Inflation en 2022-2024 des prix des produits alimentaires: impacts sur les marges de la transformation et de la distribution

Dans son quatorzième rapport, l’Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires a passé au crible 29 produits simples. Entre 2022 et 2024, les hausses notables des prix de certains produits agricoles et agroalimentaires altèrent les marges brutes et les marges nettes de l’industrie et de la distribution.

L’an passé, les dépenses alimentaires des ménages français ont été supérieures de 9 % à 2021. A la fin du mois de décembre 2024, l’indice des prix des produits agricoles a progressé de 15 % en trois ans et celui de l’Ipampa (ou des intrants) de 12 %. Dans le même temps, l’indice des prix des produits des industries agroalimentaires a crû de 28 % en trois ans et celui des produits alimentaires au consommateur de 21 %.

Le quatorzième rapport de l’Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires (OFPM) dresse le bilan, pour les années 2023 et 2024, de l’évolution des prix et de la répartition des marges brutes et nettes d’un échantillon de 29 produits simples (baguette, jambon, etc.), après la forte période d’inflation survenue entre l’automne 2021 et le printemps 2023. Les analyses portent sur l’ensemble de la chaine de valeur, de la matière première agricole sortie ferme au produit fini, commercialisé au détail.

« De 2022 à  2024, la hausse des prix des produits alimentaires est autant due à l’augmentation du coût de la matière première (qui est différent du prix d’achat sortie ferme) qu’à celle des marges brutes de l’aval, avec toutefois, des évolutions décalées dans le temps analyse Sophie Devienne, présidente de l’OFPM. En 2022, l’augmentation du prix des matières premières a contribué, pour l’essentiel, à la hausse du prix des produits alimentaires, tandis que l’aval a maintenu, voire diminué ses marges brutes.

En 2023, les prix agricoles ont augmenté plus modérément et même diminué pour les céréales, mais la hausse des prix des produits alimentaires s’est poursuivie, les maillons aval reconstituant progressivement leurs marges brutes. En 2024, le reflux des prix de la plupart des produits agricoles se traduit par une diminution de la part de la matière première dans les prix des produits alimentaires suivis par l’Observatoire ».

Pour autant, les prix et les marges des vingt-neuf produits agricoles ont évolué différemment les uns par rapport aux autres.

En 2024, « les évolutions de prix vont de  + 23 % pour la pomme de terre vapeur à – de 6 % pour le poulet label rouge prêt à cuir, selon Sophie Devienne, présidente de l’OFPM. Le prix de la pomme de terre à contribué à pour 19 points à l’augmentation du prix à la consommation et pour 4 points à la hausse de la marge brute agrégée par le secteur aval (transformation et distribution).

Pour le poulet, la baisse de 6 % de son prix de vente s’explique pour moitié par celle du prix de la matière première (le prix du poulet payé moins cher à l’éleveur) et pour l’autre moitié par la baisse de la marge brute du secteur aval, distribution comprise.

Entre 2021 et 2024, la part de la matière première agricole dans le prix au détail pour les 29 produits passés au crible est de 43 % en 2024. L’OFPM souligne qu’elle a en particulier progressé pour dix-huit produits dont les viandes bovine, ovine et porcine et sur les pommes de terre. Mais la part de la matière première agricole a diminué sur les produits alimentaires issus notamment des céréales, des produits laitiers biologiques et légèrement pour les produits de volailles. Cependant, les évolutions sont disparates pour les produits laitiers conventionnels et les fruits et légumes.

Toujours entre 2021 et 2024, l’évolution différenciée des prix des produits agricoles a modifié la répartition de la valeur et de la marge brute tout au long de la filière de transformation et de distribution.

Reprenons comme exemple la pomme de terre vapeur: sonprix au détail a progressé de 47 % dont 31 points pour la contribution de la matière première, 7 points pour l’expédition et 9 points pour la distribution.

Parmi les 19 produits pour lesquels il a été possible de faire la décomposition complète du prix au détail, le constat est le suivant : sur les 22 % de hausse de prix au détail en trois ans, la moitié est liée à la hausse des prix des matières premières agricoles, 7 points à la transformation et 4 points à la distribution.

Péréquation

Depuis 2021, l’industrie de l’aval et la distribution ont réduit proportionnellement leurs marges brutes lorsque les prix des matières premières agricoles (et des produits agricoles sortis ferme) ont fortement augmenté. A l’inverse, le secteur aval a accru ses marges brutes lorsque le prix de la matière agricole baissait.

« Par exemple, le prix de la pomme de terre vapeur au détail a progressé de 47 % en trois ans, aussi la part du tubercule dans le prix hors taxe a crû de 13 points mais la marge brut expédition a diminué de 6 points et celle de la distribution de 7 points »

Pour les pates, dont les prix sont restés stables, la baisse du prix de la semoule a été compensée par la restauration des marges brutes de l’aval.

Quel que soit le maillon de la chaine de production et de distribution, l’évolution des marges brutes influe sur celle des marges nettes (marges brutes – charges fixes).

Mais l’Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires travaille sur des données consolidées, disponibles généralement pour l’année n-2 (2023 versus 2025) pour les marges nettes, issues des comptes des entreprises.

Aussi, l’analyse des marges nettes des entreprises en 2023 met sensiblement moins en avant le rééquilibrage constaté en 2024 au niveau des marges brutes. Nous en sauront plus l’an prochain.

Au niveau de l’expédition et de la transformation, «  les marges nette sont en diminution en 2023 pour les industries de la viande, à l’exception de l’abattage-découpe de poulet, souligne l’OFPM. Elles diminuent également pour  les fruits et légumes, à l’exception des grossistes et détaillants ».

Pour la charcuterie, la marge nette baisse aussi sur l’ensemble de l’activité alors que la marge brute industrielle sur le jambon progresse.

A contrario, les quelques secteurs industriels qui voient leurs marges nettes s’accroître sont l’industrie laitière mais aussi la meunerie ou la fabrication des pates.

A long terme, les secteurs qui ne parviennent pas à dégager des marges nettes positives sont menacés de disparaitre puisque leurs industries n’ont pas les moyens de renouveler et de moderniser leur outil de production.