avatar_blank

Equipe de rédacteurs Wikiagri

  • Vous aimerez également
  • Home_sous-le-hangar

    Sous le hangar, prime au débit de chantier chez Alexandre et Jean-Baptiste de Meulenaere

    En 2007, sur la base de leur ferme familiale de Seine-et-Marne dans la Brie, les jumeaux de Meulenaere ont entamé une belle aventure, celle de la prestation de services en a...

  • Home_moissonneuse-batteuse-1

    Moissonneuses-batteuses, les 40 bougies des Axial-Flow

    Case IH fête le 40e anniversaire des Axial-Flow, inaugurant le battage non conventionnel au moyen d’un rotor longitudinal. Un système qui a fait des émules. En 1...

  • Home_horsch_terragrip

    Indéracinable déchaumage

    Les objectifs assignés au déchaumage ne souffrent guère de remise en question. Mais la pratique mérite toujours un examen au cas par cas, à l’aune des deux famille...

  • Home_fertilisation_azot_e_bien_ajust_e

    Fertilisation azotée bien ajustée, taux de protéines amélioré

    Les blés français ne se distinguent pas toujours par l'excellence de leurs taux de protéines. Si ce taux dépend grandement de la météo, une fertilisation azotée bi...

  • Home_colza_fleurs

    Le cas des semences de colza contaminées par des OGM

    Au nom de la tolérance zéro, la détection d’une contamination de semences par des OGM a entraîné la destruction de 17000 hectares de colza. Au-delà du débat sur ...

  • Home_limace_noire_au_bord_d_un_champ_de_c_r_ales

    Limaces, tous les leviers pour une lutte efficace

    Pour empêcher les limaces de mettre à mal les jeunes cultures, les pratiques agronomiques se combinent à une protection phytosanitaire, renforcée par l’arrivée sur...

  • Home_limacapt

    Les nouvelles technologies à la rescousse de la lutte contre les limaces

    De nouveaux outils d'aide à la décision (OAD) vont faciliter le suivi des populations de limaces pour anticiper leurs dégâts et n’envisag...

  • Home__pandeur_anti-limaces

    Traitements anti-limaces : respecter les bonnes pratiques

    Comme toute intervention phytosanitaire, la lutte contre les limaces doit être raisonnée et conduite avec soin pour viser l’efficacité sans dommage ...

  • 0Commentaire

Donnez votre avis

Pour répondre à ce salon sans Facebook, connectez-vous ou inscrivez-vous sur Wikiagri.

Rejoignez la communauté des agri-décideurs

  • Accéder aux articles bloqués
  • Recevez l'actualité agricole
  • Recevez des alertes météo
Créer Un Compte Gratuit