Originaires des Côtes-d’Armor, les jeunes entrepreneurs Jérémy Lemonnier et Julie Audet ont franchi le Couesnon pour s’installer en Normandie en mars 2025. Une création partie d’une page blanche qui s’est dénouée en seulement deux mois et demi et sur un territoire qui leur était presque inconnu.
Pendant le temps que d’autres font le tour du monde, eux créent en à peine 80 jours de toutes pièces leur entreprise de travaux agricoles et concrétisent ainsi le projet professionnel de leur vie. « C’est l’aboutissement d’un rêve », confirment de concert Jérémy Lemonnier et Julie Audet, aujourd’hui à la tête de l’ETA Lemonnier-Audet ouverte en mars dernier à Saint-James dans le sud de la Manche. Une structure qui compte déjà six salariés et un apprenti autour d’un bouquet complet de prestations agricoles, depuis les travaux de semis jusqu’à la moisson, l’ensilage et la chaîne verte, dans un secteur à dominante d’élevage laitier et secondairement porcin.
Bercés dans le machinisme
Âgés respectivement de 33 et 28 ans, le couple, originaire de la région de Lamballe (22), baigne dans la passion du machinisme et des travaux agricoles depuis leur plus jeune âge. « Je ne suis pas issu du secteur agricole, mais j’ai été très vite fasciné par le monde des travaux agricoles du fait de la présence d’une ETA voisine de chez ma mère », retrace l’entrepreneur. Depuis l’âge de ses 16 ans, il y enchaîne dix saisons d’été jusqu’à en devenir salarié en CDI. Une entreprise dans laquelle il dit « avoir tout appris du métier », y compris une certaine vision pour un métier « qu’on ne peut pas industrialiser outre mesure. Le patron doit rester en contact avec le terrain, et être capable de conduire les machines, de les entretenir et de les réparer ». En parallèle, il choisit d’orienter ses études dans le secteur avec un CAP suivi d’un bac pro de mécanique agricole, et d’un certificat de spécialisation pilotage de machines agricoles en plus de ses permis poids lourd.
Le travail de chauffeur en ETA le passionne, mais la possibilité de créer sa propre structure le démange assez vite, animé par cette envie de toujours évoluer. Aussi, depuis le début des années 2020, il cherche à concrétiser son projet. Une période durant laquelle il travaille comme chauffeur et mécanicien dans différentes entreprises de tailles assez importantes en Normandie et dans l’Aisne.
Également passionnée de machinisme, Julie est issue d’une famille d’agriculteurs avec un père qui travaille en ETA. Elle passe un bac STMG marketing, suivi d’un BTS commercial en machinisme agricole, d’une licence de gestion des entreprises en agroéquipements suivie d’un mastère développement d’affaires en agrobusiness. Elle occupe aujourd’hui un poste à temps plein au développement commercial du siège de Claas Réseau Agricole. C’est donc sur son temps personnel qu’elle intervient pour l’ETA en prenant en charge notamment toute la partie administrative. « Notre force à nous deux avec Jérémy, c’est d’être très complémentaires entre la partie terrain, mécanique et le côté administratif », souligne-t-elle. « À moi tout seul, le projet n’aurait pas été viable, appuie Jérémy. Dans une entreprise, les papiers et les chiffres doivent être tenus et suivis au carré. La gestion, c’est la clé de la performance ».

« Bruit de campagne »
L’installation du couple en mars 2025 impressionne par la rapidité avec laquelle elle a été mise en œuvre. Il n’aura fallu aux deux jeunes entrepreneurs que deux mois et demi pour ficeler l’ensemble du dossier et démarrer à la mi-mars avec une structure viable, du matériel et des salariés, pour pouvoir ouvrir le bal avec les premiers épandages d’effluents et de chaux.
Le choix du lieu s’est fait un peu par hasard. Ces dernières années, le couple avait déjà manifesté son envie de s’installer et de reprendre une entreprise existante. C’est grâce à ce « bruit de campagne » et à une relation présente dans la région que Julie et Jérémy apprennent qu’une entreprise de la Manche souhaitait cesser purement et simplement son activité à compter de décembre 2024, et que de nombreux clients agriculteurs allaient se trouver sans solution pour la saison 2025. « Cela a créé une opportunité de nous installer. Mais contrairement à une reprise, nous sommes partis de rien, sans matériel, sans hangar et sans atelier, souligne Julie Audet. Nous avons dû tout faire très rapidement et atteindre dès le départ la taille critique suffisante pour prendre la relève ».
En décembre, Jérémy commence alors par faire le tour en porte-à-porte de la clientèle pour évaluer le nombre de personnes et le volume des travaux potentiels qui lui permettraient de démarrer. Des hangars agricoles à aménager sont trouvés. Le contact est pris avec les concessionnaires et fournisseurs d’huile. Les banques sont sollicitées tout comme le centre de gestion pour ficeler un business plan cohérent. Finalement, le top départ est accordé dans les temps grâce au déblocage des fonds nécessaires par une seule banque partenaire. Et même s’il y a parfois eu quelques retards dans l’arrivée de certains matériels, l’entreprise a pu globalement commencer son activité dans les temps.
En parallèle, tout reste à construire, à commencer par la cour et l’atelier qu’il faut entièrement aménager. Un travail pour lequel les entrepreneurs ont pu notamment trouver de la solidarité dans leurs cercles d’amitié. « Même si j’avais une bonne expérience du travail dans les ETA, il a fallu gérer aussi plein de petites choses à mettre en place et auxquelles nous n’avions pas tellement eu le temps de penser dans le feu de l’action, se rappelle le jeune entrepreneur. Je pense à toutes ces choses du quotidien qu’on oublie tellement leur présence est naturelle dans un atelier déjà équipé ».
Entourés de connaisseurs
« Notre projet a été rendu possible aussi rapidement, car nous avons eu une très bonne équipe pour nous accompagner. Les concessionnaires ont joué le jeu en acceptant de nous réserver des machines. Le centre de gestion et la banque connaissaient très bien le secteur agricole et celui des ETA », détaille Julie Audet. « La banque partenaire est bien consciente que les agriculteurs auront de plus en plus besoin de déléguer des travaux à l’avenir, complète Jérémy. Car les structures évoluent avec des problèmes de main-d’œuvre. Le coût des matériels progresse et les entreprises ont un rôle à jouer pour donner accès à l’innovation et à la performance du machinisme au plus grand nombre ». Julie salue également l’engagement des clients : « ils ont été admirables car ils nous ont accordé leur confiance alors qu’ils ne nous connaissaient pas et que nous arrivions les mains vides, sans machines sous le hangar et sans même un lieu d’installation au tout départ ».
Après un peu moins d’un an, depuis le lancement de leurs démarches d’installation, Julie et Jérémy n’ont pas vu le temps passer. Pour eux, l’entreprise c’est encore du 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. Leur rêve de création d’entreprise s’est concrétisé et il a envahi leurs vies. Un sacrifice coûteux au-delà du simple aspect financier, mais qu’ils ne regrettent pas. La première saison, à peine achevée a été concluante, et même si tout reste encore fragile, Jérémy et Julie gardent le sourire et le plein d’énergie, car ils savent que l’aventure ne fait que commencer.
