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Crise du lait et prix bas, le consommateur délibérément mis à l'écart

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La faiblesse des prix du lait permet aux industriels et aux distributeurs de se répartir les points de marges, perdus en 2014, aux dépens des producteurs. Les profits du groupe Danone ont doublé. L’inertie des prix au détail des produits laitiers de grande consommation contraste avec la forte volatilité du prix du lait sortie de ferme.

Réévaluer le prix du lait payé aux éleveurs de Lactalis à l’ensemble des producteurs français coûterait un milliard d’euros aux transformateurs, selon la Fédération nationale des industries laitières (Fnil), en supposant qu’il leur est impossible de répercuter cette hausse sur les prix au détail des produits de grande consommation!

Ce n’est pas tant le niveau auquel le prix du lait est payé par les éleveurs qui suscite des jacqueries mais, le sentiment que la conjoncture de crise actuelle constitue une opportunité, pour les industriels et la grande distribution, de s’approvisionner à moindre coût et pour récupérer les points de marges perdus en 2013/2014.

Les bénéfices de Danone au premier semestre 2016 ont doublé par rapport à l’an passé, a annoncé le groupe la semaine passée. Et les consommateurs n’ont pas, quant à eux, profité de la baisse du prix du lait.

« Les évolutions du prix dans l’industrie ne sont pas déconnectées, sur 15 ans, de celles du coût d’achat de la matière première auprès des éleveurs », souligne le rapport annuel de l’Observatoire de la formation des prix et des marges (lire note en fin d'article). « Le prix dans l’industrie observé amortit les variations du coût de la matière première dont il suit les évolutions avec un décalage dans le temps tout en se situant souvent au-dessus du prix qui aurait dû être pratiqué pour tenir compte de l’évolution du coût de la vie. Ce décalage s’explique par l’annualité des contrats entre industriels et GMS et la fixation mensuelle du prix du lait à la production. » Il résulte aussi de la volonté de préserver des industriels de préserver leurs marges.

Mais en 2013-2014, les hausses rapides du prix du lait n’ont pas été répercutées sur les prix de la brique demi écrémé UHT (lire page 160 du rapport).  

Depuis, cet écart s’est estompé. « Après une année 2014 où les indicateurs de marges brutes des deux maillons aval avaient été orientés à la baisse, la tendance s’est inversée en 2015 », expliquent les auteurs du rapport annuel de l’Observatoire de la formation des prix et des marges.

La brique de lait Uht

Comme la diminution du prix du lait payé aux éleveurs n’a pas été répercutée, la marge brute de l’industrie a augmenté de 3 centimes par litre, d’où une stabilité du prix du lait demi-écrémé sortie industrie. Quant à la marge brute de la distribution, celle-ci a progressé d’un centime. Mais ces marges n’ont pas retrouvé leur niveau de 2007.

Pour 2016, la publication des bénéfices des grands groupes industriels porte à croire qu’ils parviennent à bien tirer parti de la conjoncture. Le groupe Danone ne fait pas exception. Quant à la grande distribution, il serait intéressant de savoir si la faible hausse de la brique de lait constatée en 2015 se poursuit cette année.

En fait, un rattrapage de prix et de marges s’opère sur d’autres produits à plus forte valeur ajoutée (fromages, desserts lactés...) moins sensibles à l’évolution du prix des matières premières. D’où le combat des éleveurs pour avoir des prix différenciés en fonction de la destination du lait livré. 

On ne va pas en faire tout un fromage

Pour l’emmental, autre produit de grande consommation, on observe les mêmes phénomènes que pour le lait UHT. En 2013/2014, « les prix observés sortie d’usine et payés par les consommateurs sont souvent inférieurs à l’évolution des coûts industriels et de l’indice des prix à la consommation ». Sur 2014, les hausses du prix du lait n’ont pas été répercutés sur le prix de l’emmental, ni au niveau de l’industrie, ni par la grande distribution intégralement. Ils ont tous les deux rognés leurs marges. Fin 2014, les prix au détail de ce fromage accusaient un retard de 10 points à celui attendu pour tenir compte de l’évolution du coût de la vie (page 160 du rapport). Mais depuis l’an passé, une reconstitution des marges s’opère là aussi.

En fait, le rapport annuel de l’Observatoire de la formation des prix et des marges montre que les industriels et la grande distribution ont les moyens d’imposer leur politique de prix et de marges à l’ensemble de la filière. Au niveau des consommateurs, elle se caractérise par une quasi inertie des prix de vente au détail, en totale déconnexion avec les coûts de production du lait supportés par les éleveurs. Ceux-ci n’ont pas les moyens de répercuter les couts des intrants ni d’imposer des marges pour s’assurer un revenu, d’où leur révolte.

Ce phénomène, particulièrement perceptible depuis 2009, s’est accentué depuis deux ans.

Illustrations

Les trois diagrammes ci-dessous (repris de l'observatoire, lien en fin d'article) comparent les prix observés à différents stades dans la filière (prix à la production agricole, prix industriel et prix au détail en GMS) par rapport aux prix du lait et par rapport à l’évolution de majorés de l’indice général des prix à la consommation (IPC) pour couvrir l’évolution des autres charges.

 

En savoir plus : https://observatoire-prixmarges.franceagrimer.fr/Lists/Liste%20Rapports%20au%20Parlement%20et%20Lettres/Attachments/19/rapport-obs-vdef.pdf (pour retrouver l'ensemble de l'observatoire des prix et des marges).

...

(note) L'observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires, placé auprès du ministre chargé de l'alimentation et du ministre chargé de la consommation, a pour mission d'éclairer les acteurs économiques et les pouvoirs publics sur la formation des prix et des marges au cours des transactions au sein de la chaîne de commercialisation des produits alimentaires, qu'il s'agisse de produits de l'agriculture, de la pêche ou de l'aquaculture.

Etudier les relations des prix des produits transformés du stade la production de la matière première, le lait en l’occurrence, à la distribution n’est envisageable que sur les produits simples, où l’interaction d’autres facteurs comme l’introduction d’ingrédients supplémentaires est minime afin d’éviter toute interaction. Par ailleurs, plus la gamme de produits s’étoffe, plus rentrent en jeu les politiques de marques qui suivent chacune une trajectoire de prix spécifique.
 

Notre illustration ci-dessous est issue du site Fotolia, lien direct https://fr.fotolia.com/id/97879998. Les fluctuations de prix ne sont pas répercutées aux consommateurs, qui n'ont donc aucune idée des marges prises avant eux.

 

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Auteur : Hénin Frédéric
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