Le revenu des éleveurs européens dépend de la dimension économique de leur exploitation. Mais leur rentabilité est affectée par les prix des fermages, les charges financières et la consommation d’intrants et les niveaux des salaires. Financer l’achat du foncier est très onéreux.
A l’échelle des Etats membres retenus, la dimension moyenne des exploitations laitières est de 49 ha et les capitaux immobilisés de 862 K€. Le revenu par ETP non salarié est de 36,4 K€ et le taux d’endettement rapporté à la production brut de 40 %.
Mais ces données masquent de fortes disparités entre les pays du Nord et du Sud de l’Union européenne mais aussi entre ceux de l’Est et de l’Ouest. L’élevage laitier en Grèce n’est pas significatif. En Union européenne, l’exploitation laitière européenne « type » n’existe pas.
C’est le principal enseignement du « Panorama des résultats économiques des exploitations agricoles de 13 pays membres » (37 pages), dressé par le service économique du ministère de l’Agriculture. Les chiffres portent sur 2023 mais les données fournies donnent une idée des structures agricoles dans chacun de ces pays.
En France, la dimension capitalistique des exploitations laitières (700 000 € – 700 K€) est environ huit fois plus faible qu’au Danemark (5,2 millions d’euros – M€) et six fois inférieure à celle des Pays Bas (4,3 M€).
Des capitaux peu rentables
La superficie moyenne des exploitations laitières danoises de 207 ha double celle des françaises (111 ha) et triple les néerlandaises (60 ha). La production céréalière est absente sur ces dernières alors que les prairies permanentes couvrent les deux tiers de leur superficie contre 1/3 en France et 5 % au Danemark.
Quoi qu’il en soit, seule la dimension économique des exploitations (1,7 M€ de chiffre d’affaires au Danemark, 600 K€ aux Pays-Bas contre 400 K€ en France) conditionne le revenu de leurs éleveurs car dans tous les pays producteurs de lait, les consommations intermédiaires rapportées à la production agricole sont à peu près équivalentes, autour de 65 % -70 %.
Les revenus bruts (avant amortissements) des exploitations danoises sont ainsi trois plus élevés (316 K€) que les françaises (120 K€) et le revenu net par ETP non salarié l’est cinq fois plus (169 K€ versus 37 K€ en France). Pour les Pays-Bas, les deux ratios comparés à l’élevage laitier français sont respectivement de 150 K€ (+25 % versus France) et 57 K€ (+54 %).
Mais la productivité globale (productions globales/charges) de 128 % est supérieure à celle observée au Danemark (108 %), aux Pays Bas (114 %) et en France (105 %).
Les aides Pac
A l’échelle de l’Union européenne, les aides Pac versées par exploitation (20 K€) équivalent à un quart du revenu brut avant amortissement (80 K€). Les revenus des éleveurs polonais (37,6 K€) en dépendent à hauteur de 26 % et ceux des Français, 35 % (43 K€ sur 120 K€). Le ratio est aussi de 26 % au Danemark (81 K€ sur 316 K€) mais il est de 20 % aux Pays Bas (29 K€ sur 151 K€).
Les exploitations danoises ont recours à de la main d’œuvre salariale (3 ETP sur 4,19 ETP) qu’il faut rémunérer alors que dans les autres exploitations européennes, le travail est essentiellement familial : 1,68 ETP sur 2,14 ETP en France par exemple. Par ailleurs, ces charges de personnel sont deux fois plus élevées au Danemark (50 K€ par ETP) qu’en France (26 K€).
Le foncier
Autre facteur de production impactant la rentabilité de la production laitière : le fermage. Estimé à 234 €/ha en moyenne parmi les treize pays membres, il atteint 813 €/ha au Danemark et 622 €/ha aux Pays-Bas où le prix du foncier est le plus élevé d’Union européenne alors qu’il avoisine 160 €/ha en France.
Par ailleurs, les exploitations danoises et néerlandaises sont bien plus endettées que les françaises car elles financent entre autres l’acquisition de leurs terres. Leurs prêts équivalent à deux fois leur chiffre d’affaires annuels (3,3 M€ pour 1,7 M€ au Danemark) alors qu’il équivaut à une année de production en France. Cet endettement génère des frais financiers très élevés (143 K€ au Danemark, 5 K€ en France)
La Pologne, le quatrième pays producteur de lait d’Union européenne, se distingue des ses voisins par des exploitations laitières de 25,7 ha mobilisant 333 K€ de capitaux. Elles sont faiblement endettées (les encours équivalent à 14,2 % du montant du bilan) et la main d’œuvre est familiale (1,3 ETP sur 1,6). Enfin, le revenu net par ETP est inférieur de 17 K€.