A Paris, s’est tenue la trentième Bourse internationale de Paris organisée par Agro Paris. Une conférence portant l’avenir de la filière céréalière était au programme. Mais l’agriculture française navigue à vue, sans stratégie.
L’association est présidée par Baudoin Delforge.
La trentième journée de Bourse s’est tenue le 12 juin dernier à Paris avec comme chaque année une conférence au programme. Et cette édition, le thème retenu était: « Quel avenir pour la filière céréalière ? ». L’association est présidée par Baudoin Delforge. Elle regroupe l’ensemble des acteurs de la filière céréalière pour lesquels elle organise des journées de la Bourse plusieurs fois par an.
Mais selon Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, la question à se poser est: «Quelle stratégie pour la filière céréalière ? ».
Il était un des trois intervenants invités à débattre avec Christophe Büren, présidentde Vivescia et Jean Pierre Touzet, directeur Pole agriculture au Crédit Agricole.
« Le made in France est une valeur commerciale, une marque de qualité très forte, affirme Christophe Büren. Mais l’effondrement de l’excédent commercial agricole et agro-alimentaire témoigne, depuis quelques années, l’incapacité de notre pays à répondre aux besoins de ses compatriotes et à être compétitif ».
En fait, la stratégie de « montée en gamme » de l’agriculture et de l’industrie alimentaire françaises a été un échec. Elle ne correspondait pas aux aspirations des Français.
En attendant, la France ne peut pas se contenter d’exporter la moitié de sa production de céréales et d’oléagineux en Union européenne et vers des pays tiers pour s’imposer sur la scène internationale comme une grande puissance agricole et agroalimentaire.
Notre pays est concurrencé par des pays tels que la Chine ou la Russie, pour choisir ses partenaires commerciaux et gagner des parts de marché. Leur diplomatie étrangère est en grande partie économique.
En fait, l’Hexagone ne joue pas suffisamment cette carte diplomatique, en obtenant par exemple des contreparties économiques du Maroc après avoir réaffirmé la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Or dans le même temps la France a perdu le marché algérien.
A l’international, les industriels doivent aussi apprendre à chasser en meutes pour défendre la marque »made in France » comme savent le faire les Italiens et les Espagnols dans les salons de l’industrie de l’Alimentation.
La politique du chaos
Quel avenir pour la filière céréalière alors que les débats des opposants à une agriculture souveraine et exportatrice font rages.
Au niveau national, « il faut mener la bataille économique et idéologique agricole sur toute la chaine de valeur, a affirmé Arnaud Rouseau. On a face à nous des visions de l’agriculture qui nous mènent au chaos ».
Selon lui, « imposer par la loi le retour à des prix fixes ou administrés est une fausse bonne idée sauf dans une économique administrée ». Et des des aides Pac supplémentaires ne résoudront pas les problèmes de l’agriculture et de l’agro-industrie.
« Voir loin, long, large et ensemble », est la seule stratégie qui vaille défendent les intervenants pour reconquérir de la souveraineté à tous les niveaux de la filière céréalière et agricole.
« L’alternative à la fermeture de l’usine de production d’urée et d’ammonitrates du Grandpuits (76) est la conversion décarbonée de sa production d’engrais à partir d’électricité nucléaire’», soutient le président de la FNSEA.
De l’amont à l’aval
Dans les fermes, les agriculteurs doivent avoir les moyens de produire, en ayant accès aux produits phytos et à des engrais bon marché, avec des coûts de production sécurisés, suggère Arnaud Rousseau. Et le régime assurantiel doit mieux prendre en compte les risques climatiques pour être plus attractif.
Mais les exploitations agricoles sont souvent suréquipées, dotées de matériels surdimensionnés. Les coûts de mécanisation amputent les marges nettes des cultures céréalières.
Sortie ferme, l’inflation des coûts logistiques atteignent 35-40 € par tonne. Ils représentant un manque à gagner important. « Les Organismes stockeurs devraient devenir des organismes de commercialisation et de mise sur le marché plus rationnels en mettant davantage en commun leurs outils de collectes et pour construire en commun des silos en tête de ligne de trains et non pas reliées à des veines capillaires », suggère le président de Vivescia.
« L’industrie alimentaire : il faut valoriser le made in France avec des industries qui renouvellent leur parc de machines, soutien Christophe Büren. L’industrie meunière et de semoulerie de maïs se développe actuellement aux frontières de la France au rythme de la baisse de ses capacités de transformation ».
« Les banques sont prêtes à financer des projets agricoles et industriels dès lors qu’ils sont bien bâtis», affirme Jean PIerre Touzet. Et pour disposer des fonds nécessaires, pourquoi ne pas orienter une partie de l’épargne des Français vers des livrets dédiés à leur financement », suggère-t-il ?.
Mais les Organisations non gouvernementales sont très bien organisées pour empêcher les projets des investisseurs de prendre forme.