Le salon de l’agriculture, le terme est de plus en plus adapté à la situation… C’est effectivement un salon… Au sens Louis XVI du terme… Un endroit où sont réunies les élites...
Le moins mauvais côté de ces élites, c’est la vitrine d’un élevage français à la pointe de la génétique, du bon boulot, de la qualité « made in France »… A cela, j’adhère, mais à quel prix… Le prix de vente de notre âme au diable… M. le Président de la République vous reprendrez bien un petit bout de fromage ? Un verre de ce délicieux vin ? Pourquoi ne pas simplement lui expliquer que la hausse de TVA tue le producteur de fromage et le viticulteur ? Et le bal des faux-culs continue… De superbes animaux, dorlotés, choyés… Certes…
Qu’en pensent les citadins ? C’est superbe, comme elles sont belles… Lors de mes visites à la ferme, j’accueillais bon nombre de Parisiens venus goûter aux joies du ski, de la montagne… et de la découverte de « l’indien » dans sa réserve… Eh oui, c’est joli un indien dans la ville, pendant une semaine, mais pourquoi ne pas aller le voir dans sa réserve, la campagne…
– Bonjour M. le fermier…
– Bonjour p’tit gars…
– M., pourquoi vos vaches, elles ont du caca sur les jambes ? Au salon elles n’en ont pas, vous ne les nettoyez pas vous ? Vous n’êtes pas sympa avec elles…
– Ben si mon petit, mais là tu vois, y a 100 bêtes et deux personnes pour s’en occuper…
– Et M. le fermier, pourquoi votre vache, elle est maigre ? Au salon elles ne sont pas maigres… Vous ne leur donnez pas à manger ?
– Ben si mon petit, mais là tu vois, y a 100 bêtes et forcément y en a qui sont plus maigres parce qu’elles sont malades, elles ont eu un mauvais vêlage…
– Mais M., pourquoi vous ne faites pas venir le vétérinaire ? Comme au salon… Au salon, une vache, elle a toussé, du coup il y a six docteurs qui se sont occupé d’elle…
– Ben tu sais mon petit, dans la vraie vie, une visite de vétérinaire c’est très cher, alors oui on l’appelle, mais pas pour rien, et tu sais petit dans nos campagnes, il n’y en aura bientôt plus de vétérinaires… Ici, il n’y en a qu’un à trente kilomètres…
Bref, je pourrais continuer longtemps, très longtemps… Mais je pense que vous comprenez déjà suffisamment ou je veux en venir… Je veux en venir au fait que lorsqu’on dit que ce salon est une vitrine, on devrait réfléchir à ce qu’on met dans la vitrine… Quand vous passez dans la rue et que vous regardez une vitrine pleine de bons chocolats et que vous rentrez à l’intérieur et qu’il n’y a que des miettes d’un mauvais pain chimique, vous êtes un peu déçu… Non ? Ce salon est pareil…
Un gros stand à l’entrée avec un pendu, juste pour rappeler à ces braves citadins que l’agriculture est le métier le plus touché par les suicides, ça ne serait pas mal non ?
Un tas de cadavres à moitié mangés par les loups, ça serait sympa non ? Un contrôleur qui mesure chaque place de parking au GPS pour savoir si la ville a bien rempli ses dossiers Pac… Et une ou deux vaches sales pour rappeler aux citadins que lorsqu’ils viennent dans leur résidence secondaire, il peut y avoir des odeurs de lisier… Et un huissier qui vient apporter un accusé de réception pour impayé…
Et les banques qui côtoient les marchands de rêves dans les provinces et qui ne soutiennent plus réellement les agris, ont-elles leur place au salon ?
Ce salon est une façade de notre agriculture et non plus une vitrine… Une façade décorée qui satisfait une partie de la population élitiste de l’agriculture, et une partie simpliste de la population en manque de rêve… Cette population qui n’attend que ce genre d’occasions pour se rassurer, se dire que tout va bien en France…
Qu’en est-il réellement ? Combien d’agriculteurs sont représentés à travers ce salon ? Combien aujourd’hui tirent la langue et nagent au milieu de leurs dettes ? Combien sont au bord du gouffre ?
Nos représentants, de quelque nature que ce soit, de quelque appartenance que ce soit, gloussaient aujourd’hui aux côtés de notre Président… Je pense personnellement que ce salon devrait être une vitrine de notre métier… Une vitrine qui explique aux gens que c’est dur, que les agris ont besoin des consommateurs tout comme les consommateurs ont besoin des agris… Je pense que le mal-être de certains pourrait être soulagé si cette vitrine parlait de leurs problèmes, de vos problèmes et de mes problèmes…
Mais non, on préfère faire culpabiliser un peu plus ceux qui ont du mal… Que pense un type comme moi qui vois ce show démentiel du salon de l’agriculture ? Il pense juste que pour les autres, tout va bien, ils ont de magnifiques bêtes… Les dirigeant syndicaux sont joyeux avec Hollande… C’est donc moi qui ne sais pas travailler, qui ne sais pas élever, qui ne sais pas gérer, si tout va bien dans l’agriculture…
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