Commerce extérieur agricole et agroalimentaire : la déroute

Sur douze mois, l’excédent commercial agricole et agroalimentaire français de 1,25 milliard d’euros, est inférieur de 82 % à l’an passé. Les importations pogressent bien plus que les exportations.

Jamais deux sans trois voire sans quatre!  « En mai 2025, le solde des échanges agroalimentaires français est déficitaire de – 432 millions d’euros (M€) alors qu’il était légèrement excédentaire (110 M€) un an auparavant, souligne le ministère de l’agriculture. Le mois de janvier précédent, le solde commercial était déjà déficitaire de -169 M€. Les raisons sont les mêmes : hausse des Les importations de produits agricoles et de produits transformés et fléchissement des exportations.

En mai dernier, « la hausse des importations en valeur (+ 667 M€, soit + 10 % sur un an) est supérieure à la progression des exportations (+ 224 M€, soit + 3 %)», précise le service statistique du ministère de l’Agriculture. Et quatre mois plus tôt, « le résultat était la conséquence de l’effet conjugué de l’augmentation des importations (+ 502 M€, soit + 8 % sur un an) et de la diminution des exportations (- 188 M€, soit – 3 %) ».

Cette situation est inédite depuis 25 ans !!

Chaque mois, lorsqu’un excédent commercial est encore positif, il est nettement inférieur à l’an passé. Celui du mois de juillet dernier de 137 M€ était quatre fois plus faible que celui de juillet 2024.

Au cours de leur conférence de presse de la rentrée, la FNSEA, l’AGPB (l’association spécialisée des producteurs de blé affiliés à la FNSEA) et les Chambres d’agriculture ont toutes signalé cet effondrement commercial. Leurs dirigeants sont à la fois effondrés et abattus… avec le sentiment de n’avoir pas été entendus depuis des années pour maintenir la Ferme France compétitive.

Bilan annuel

D’août 2024 à juillet 2025, le service statistique Agreste du ministère de l’Agriculture mentionne un excédent commercial agricole et agroalimentaire d’1,25 milliard d’euros, inférieur de 82 % à août 2023- juillet 2024. En un an il s’est contracté de 5,4 milliards d’euros (Mds d’€) ! Et il y a encore quelques années, ce même solde commercial atteignait plus de 10 Mds d’€!

Alors que l’Hexagone est le plus grand pays agricole d’Union européenne, le déficit commercial de produits agricoles brut août 2024- juillet 2025 a atteint -1,28 Mds d’euros après avoir quasiment triplé!

Sur douze mois, l’excédent commercial agricole et agroalimentaire reste positif (2,4 Mds d’€) grâce aux échanges commerciaux de produits transformés mais il a entre temps diminué de 50 % (il était l’an passé de près de 4,9 Mds €) et il équivalait alors à près de 90 % de l’excédent commercial agricole et agroalimentaire français, tous produits et toutes destinations confondus.

Comment comprendre cette situation ?

Tout d’abord, les exportations au cours des douze derniers mois (82,9 Mds d’€) n’ont progressé que de 1,8% (1 Mds d’€) alors que les importations (81,7 Mds d’€) ont crû de 8,6 % (près de 7 Mds d’€).

Mais surtout la France a vendu 18 Mds de produits agricoles bruts (-6,4 % sur un an) alors qu’elle en a importés pour 19,3 Mds d’€ (+ 10 %).

Les ventes de produits transformés (64,9 Mds d’€) restent supérieures aux achats (62,4 Mds d’€) mais les premières n’ont progressé que de 3,5 % alors que les secondes ont crû de 8,1 %.

Le déficit commercial français avec ses partenaires européens s’est ainsi creusé de 23 % en atteignant -2,9 Mds d’€ et l’excédent avec les pays tiers (4,1 Mds d’€) a diminué de plus de 54 %. Au total, le solde commercial, toutes filières et toutes destinations confondues, s’est bien contracté de près de 5,4 Mds d’€.

La majorité des filières impactées

Les filières structurellement déficitaires accroissent leurs pertes: les échanges commerciaux de fruits et légumes affichent un déficit supérieur de -4,2 Mds d’€. Le déficit du commerce des légumes atteint – 667 millions d’euros après avoir progressé de 67 %.

Les viandes, les produits préparés de la pèches et de fruits et légumes s’enfoncent dans le rouge (-10,5 Mds d€) ainsi que « les huiles et tourteaux » et les « autres produits  alimentaires ». Ces derniers voient même leur déficit augmenter de 247 %

Ces douze derniers mois, seules six filières ont des résultats commerciaux meilleurs que l’an passé. Il s’agit de la vente d’animaux vifs (2,5 Mds d’€ ; + 28 %) et de produits sylvicoles (305 millions d’euros ; + 4,6 %) qui réalisent un excédent supérieur à 2024 en raison de la conjoncture de prix favorable.

Les vins et champagne dégagent toujours un excédent commercial positif de 10,75 Mds d’€.
Enfin, deux secteurs structurellement déficitaires – 6,3 Mds d’€, « les produits à base de fruits et légumes » et « Huiles et tourteaux », réduisent leurs pertes à la marge.

Les autres filières excédentaires voient leur solde se réduire et les déficitaires, leurs déficits s’aggraver.

En n’ayant exporté 5,8 Mds d’€ de céréales, l’excédent de la filière (5,4 Mds d’€) a chuté 24 % ces douze derniers mois après avoir déjà décliné l’an passé. Le manque à gagner sur deux-trois ans est de près de 4 Mds d’€ !

L’excédent des produits laitiers et de céréales de près de 3 Mds d’€ est inférieur lui aussi de près de 23 %.

La France n’a pas échappé à la flambée des cours de cacao et du café, générant un déficit commercial de -2,35 Mds après s’être aggravé de 65 % (ou 1 Mds d’€).

Les raisons de la déroute commerciale agricole et agroalimentaires sont multiples: offre commerciale mal adaptée, perte de compétitivité, crise céréalière, baisse de la production agricole française, décapitalisation animale. En fait, chaque expert son avis sur ce déclin.