Transformée ou pas, la pomme de terre de consommation est le 3ème aliment le plus consommé dans le monde après le blé et le riz. Sa production devrait doubler d’ici 2050. La mondialisation de la filière repose sur des échanges commerciaux de produits transformés.
La France (8,5 Mt dont 6,5 Mt de pommes de terre de consommation) produit à peine 2 % de la production mondiale de pommes de terre mais elle transforme seulement 20 % de sa récolte. « Cette situation lui confère la première place d’exportateur de pommes de terre fraîches dans le monde et la deuxième en tant qu’importateur de produits surgelés, derrière les États-Unis ! », souligne Diane Mordacd, contributrice au Déméter 2024. L’ouverture des trois unités de transformation dans les Hauts de France de près de 1,2 Mt de pommes de terre en frites rééquilibrera tant bien que mal la balance commerciale française.
En 2023, la récolte mondiale de pommes de terre a atteint 386 Mt. Les trois premiers pays producteurs, la Chine (93,5 Mt), l’Inde (60,1 Mt) et l’Ukraine (21,4 Mt) pèsent pour 45,3 % des volumes mondiaux. La Russie est en 4e position (30 Mt) et la France 8e !
Sur le marché mondial, la pomme de terre s’exporte transformée
« Alors que le tubercule originaire d’Amérique du sud a voyagé pour s’implanter dans de nombreux pays, c’est aujourd’hui sous des formes transformées qu’il traverse les océans », observe Diane Mordacd. En effet, seules 15 Mt de pommes de terre étaient échangées en 2023 à travers le monde, soit 4 % de la production mondiale alors que près d’un quart des récoltes de blé est exporté.
Quatre pays européens (France, Pays-Bas, Allemagne et Belgique) réalisent la moitié des échanges internationaux actuels de pommes de terre fraîches, principalement vers les pays qui leur sont frontaliers. Par exemple, la France, en pole position, aurait exporté 3,5 Mt selon l’UNPT en 2021, soit 15 % du volume mondial commercialisé. Et 90 % de ses expéditions étaient dirigées vers le continent européen, Espagne et Belgique majoritairement.
La mondialisation de la filière pommes de terre repose sur des échanges commerciaux de produits transformés et stockables, à forte valeur ajoutée. Mais le marché de l’export n’est pas aux mains des principaux pays producteurs de pommes de terre dans le monde. Précurseur, le Benelux s’est appuyé sur ses voisins producteurs de pommes de terre pour développer une industrie de la transformation tournée vers le reste du monde.

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La Belgique (2,7 Mt) représente aujourd’hui 30 % des exportations mondiales de produits surgelés, alors qu’elle ne figure pas parmi les 10 premiers producteurs internationaux. Avec les Pays-Bas (1,9 Mt), ils pèsent à eux deux pour la moitié des échanges mondiaux de produits surgelés de la planète.
Multiplication des risques
Les planteurs de pomme de terre sont confrontés au changement du climat, aux évènements géopolitiques, à la précarité foncière et aux prix élevés des intrants. L’accès à l’eau et, en Union européenne, les règles environnementales sont de plus en plus compliquées.
La faible diversité variétale accentue la vulnérabilité des plantations alors que les conditions de culture se détériorent. Un accès aux Nouvelles Techniques Génomiques (NTG) permettra d’accélérer la sélection variétale et de rendre les pommes de terre plus résistantes.
La France 2e importatrice mondiale de produits de pommes de terre surgelés
Le marché de l’import est beaucoup plus éclaté. Les États-Unis (1 Mt ; 4 % de parts de marché) et la France (0,6 Mt ; 7 %) sont les deux premiers importateurs de produits surgelés. Mais un rééquilibrage s’opère. L’Égypte et la Chine se lancent dans la transformation et font concurrence aux pays ‟historiques”. L’Empire du milieu ambitionne de produire la totalité des frites qu’elle consomme. A l’export, il souhaite aussi conquérir de nouveaux marchés asiatiques.
La guerre a totalement chamboulé les projets industriels de l’Ukraine qui ne veut plus dépendre de l’import pour être approvisionnée en chips et frites.
La pomme de terre, culture historique de la résilience
Depuis qu’elle a été importée d’Amérique du Sud au 16e siècle en Europe, avant d’être cultivée dans le monde entier, la pomme de terre a toujours été un aliment d’avenir. Sa consommation a toujours su évoluer et s’adapter aux us et coutumes des populations qui l’ont adoptée. Elle est le troisième aliment le plus consommé dans le monde après le blé et le riz.
Pour répondre à tous ces besoins, la pomme de terre est cultivée sur plus de 20 millions d’hectares dans près de 150 pays sous toutes les latitudes, aussi bien en Islande qu’en Afrique équatoriale. Au XVIIIe siècle., elle avait permis d’éradiquer les grandes famines en Europe.
La commercialisation des récoltes génère des revenus à une multitude de petits producteurs. Elle les nourrit et leur permet de sortir de la pauvreté.
Et d’un point de vue agroécologique, les plantations de pommes de terre émettent moins d’émissions de gaz à effet de serre que d’autres grandes cultures, et celle du riz en Chine notamment.
D’ici 2050, la demande alimentaire mondiale aura augmenté de 50 %. Elle sera en grande partie pourvue par la croissance de la production de pommes de terre. Cette dernière pourrait atteindre 750 Mt. En Chine, le tubercule fait d’ores et déjà partie des produits agricoles essentiels, au même titre que le riz et le blé, pour assurer son autosuffisance alimentaire.