Économie de la fonctionnalité : la coopérative NatUp teste un nouveau modèle pour la protection des cultures

La coopérative NatUp et Xarvio® déploient un modèle inédit basé sur l’économie de la fonctionnalité. Au lieu de vendre des volumes de produits phytosanitaires, la coopérative s’engage sur un résultat : garantir des hectares sains. Une approche qui permet de partager les risques financiers avec l’agriculteur tout en sécurisant ses revenus. Le groupe coopératif dresse le bilan de 3 ans d’expérimentation.

Avec l'économie de la fonctionnalité, la relation de confiance entre l'agriculteur et le technicien devient primordiale. Le technicien ne vend plus un programme préétabli, mais accompagne l'exploitant dans un suivi minutieux de la parcelle pour garantir un résultat : l'hectare sain.

Pour faire face aux défis environnementaux, et aux attentes sociétales, l’agriculture doit réduire l’usage de produits phytosanitaires. Or, bien souvent, l’agriculteur assume seul le risque technique et financier. Traditionnellement, l’agriculture s’est appuyée sur un modèle d’approvisionnement en volume, où la valeur économique était générée par la vente d’intrants. L’économie de la fonctionnalité prend le contrepied en passant de la vente d’un bien à la vente de l’usage ou du résultat de ce bien. 

La nuance vous paraît ténue, et pourtant elle pourrait être révolutionnaire. « C’est une nouvelle définition du modèle économique, celui de la fonctionnalité et de la coopération, qui ne repose plus sur la vente d’un bien matériel. L’entreprise s’engage sur un résultat mesurable », explique François Johnston, fondateur de Johnston Circular, un cabinet de conseil consacré à l’accélération de la transformation environnementale. « Dans ce modèle, le fournisseur s’engage sur un résultat et prend une partie du risque à sa charge en cas d’échec, il a donc tout intérêt à ce que son produit ou son service soit robuste et fiable dans le temps. Dans le cas de la protection des cultures, la création de valeur ne dépend plus des quantités vendues, mais de la qualité du résultat obtenu », résume le dirigeant. 

BASF, pionnier d’un changement de modèle avec son OAD Xarvio®

« Un tel modèle appliqué à l’agriculture fait converger les intérêts économiques de tous les acteurs : fournisseur, distributeur et agriculteur », explique Yohann Béréziat, responsable Xarvio® Healthy Fields ( filiale agriculture numérique de BASF). C’est ainsi qu’est née, il y a 5 ans, l’offre Xarvio® Healthy Fields. « L’agriculteur souscrit à un service qui lui donne l’assurance d’avoir une parcelle saine, avec 80 % de feuilles vertes et d’épis en bonne santé au 30 juin. Il est accompagné pour arriver à ce résultat, et en cas d’échec, il perçoit une indemnisation du préjudice lié à la maladie », résume le responsable.

Depuis 3 campagnes, NatUp expérimente avec Xarvio® Healthy Fields ce nouveau modèle d’accompagnement des agriculteurs. Ce 23 juillet 2026, à l’occasion d’une visite organisée sur l’exploitation de Florent Loobuyck dans le Vexin normand (27), la coopérative normande a présenté les résultats de cette expérimentation réalisée sur 86 exploitations (5 100 hectares de blé et orge). « La robustesse de l’outil est prouvée puisque 97,5 % des parcelles sont ressorties saines, limitant les indemnisations à seulement 2,5 % des cas », détaille Sébastien Pirart, responsable du service approvisionnement en production végétale chez NatUp. « Au lieu d’arriver chez l’agriculteur avec un programme préétabli, la coopérative s’engage sur un résultat. Avec l’appui de Xarvio®, le modèle exige que les ATE (agent technico-économique) soient davantage présents sur le terrain pour vérifier les alertes de l’outil et recadrer en fonction des observations locales. Cela nécessite une relation de confiance très forte entre agriculteurs et ATE. À l’échelle de NatUp, on observe des baisses d’IFT, notamment en intégrant des solutions de biocontrôle performantes » poursuit-il. « Le coût du programme est connu dès le départ. Je ne suis plus seul face aux aléas, les décisions sont concertées et prises en fonction de ce que nous observons réellement. Cette approche me donne davantage de visibilité et de sérénité » témoigne pour sa part Florent Loobuyck. Au-delà du bilan NatUp, Yohann Béréziat précise qu’à l’échelle des 43 000 ha en France engagés avec Xarvio® Healthy Fields, l’utilisation du service montre une baisse d’IFT moyenne de 20 % et une réduction des quantités de matières actives utilisées à l’hectare. 

L'équipe de Nat'Up
De gauche à droite, Florent Loobuyck, agriculteur ; Raphaël Quetier, ATE NatUp ; François Johnston, expert en économie de la fonctionnalité ; Sébastien Pirart, responsable appro en production végétale NatUp ; Éric Martineau, député de la Sarthe et Laurent Lemarchand, Directeur général NatUp. ©H.Sauvage

Nourrir aussi le débat public

Pour le député de la Sarthe, Éric Martineau, invité à venir découvrir ce nouveau modèle, il est urgent de faire évoluer les choses. « Le consommateur exige une agriculture plus verte tout en réclamant des produits visuellement parfaits. Or, aujourd’hui, l’agriculteur porte seul l’intégralité du risque financier en cas de maladies ou de perte de récolte. Il faut inverser les choses et ce modèle change la donne en parmettant de partager le risque entre agriculteur, distributeur et fournisseur.  Malgré un climat politique tendu et divisé à l’Assemblée nationale, nous travaillons de manière transpartisane pour faire avancer ce modèle. Nous espérons négocier des amendements dans le prochain projet de loi de finances 2027, pour faire reconnaître l’économie de la fonctionnalité et de la coopération, via des leviers fiscaux incitatifs. » Un colloque aura lieu au Sénat sur le sujet à la mi-septembre. 

« Cette démarche est en phase avec les objectifs que se donne le groupe NatUp.  Avec Xarvio® Healthy fields, nous poursuivons le déploiement de solutions d’agriculture de précision. L’agriculture conventionnelle n’existe plus, l’agriculture est en mouvement pour répondre à tous les enjeux, elle est proactive et apporte des solutions concrètes », conclut Laurent Lemarchand, directeur général de NatUp.