Le distributeur multiplie les contrats avec des coopératives agricoles et des transformateurs. Nationales ou locales, les filières U blé mises en place apportent une visibilité à des agriculteurs qui s’engagent dans une amélioration de leurs pratiques.
Coopérative U a signé le 15 avril dernier avec la coopérative agricole Océalia, et avec Bellot Minoteries la nouvelle filière régionale Baguette U Poitou-Charentes Nouvelle-Aquitaine. Deux millions de baguettes seront produites, vendues en magasin U et consommées localement chaque année, à partir de 500 t de blé cultivé par les adhérents d’Océalia puis transformé sur le territoire. Les agriculteurs inscrits dans la filière bénéficient d’une rémunération juste et transparente. Ils sont accompagnés vers des pratiques agricoles plus durables avec une prime filière et des plans de progrès co-construits, intégrant le référentiel Sillon responsable d’Océalia.
Système U (devenu Coopérative U en 2024) a formalisé en 2018 sous le vocable de filières U ce type de contrats tripartites pluriannuels avec une coopérative agricole et un transformateur. Ils portent sur une durée comprise entre 3 et 5 ans, le distributeur s’engageant sur des volumes pour chaque campagne. « Afin de s’assurer de la juste rémunération des producteurs, nous écrivons ensemble une mécanique tarifaire autour de la matière première agricole. Cette mécanique intègre les coûts de production et une prime filière, liée à un pilier agronomie », résume Noémie Cantrelle, responsable développement des filières végétales chez Coopérative U. Cette stratégie, déployée sur 35 matières premières agricoles, relève d’une approche « gagnant-gagnant ». « Nous avons une vraie volonté d’accompagner le monde agricole. D’un côté nous offrons de la sérénité et de la visibilité à l’amont avec ces démarches pluriannuelles. De l’autre nous sécurisons nos approvisionnements, tout en garantissant la souveraineté alimentaire française », résume Noémie Cantrelle.
Une démarche « gagnant-gagnant »
Portée par des acteurs locaux, la première filière blé régionale est née en Bretagne en 2020. La Vendée a suivi. Il existe aujourd’hui des filières en Normandie, Pays de la Loire, Centre-Val de Loire, Alsace, Auvergne-Rhône-Alpes, Île-de-France, Occitanie et donc Poitou-Charentes Nouvelle-Aquitaine, la dernière-née. Coopérative U a aussi mis en place des filières nationales, pour la baguette et la farine sachet, en conventionnel et en bio. La filière baguette CRC Label Rouge rassemble Coopérative U, les coopératives de La Tricherie et CAVAC, et la minoterie Planchot. S’y ajoute l’industriel Brio’Gel, qui fournit en pain précuit les magasins non pourvus d’atelier de boulangerie. Pour la farine, on retrouve La Tricherie, partenaire de la coopérative Océalia et de la minoterie Périgord Farine. L’ensemble des filières représente un volume global de 33 500 t de blé, cultivé par plus de 400 agriculteurs. Les filières régionales sont portées par une dizaine de producteurs, pour un volume moyen de 500 t de blé.
Afin de compléter son maillage territorial, Coopérative U travaille à la création d’une filière dans les Hauts-de-France. Un projet est aussi à l’étude en Bourgogne-Franche-Comté. Mais, indique Noémie Cantrelle, « une filière ne se crée pas en un claquement de doigts, il faut plusieurs mois. On sort du schéma classique. Habituellement on a le lien avec l’industriel ou le minotier. Là on discute directement avec la coopérative pour mettre en place la mécanique tarifaire sur la matière première agricole ». Cette approche part des indicateurs de coût de production en s’adaptant aux souhaits des coopératives. « Au sein de nos filières régionales, certaines veulent travailler en prix fixe, d’autres se connecter au marché avec un système de tunnels. Ces tunnels sont protectionnistes dans tous les cas de figure. Quand le marché est très haut, on paye un peu moins cher. Quand il est à terre, comme actuellement, on met une prime en prenant en compte les coûts de production », explique Noémie Cantrelle. Cette approche sert le distributeur dans les périodes tendues. « L’an dernier, dans un contexte de campagne de blé ultra déficitaire et de qualité meunière moins disponible, des coopératives ont coupé d’autres clients pour nous préserver », relate la responsable.

Des agriculteurs « acteurs de leur transition »
Un volet agronomique s’ajoute à cette dimension économique. Coopérative U définit pour chaque filière une feuille de route autour de la transition écologique avec ses partenaires. Seul le sans insecticide de stockage est imposé. Pour le reste les plans de progrès s’écrivent en fonction des avancées déjà réalisées au sein des coopératives, des qualités de sol et des contraintes pédoclimatiques locales. Le CRC peut constituer une base pour ces plans, mais Coopérative U a souhaité aller plus loin avec les coopératives en travaillant d’autres indicateurs, notamment les indices de régénération, l’outil de diagnostic de performance agroécologique du mouvement Pour une Agriculture du Vivant, dont le distributeur est membre fondateur. D’autres démarches, comme le Sillon responsable chez Océalia, peuvent constituer la base des plans de progrès des filières, où l’on retrouve les dimensions couvert végétal, travail du sol, gestion des phytosanitaires et fertilisants, biodiversité, formation des producteurs… Cette façon de procéder semble susciter l’adhésion des agriculteurs. « On leur parle d’agronomie, de sol, de plante et ils voient qu’ils sont acteurs de leur transition avec les indices de régénération », note Noémie Cantrelle, ingénieure agronome de formation. Le profil des équipes filières U constitue une clé du succès pour faire le lien entre l’amont et l’aval, notamment quand il s’agit de contextualiser auprès des associés des hausses de prix. Ceux-ci sont en général revus annuellement, l’occasion pour les partenaires de faire également un point sur les plans de progrès agroécologiques.
L’adhésion des consommateurs est aussi de mise. Le distributeur indique que l’ensemble des ventes de baguettes filières U représente environ 30 % des ventes globales, dont 5 % de bio et 5 % de filières régionales. Le prix de vente moyen (PVC) de la baguette filière CRC s’établit à 0,97 €. « Les produits filières sont positionnés sur le marché, ils restent dans un cadre tarifaire acceptable en étant rémunérateurs pour tous les maillons de la chaîne, notamment les agriculteurs », synthétise Noémie Cantrelle, qui fait état de plusieurs filières à construire sur le blé, pour les biscottes, les biscuits ou encore les céréales du petit-déjeuner. Au global, la démarche filières de Coopérative U porte sur un total de 123 contrats. Les objectifs de progression sont ambitieux : le distributeur veut porter le CA des produits sous filières U de 14 % de son offre MDD aujourd’hui à 25 % en 2030 et 30 % en 2035.
Un engagement reconnu
Le partenariat avec les filières agricoles françaises est pour Coopérative U un facteur majeur de différenciation. Une récente étude de Worldpanel by Numerator pour LSA sur les engagements des principales enseignes sur quatre piliers (origine, nutrition, planète, solidarité) confirme la connaissance par le consommateur de cet engagement responsable. Coopérative U surperforme ainsi par rapport à ses parts de marché sur la provenance française des produits, notamment grâce à ses MDD. « 8 produits alimentaires sur 10 à la marque U sont fabriqués par des TPE et PME françaises et 75 % de ces produits ont un ingrédient principal d’origine française », rappelle Fabien Brunel, le responsable relations presse et communication corporate de l’enseigne.