La phytothérapie : une alternative crédible pour renforcer la santé des cultures

Et si la phytothérapie, en agissant sur la protection, la physiologie et la nutrition des plantes, s’imposait comme une méthode complémentaire pour préserver la santé des cultures ?
En misant sur son savoir-faire technologique, De Sangosse veut ouvrir la voie et professionnaliser la phytothérapie agricole, à travers une gamme fiable, stable et prête à l’emploi.

Le point avec Emeline Lasserre Arondel, cheffe marché phytothérapie agricole chez De Sangosse.

Nous connaissons les vertus thérapeutiques de certaines plantes en santé humaine, est-ce qu’on peut retracer l’historique de la phytothérapie en agriculture ?

D’après les connaissances actuelles, il semble que l’usage des plantes comme remède ou poison remonte aux premières civilisations, bien avant l’apparition de l’agriculture. Les premiers écrits relatant des usages agricoles datent de l’Egypte antique. La pratique s’est ensuite popularisée au Moyen-Âge grâce aux moines herboristes. À l’ère moderne, la révolution industrielle a permis à la chimie d’identifier, de synthétiser et de modifier les composés actifs des plantes pour en faire des solutions souvent mono ou bi-moléculaires (une à deux matières actives) adressées à une problématique spécifique. Au début du XXIe siècle, on prend conscience des effets indésirables des pesticides sur l’écosystème. En 2010, « la guerre de l’ortie » a marqué l’acte fondateur du renouveau de la phytothérapie en agriculture. Il s’agissait alors de faire reconnaître la macération d’ortie, utilisée depuis longtemps pour ses vertus fertilisantes. Aujourd’hui, environ 10 % des agriculteurs, toutes cultures confondues, utilisent des préparations naturelles à base de plantes pour leurs cultures ou leurs animaux. Les espèces les plus couramment utilisées sont l’ortie, la prêle et l’ail.

Pourquoi la phytothérapie s’inscrit comme une réponse aux défis et impasses agronomiques actuelles ?

La phytothérapie s’oppose à l’approche historique « un problème, une solution » permise par la chimie de synthèse. Que l’on parle d’infusion, de décoction ou de macération, ces préparations mobilisent des centaines de composés d’intérêt qui agissent non seulement sur la protection des plantes, mais aussi sur la physiologie globale de la culture. Ils sont susceptibles d’améliorer le métabolisme, en stimulant le flux de sève, et favorisent ainsi la réponse aux différents stress, tout en apportant des minéraux, des vitamines et des acides aminés. Il convient de ne pas l’envisager comme une substitution à la chimie, mais comme une réponse d’avenir pour rétablir un équilibre physiologique global, en complément d’un retour à l’agronomie.

Qu’est-ce qui vous a amené à vous intéresser au sujet à titre personnel et comment vous l’avez appréhendé ?

Face aux impasses techniques auxquelles sont confrontés les agriculteurs, il est urgent de déployer des alternatives crédibles. J’ai intégré la société De Sangosse, en raison de ses engagements forts en matière d’environnement et sa volonté d’innover et d’accompagner les agriculteurs dans la résolution de ces défis. Ingénieur agronome de formation, spécialisée dans l’innovation, j’ai ensuite travaillé en tant que conseillère viticole, développant une expertise en lutte phytosanitaire. Pour appréhender la
phytothérapie, j’ai pu m’appuyer sur l’expertise de la société Biovitis, spécialisée dans les solutions naturelles à base de plantes. Créée en 1997, elle a été rachetée par De Sangosse en 2022. En parallèle, nous abordons le sujet de manière strictement scientifique, à commencer par de la recherche bibliographique autour des espèces d’intérêts, de leurs principes actifs. Nous nous efforçons de bâtir un socle commun de connaissances et de définitions pour fournir un cadre et un langage communs à l’ensemble de la profession.

Comment De Sangosse souhaite accompagner ce marché et quels moyens sont déployés pour aider à son développement ?

De Sangosse est reconnue comme un pionnier dans le biocontrôle et les Biosolutions. L’entreprise agenaise porte l’ambition d’un modèle agricole performant reposant sur la combinaison de différents leviers. Et la phytothérapie constitue une technologie additionnelle pour accompagner ce changement de modèle. Le processus industriel mis en place par Biovitis permet aujourd’hui de proposer sur le marché des solutions de phytothérapie stables et reproductibles. Raison pour laquelle, la macération est exclue
des procédés car elle conduit à un produit fermenté, qui par nature, est évolutif, et dont la stabilité biochimique n’est pas garantie dans le temps. Pour fiabiliser les essais et les pratiques, il est impératif de garantir la stabilité des solutions dans le temps, c’est une condition sine qua non à la professionnalisation de la démarche. De même, le sourcing des matières premières est capital. Aujourd’hui, De Sangosse investit massivement sur la phytothérapie, qu’elle considère comme une véritable solution d’avenir
pour les agriculteurs. 25 personnes sont mobilisées sur le sujet (R&D, équipes terrains, responsables techniques nationaux). Nous avons d’ores et déjà élaboré une base documentaire sur 15 plantes considérées comme prioritaires. La phytothérapie est déployée au sein d’un réseau de fermes pilotes spécifiques pour accompagner les agriculteurs dans la construction de programmes complets, fondés sur des indicateurs de réussite globaux.

Concrètement, comment l’offre commerciale se structure ?

L’objectif est d’accompagner différents profils d’agriculteurs. Sous la marque VégéVital, nous proposons une gamme de « plantes solos », composée d’extraits de plantes pures (ortie, prêle, ail, osier, achillée, camomille, bourdaine, thym, sureau, valériane, piment, consoude, reine des près). Elle s’adresse aux agriculteurs qui veulent réaliser leurs propres mélanges. Nous disposons aussi d’une gamme « bénéfice », constituée de solutions prêtes à l’emploi ciblant des besoins agronomiques spécifiques : la protection, les stress liés au froid ou à la chaleur, ainsi que la qualité de récolte, la floraison et la longévité (pour la mise en réserve
du vignoble). Enfin, une troisième gamme « sur-mesure » sera spécifiquement dédiée aux distributeurs.

Malgré son potentiel, quels seraient les verrous à lever pour démocratiser à plus grande échelle la phytothérapie ?

Comme nous le soulignions, l’évaluation de la phytothérapie s’inscrit dans une approche plus globale que la seule performance d’un produit en comparaison avec des programmes existants. Cela implique de revoir complétement les pratiques en termes d’essais agronomiques et d’évaluation. Le cadre réglementaire n’est pas non plus adapté, car ces produits doivent rentrer dans une catégorie bien identifiée (soit substances de base soit substance naturelle à usage biostimulant), alors même que leurs potentiels bénéfices incluent les deux facettes de façon simultanée. Enfin, comme dans tout processus d’innovation, il faut faire face à certains blocages psychologiques. Cette résistance au changement, inhérente à la nature humaine, nécessite de travailler sur la culture, les schémas de pensée et les comportements. C’est un travail de longue haleine, mais ce n’est pas rédhibitoire.